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Jeune Arab : « J’ai voulu déconstruire la figure du héros »

À 25 ans, Jeune Arab dévoile son troisième EP : « Shane ». Un projet sombre et éclectique de six titres dans lequel le rappeur stéphanois continue de se dévoiler peu à peu à son public. Entretien avec une figure discrète d’une nouvelle vague musicale dans le rap français.

Pourquoi as-tu choisi d’intituler ce projet « Shane » ?

C’est le nom d’un personnage de la série « The Walking Dead » qui m’a inspiré. C’est l’anti-héros de la série. Tout le monde met à l’honneur les héros et j’ai voulu déconstruire cette idée. Dans la série, Shane est un pourri mais il a tout le temps les bonnes idées. Le dernier titre de l’EP y fait également référence.

L’anti-héros, c’est une figure que tu as voulu développer dans ton EP ?  

Tout à fait. C’est une partie de moi. La partie la plus sombre est incarnée par Shane. J’ai l’impression que c’est aussi la période qui est comme ça. Un épisode sombre, noir, où nos valeurs sont bousculées. Plus tu fais du sale, plus tu seras adulé. 

L’image du miroir revient souvent dans tes visuels. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Le miroir, c’est un élément qui permet l’introspection. Je l’avais déjà exploité dans le clip de Sahara ou de La pluie. J’aime jouer avec les reflets. L’être multiple. Cela rappelle aussi que l’image que tu renvoies aux autres n’est pas toujours celle que tu incarnes réellement.

Le titre du morceau Soleil d’argent illustre d’ailleurs un paradoxe. Pourquoi ce titre ?

J’allais au travail en bus et l’arrêt où je suis descendu s’appelait Soleil d’or. J’ai trouvé l’expression très belle, cela m’a inspiré et j’ai voulu jouer sur la contradiction du titre qui rapproche une couleur froide à la chaleur du soleil. Il fait aussi référence à la dualité du bien et du mal dont je parle dans l’EP.

Comment as-tu préparé ce projet ?

Je l’ai réalisé pendant le premier confinement. Avec mon beatmaker Juja, nous avons fait vingt à vingt-cinq sons. Nous nous sommes rencontrés dans une salle de concert à Toulouse. Nous étions complètement khabat (rires). Une semaine après, il m’a envoyé un pack de prods et depuis nous travaillons ensemble. Pour cet EP, j’ai voulu garder une couleur cohérente avec ces six titres. J’ai essayé de créer une ambiance automnale.

Pourquoi garder un format court ?

Par rapport à l’exposition que j’ai, je ne me voyais pas envoyer plus de morceaux sur un projet. Je ne trouve pas ça intéressant. Mais je suis pressé de pouvoir me mettre sur un format plus long quand j’aurai avancé dans ma carrière.

Sur le projet, tu évoques Nirvana, Serge Gainsbourg ou encore NTM. De quoi t’inspires-tu ?

En rap français, je dirais PNL et SCH. Quand je les écoute, j’essaye de comprendre comment ils ont travaillé leurs ambiances. Ils ont développé quelque chose qui n’existait pas avant eux. Sans oublier Serge Gainsbourg pour la licence poétique. J’ai aussi écouté énormément de rock. Je m’en inspire quand j’essaye de faire partir ma voix. En ce moment, j’écoute aussi « BLO II » de 13 Block et « 3 » de Triplego. 

Sur cet EP, tu pousses aussi beaucoup plus ta voix.

Tout à fait. Je me suis senti plus à l’aise pour chanter et toucher à l’auto-tune. J’ai aussi tenté de nouvelle choses musicalement. Juja m’a proposé des prods avec de nouvelles sonorités que j’ai envie de continuer d’explorer. Notamment sur Nineties Child, qui rappelle une ambiance club années 80.

As-tu peur de devoir renoncer à ton côté instinctif en te professionnalisant ?

Je pense vraiment que la musique doit rester instinctive. On me demande déjà de réfléchir de plus en plus. C’est une réalité que je préfère éviter. Mais les attentes qui grandissent autour de moi provoquent cette situation logiquement. C’est à moi d’entretenir mon inspiration : en lisant des livres, en écoutant du son…

Qu’est-ce que tu lis ?

Dernièrement, j’ai beaucoup aimé « Le Double » de Dostoïevski. Il s’inscrit d’ailleurs dans l’univers du projet. Il raconte l’histoire d’un héros qui rencontre son double. On ne sait jamais s’il est fou ou lucide. J’ai trouvé cela très fort. 

Pourquoi as-tu choisi Jeune Arab comme nom de scène ? 

À l’époque où j’ai trouvé le nom, il y avait une grosse influence américaine. Et bien sûr, il y a un aspect communautaire et provocateur. Je sais qu’en France, ça va déranger. Ça m’a déjà fermé quelques portes. Quand je suis passé sur le Mouv’, ça avait surpris.

Je peux comprendre mais c’est aussi pour ça que je l’ai choisi. D’ailleurs, je préfère ne pas dévoiler mes origines. Je trouve que c’est un gros problème de notre communauté. Tunisiens, Marocains, Algériens… Nous sommes trop nombreux à nous faire la guerre entre nous. Je suis contre ça et j’aime avoir un nom rassembleur.

Envisages-tu de faire de la scène ?

Avant l’arrivée de l’épidémie, nous étions en train de travailler à fond là-dessus. Je devais faire la première partie de DA Uzi à Toulouse, mais j’avais refusé parce que je n’étais pas encore prêt. Je n’avais pas encore de backeur et je n’avais pas envie de me précipiter. Je le serai pour l’année prochaine !

As-tu d’autres projet en route ?

Avec tous les sons que j’ai stocké pendant le confinement, je vais sortir un autre projet dans pas longtemps. En mars, je l’espère. Je pense que ce sera un six ou huit titres. Le prochain sera beaucoup plus lumineux. 

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Bambino : « Dans l’erreur se glisse de la magie »

Après avoir collaboré avec des artistes de variété ou du rap français, Bambino lance son premier EP, « Enfant difficile ». Un disque sorti le 20 novembre où la tristesse et l’euphorie se bagarrent. Entretien plein de mélancolie avec l’artiste au sourire infatigable. 

Comment es-tu venu à la musique ?

J’étais au conservatoire quand j’étais petit. À 11 ans, j’avais un copain de l’école de musique qui m’a proposé d’enregistrer dans le studio de son père. C’était magique et je prends conscience d’à quel point je kiffe l’ambiance et le travail en studio. Progressivement, j’ai rencontré des musiciens extraordinaires qui n’avaient pas forcément les mêmes goûts musicaux que moi. Ils n’avaient pas non plus la même oreille. Comme je suis quelqu’un d’assez curieux, je n’étais pas réfractaire à toutes les nouveautés qu’on me proposait. Je me suis ouvert à de nouvelles sonorités musicales qui nourrissent cet EP. 

Qu’est ce qui a motivé la sortie de ce premier projet ? 

Cela fait plusieurs années que je suis dans le son. J’ai collaboré avec pas mal d’artistes qu’ils soient urbains comme Hayce Lemsi ou de variété comme Kendji Girac ou Matt Pokora. Je produisais un peu pour les autres et j’avais envie de montrer ce que je savais faire. Exposer mon propre univers artistique. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’aucun feat ne figure sur l’EP. Il fallait que je montre un peu à quoi ressemblait ma musique avant de me pencher sur des collaborations. Mais pour revenir sur la manière de construire cet EP… En fait, je suis quelqu’un d’hyper instinctif, j’ai une manière de travailler très rapide et instantanée. J’agis sans avoir une idée précise de là où je veux aller ou une référence en tête.

As-tu pensé la cohérence du projet « Enfant difficile »

En réalité, je trouve que dès que tu es dans la réflexion, tu doutes et tu perds de la fluidité. On n’a pas le temps de douter. La spontanéité est essentielle à la création, et même dans l’erreur se glissent des choses magiques. Souvent, on réclame aux rappeurs de la cohérence dans leurs albums. Mais si tu es honnête avec toi-même, tu n’as pas besoin de la rechercher. Elle s’impose naturellement. Les thèmes qui t’obsèdent vont revenir au fil de la tracklist. Chaque titre sera cohérent avec le précédent puisqu’il reflétera qui tu es, avec tes complexités et tes contradictions. 

« Je n’ai jamais écrit un morceau, en vérité ! »

Bambino

En combien de temps s’est construit le projet ?

Les sons dormaient depuis pas mal de temps dans l’ordinateur de mon main-produceur, Ben, avec qui j’ai grandi. Des ébauches existaient. Quand j’ai signé chez Local, mon label, en janvier, je me suis mis dessus. Je les ai terminées au fur et à mesure. Le projet a été bouclé en moins d’un mois environ. 

Quelle est ta méthode d’écriture ?

Je n’ai jamais écrit un morceau, en vérité. Je m’enferme dans ma cabine et je fais ma topline. J’écris phrase par phrase en me calant sur le rythme. Je n’aime pas écrire sur une feuille ou sur le bloc-notes de mon téléphone. D’ailleurs, je ne possède aucun texte dedans. Ce n’est qu’une fois que j’ai enregistré les morceaux que je recopie les paroles. C’est un peu long d’ailleurs. (rires)

J’ai collaboré avec pas mal d’artistes qui bossaient comme ça. Et je sais que Jay-Z ou Lil Wayne composent beaucoup de cette façon. Ils font tourner des phrases et des sonorités et le morceau se construit petit à petit. Une fois que le bébé est né, je corrige un mot ou un autre en réécoutant. C’est un peu comme un peintre qui balance pleins de couleurs sur sa toile et affine son tableau à la fin. Le titre 365 a lui aussi été ecrit de cette façon.

Quels sont les artistes qui t’ont influencé ?

Quand j’étais gamin, j’écoutais Mice David, Michael Jackson, Booba ou Bill Withers. Je suis vraiment quelqu’un qui kiffe autant la bossa nova que du jazz à la Bobby Mc Ferrin. Désormais, j’écoute moins de musique. Quand je sors du studio, j’en ressens moins le désir. J’aime bien la phrase de Sting qui dit : « Parfois, la meilleure musique est le silence. »

Toi l’instinctif, que penses-tu de l’évolution de l’industrie de la musique qui permet à un artiste de ne plus être dépendant de dates de sortie ou de moyens lourds de production ? 

Je suis hyper sensible à cette dynamique de partager un son le plus vite possible. C’est magique de pouvoir être vite au contact du public pour savoir si le morceau plaît. Dans ce sens, je trouve que Jul est le miroir parfait de l’évolution des moyens de consommation. Je me reconnais dans son côté instinctif. Quand il veut partager un son, il le balance. Sa musique est folle. Ça pue le sud. Et il dit des vrais trucs, contrairement à ce que certains peuvent en dire !

« Je suis un peu un clown triste »

Bambino

Quelles sont tes ambitions pour la suite ?

Mon rêve ultime est d’acheter une maison pour tous les membres de ma famille. 

Et musicalement ? 

Tout simplement, ça va kékra ! (rires) Mon ambition est de faire passer, à travers ma musique, des bons moments aux gens. Je ne promeus pas la violence. Mon but est de faire naître des sourires. Comme tous ceux qui tentent d’apporter un peu de gaieté autour d’eux. Je suis un peu clown triste.

D’où vient cette mélancolie ?

Quand j’étais petit, ma famille déménageait beaucoup. Je n’ai pas foncièrement gardé d’amis d’enfance. Même si elle est remplie de moments tristes, je trouve que c’est la période la plus fascinante de l’existence. Tu poses un regard qui rend les choses plus belles. Je suis très nostalgique de cette époque. Tous ces bruits et ces odeurs de cour d’école, je ne les retrouvais plus. D’ailleurs, quand tu échanges avec une personne âgée, elle te parle le plus souvent de son enfance. Le plus triste est peut-être de perdre cette insouciance. 

L’as-tu perdu ? 

J’essaie de garder mon âme d’enfant, mais quand tu observes ce qu’il se passe dans le monde, tu perds cette vision enfantine. Quand tu sors en bas de ton bâtiment et que tu vois des enfants abandonnés dehors parce que c’est trop petit chez eux, que tu vois leurs parents dépassés, quand tu observes les difficultés dans les quartiers… Chaque gouvernement recouvre les problématiques avec du sable pour qu’on ne voit plus la merde, mais la misère est là. Et le pire étant que toi, tu ne peux pas aider tout le monde !

Avant d’aider les autres, il faut déjà s’aider soi-même. Tu es obligé de laisser des gens derrière toi. Demain, si tu te noies et que tu veux espérer sauver la personne à tes côtés, il faut d’abord monter sur le bateau pour espérer lui tendre la main. C’est terrible !

Si les gens qui ont une vie meilleure faisaient un pas vers ceux qui ont une existence plus difficile, il n’y aurait pas autant de misère. Mais quand tu n’as pas vécu dans une cité, c’est très compliqué de se représenter la réalité. Demain, si mes gosses grandissent dans le 7e ou le 16e arrondissement à Paris, auront-ils conscience d’aller aider ne serait-ce qu’une famille à Saint-Denis ? J’espère ! C’est un peu utopiste, mais ça fait parfois du bien de l’être.

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Face à face Rencontres

Bekar : « J’ai navigué entre tous les milieux sociaux »

Avec la sortie de sa deuxième mixtape « Briques Rouges », le rappeur du nord de la France cherche à renouveler son univers et mettre la lumière sur ses racines. Escapade lilloise avec Bekar.

En interview, les rappeurs s’époumonent souvent de se balader en équipe. C’est donc avec son escouade que Békar se rend à la terrasse en face de la gare Lille Flandres dans laquelle il a donné rendez-vous. Sur le parvis bondé, un vendredi à la veille des premiers départs en vacances de la Toussaint, le Roubaisien est entouré de « ceux qui l’accompagnent depuis tout petit ».

Ses potes dont Raph, qui est désormais son manager, sont installés à la table juste derrière celle devant laquelle se pose le rappeur roubaisien pour l’entretien. La serveuse s’approche et réclame de « remplir un petit bout de paperasse ». Lille n’est pas encore confinée pour endiguer la seconde vague du Covid-19 et les restaurants sont tenus de conserver un registre des fréquentations pour éviter la propagation de la pandémie. 

Les premiers mots que Bekar délivre s’attardent inévitablement sur le projet qu’il vient de sortir, « Briques Rouges », un album de 16 titres délivré dix-huit mois après « Boréal », premier EP composé de 12 chansons dont le morceau La Mort a du goût tutoie le million de vues sur Youtube. Casquette vissée sur la tête et sourire accroché au sommet des lèvres, Bekar se dit « grave content » des chiffres, assure que c’était « beaucoup de pression et beaucoup de taff » et se veut déjà « concentré sur le prochain projet ». Tout en restant évasif sur le nombre de streams.

Pour lui, ce qui compte, « c’est la musique que tu produis. Pour cet album, je voulais créer quelque chose de différent, utiliser de nouvelles palettes de couleurs et aborder d’autres thèmes que ceux de « Boréal ». Je voulais que les gens qui m’écoutent puissent savoir de là où je viens. » 

Moi je ne viens pas de Paris, ni de Marseille. Alors, je voulais raconter autre chose.

Békar

Le jeune brun au regard froid a grandi à Roubaix, ville où près d’un habitant sur deux vit sous le seuil de pauvreté et où une bourgeoisie prospère réside dans son arrière-pays. Dans ce bastion ouvrier qui fut désargenté par le déclin de l’industrie textile, le jeune adolescent côtoie tour à tour les âmes des beaux quartiers et celles des endroits miséreux. « Moi, je suis un jeune lambda qui a navigué dans tous les milieux sociaux. J’ai été dans des écoles privées, des lycées publics, j’ai vécu dans des quartiers hyper pauvres et eu des potes beaucoup plus privilégiés et cette diversité m’a toujours plu car j’ai appris un peu partout. »

On ne réhabilitera pas ici le cliché selon lequel un rappeur devrait inlassablement puiser son inspiration dans le milieu dans lequel il grandit, mais comme tant d’autres avant lui, Bekar se nourrit de petites expériences et de scènes du quotidien. Il aime quand ses proches se reconnaissent dans sa musique. Il n’oublie jamais « que ses potes se lèvent à cinq heures pour aller bosser », et ne veut pas éteindre l’étincelle qui l’a amené à écrire. « Le rap, je m’en sers comme un haut-parleur pour exprimer ce que je vois et ce que je ressens mais surtout pour raconter ce que vivent les gens autour de moi. » 

Depuis la sortie de « Briques Rouges » fin-septembre, fourmillent dans la ville de Lille des strickers répliquant la pochette de l’album. Les vitres de la porte coulissante du supermarché qui domine la place Solférino sont tachetés comme un dalmatien. Sur la place du général de Gaulle, la plus célèbre des esplanades du Nord, on retrouve quelques morceaux déchirés qui résistent à l’usage du temps.

Ces adhésifs qui se perdent aux quatre coins de la capitale nordiste n’ont pas été ignorés par la famille de l’artiste. Les parents les ont perçus comme les signes d’un projet qui devenait sérieux, eux qui n’avaient pas accueilli le projet du fiston de se lancer dans la musique avec enthousiasme. « Ce n’est pas vraiment rassurant pour des parents. Ils savaient que ça serait dur. C’était un chemin bien plus instable que les études. Ils sont désormais fiers et ressentent que c’est professionnel. Il y a un label autour de moi, un producteur, un manager. »

A7, PNL et mépris du rap

Quand il est question d’honorer ceux qui ont contribué à son apprentissage et rappeler à qui le jeune roubaisien doit sa maîtrise, Bekar égrène les noms des patrons avec application. Booba pour la technique et sa capacité à se réinventer. Lefa, Damso ou SCH qu’il a écouté à s’en faire saigner les oreilles lorsqu’il était au lycée. « Vas-y, « A7 », c’est trop », s’émerveille-t-il au moment d’évoquer l’album sorti en 2015 par le rappeur marseillais. Plus récemment, il  a « rongé » « Enna », le dernier album de son acolyte PLK (ils partagent le même label, Panenka Music, NDLR). 

« En France, aujourd’hui, le rap est si varié, si technique et si créatif. On a des talents de dingue. Ils devraient être davantage mis en valeur dans le monde de la culture. Regarde ce qu’a inventé PNL, c’est trop ! Pourquoi n’ont-ils pas plusieurs victoires de la musique ? C’est peut-être grave cliché ce que je vais dire, mais le rap reste aux yeux de certaines personnes une sous-culture. Il y a encore une majorité de personnes qui considèrent que ce n’est pas un bel art. Quand je vais en soirée, je ressens qu’aux yeux de certaines personnes avec qui je discute je suis un peu méprisé pour ce que je fais. Mais mon propos n’est pas de dire que les rappeurs sont opprimés. Je ne sais pas si on arrivera à faire changer les mentalités. Ce n’est pas un combat que j’ai envie de mener en tout cas. Je préfère faire kiffer ceux qui comprennent ma musique. » 

L’obsession du renouvellement

Cela devrait commencer par le prochain album qui, si l’on en croit ses confidences, se rapprochera de sonorités pop anglaises. « Je me souviens que quand j’étais au collège, j’écoutais beaucoup Doctor Dog, cela pourrait être une inspiration. Je crois aussi que j’ai envie de parler d’autres choses. Mais pour cela, j’ai besoin de me cultiver. Je considère que pour pouvoir parler d’un sujet, je dois le maîtriser de bout en bout. Sinon ce n’est pas la peine de se pencher dessus. »

Bekar a l’obsession du renouvellement. L’artiste souhaite autant explorer de nouveaux univers musicaux que de porter de nouveaux messages. « Il y a pas mal de choses qui me révoltent aujourd’hui, mais je n’ai pas encore forcément le bagage pour les mettre en mots et porter un discours qui puisse être percutant et dans lequel je me reconnaisse. »

D’ici là, le Roubaisien ne cesse de gratter pour ciseler son écriture. « J’écris beaucoup sur le bloc notes de mon téléphone. Je pense que c’est le moyen le plus simple pour conserver des choses qui te passent par la tête, notamment quand tu es en studio. Paradoxalement, les meilleurs textes que j’ai pu écrire sont apparus sur papier. J’ai l’impression que la pensée est plus fluide, les mots et les idées viennent plus facilement. »

La veille de la rencontre, il rachetait un calepin dans lequel il avait déjà emprisonné quelques bribes de textes. Bekar sait ce qu’il lui reste à accomplir pour la suite : égarer des mots dans son carnet.

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Ryan Koffi : « Je suis créatif quand la musique me touche »

Après avoir affûté ses compositions aux côtés de Disiz, Ryan Koffi travaille désormais main dans la main avec le rappeur Luidji dont il vient de produire l’EP « Boscolo Exedra », sorti le 23 octobre 2020. Jeune messin (Metz) de 21 ans, il se distingue comme une figure prometteuse de la production musicale française. Rencontre avec un créatif mélancolique.

Tu es content des retours de l’EP ?

Je ne sais pas comment en être plus satisfait. Nous avons visé dans le mille, les retours dépassent nos attentes. Ce qui est cool avec notre musique, c’est que nous n’avons pas forcément besoin de communiquer sur le fait que cela soit une suite logique avec « Tristesse business : saison 1 ». Le public est très réceptif.

Il y a 5 titres sur l’EP. Pourquoi as-tu insisté pour que Némir soit présent ? Il devait à l’origine poser sur le morceau Manège, mais il est finalement crédité sur Mauvaise nouvelle.

Il faut savoir que j’ai composé cette prod il y a longtemps. Elle date de 2018 et elle était à l’origine pour Booba. J’avais un ami qui avait un placement pour lui, il m’a envoyé la mélodie et j’y ai ajouté des drums, mais elle n’a finalement pas plue. Depuis, je l’ai reprise complètement et je l’ai proposé à Luidji. Nous avions une idée de topline depuis plus d’un an. Elle était jolie mais nous ne savions pas qui allait la chanter.

Lorsque je l’ai ressortie pour l’EP, Luidji a posé lui-même l’air. Je trouvais ça beau, mais j’étais convaincu qu’une autre voix pourrait être plus intéressante. Nous avons réfléchi et le nom de Némir est arrivé comme un bon compromis. Il a une voix très atypique, comme un instrument de musique. Il a aimé le morceau tout de suite, mais il a mis beaucoup de temps avant d’arriver en studio pour nous expliquer que ce n’était pas ses tonalités. J’ai beaucoup insisté, mais il ne l’a jamais faite. Je lui ai donc fait posé des voix un peu partout et j’ai gardé celle sur Mauvaise Nouvelle. Sur Manège, j’ai fais appel à Astrønne pour accompagner Luidji.

Je trouve incroyable de pouvoir être reconnu de la sorte. Ce n’est pas le cas de tous les producteurs. Certains évoquent presque l’EP comme un projet commun.

Ryan Koffi

Tu sens une différence d’engouement autour de toi ?

Complètement. C’était déjà énorme ce qui se passait pour le premier album, mais c’était surtout étalé sur un an. Il y avait de nouvelles personnes qui nous découvraient tout les jours. Cet EP, c’est une confirmation. Nous étions attendus. Il y a eu des changements bêtes mais qui sont tout de même significatifs, comme le fait que Luidji se soit retrouvé en Top Tweet pour la première fois de sa vie par exemple, ou le fait qu’il arrive dans le Top Album. Ce n’est pas ce qu’on vise, mais c’est satisfaisant. La courte durée du projet a aussi rendu l’écoute plus facile pour ceux qui ne nous connaissaient pas encore. 

Vis-à-vis de moi, je trouve incroyable de pouvoir être reconnu de la sorte. Ce n’est pas le cas de tous les producteurs. Mon nom revient beaucoup, certains l’évoquent presque comme un projet commun et j’en suis très étonné.

Depuis quelques années, la place donnée aux producteurs et aux compositeurs est plus importante. As-tu aussi cette impression de reconnaissance nouvelle ?

Je crois que oui. Des médias comme Mouv’ font très bien ce travail de déconstruire des prods pour mettre en avant notre travail. Je pense aussi que le public français n’est pas encore très sensible à cela. Avant, je le voyais comme un problème, mais plus aujourd’hui. C’est une différence culturelle avec un public comme celui des Etats-Unis qui est très curieux sur le sujet. Alors qu’en France, qui a produit le hit Jolie Nana d’Aya Nakamura ? Peu le savent. C’est aussi pour cela que je suis content de travailler avec Luidji. J’ai une reconnaissance importante. J’ai aussi l’impression que de plus en plus de rappeurs s’affichent avec un beatmaker identifié. Laylow et Dioscures, Damso et Prinzly… Il y a de plus en plus de cohésion et on commence à le sentir.

Ta proximité avec Luidji que l’on observe notamment sur les vidéos des coulisses de l’EP de Palace Mafia, c’est quelque chose dont tu as besoin pour être à l’aise dans le processus de création du projet ?

Tout à fait. Je trouve cela nécessaire. Je me sens plus à ma place quand je travaille de cette façon, plutôt que d’envoyer des prods à distance à quelqu’un qui me recontactera seulement pour me faire écouter le morceau, peu importe mon avis. Je préfère être impliqué à 100 %, même si c’est seulement sur un titre. Aujourd’hui, j’ai une place importante aux côtés de Luidji et c’est super cool ! 

Lorsque j’ai rencontré Luidji, nous étions en train de prendre le même chemin artistique. Sa musique, c’est exactement ce que j’aime faire et je ne l’ai pas trouvé ailleurs en France.

Ryan Koffi

Tu as découvert Ludiji avec son morceau Marie-Jeanne. C’est une prod qui n’est pas de toi, mais pourtant tu as réussi à coller à cette musicalité en le rejoignant. Cela a-t-il nécessité une adaptation de ta part ou tu avais déjà ce style en toi ?

Lorsque j’ai rencontré Luidji, nous étions en train de prendre le même chemin artistique. Nous étions dans la même optique et nous nous sommes compris directement. Sa musique, c’est exactement ce que j’aime faire et je ne l’ai pas trouvé ailleurs en France. Une couleur unique et mélancolique.

Sur Instagram, un abonné t’avais demandé : « Comment fais-tu d’aussi belles mélodies », et tu lui avais répondu : « Je suis triste ». C’est dans la mélancolie que tu puises ton inspiration ? Tu as d’ailleurs une composition à toi que tu as nommé Ivre de tristesse.

Je pense que je suis de nature triste. Je vis très bien avec et je ne sais pas comment l’expliquer. Je me rappelle même du premier morceau sur lequel j’ai pleuré : Change, de Tupac. Pour que je vibre, il faut que la musique me touche et c’est comme ça que je suis le plus créatif.

Tu es quelqu’un de très énergique. Est-ce aussi un caractère que tu utilises pour créer ?

Pas vraiment. Je pense que ça s’entendrait. D’ailleurs, en grandissant, je me rends compte que cette énergie est fausse. Elle vient camoufler autre chose. Tout le monde pense que je fais le con tout le temps, mais pas du tout (rires). !

Lorsque je bossais pour Disiz et Luidji en même temps, je me suis rendu compte que je prenais beaucoup plus de plaisir avec Luidji en studio.

Ryan Koffi

De quoi est-ce que tu t’inspires ?

Kanye West, Slum Village, Outkast, Michael Jackson… Mais ce sont les sonorités de Drake qui m’ont donné envie de faire des prods et notamment le morceau Fear. Je pense aussi à Noah James Shebib, aka 40, qui produisait pour lui à l’époque.

J’écoutais peu de rap français. C’est Disiz La peste qui m’a donné envie de m’y mettre avec l’album « This is the end ». Il est devenu mon rappeur préféré. Je pouvais comprendre ses textes et je m’y reconnaissais. Je n’étais pas trop un mec des gros mots (rires), et il n’était pas trop trash. C’était donc un bon compromis et il m’a touché. J’ai ensuite découvert des gars comme Youssoupha, ou même Booba assez récemment.

Tu as d’ailleurs précédemment collaboré avec Disiz La Peste et tu as déjà expliqué qu’il était très affranchi dans sa méthode de travail. C’est quelque chose dont tu ne veux plus, ce rapport distancié avec l’artiste ?

À la base, je ne ressentais pas cette distance. C’était le premier artiste reconnu pour lequel je travaillais et j’étais signé sur son label. Ensuite, je me suis rendu compte que ça ne convenait plus. J’ai toujours respecté ce qu’il a fait, mais lorsque je bossais pour Disiz et Luidji en même temps, je me suis rendu compte que je prenais beaucoup plus de plaisir avec Luidji en studio, grâce à notre proximité.

Penses-tu continuer de placer ailleurs malgré tout ?

J’ai envie de collaborer avec d’autres artistes. Je n’exclus pas de retravailler un jour avec Disiz. J’ai un nouveau statut et j’ai plus d’expérience. Mon avis compte logiquement différemment auprès des artistes aujourd’hui.

Depuis combien de temps fais-tu du son ?

Depuis mes 14 ans. Je détestais l’école et j’ai arrêté tôt. Je ne sortais pas beaucoup, je ne faisais pas mes devoirs, donc je faisais de la musique tout le temps. Mon père était lui-aussi beatmaker de métier et j’ai récupéré son clavier et son ordinateur. J’ai commencé d’abord par ennui, avant de comprendre que je pouvais être créatif. J’ai rapidement progressé.

Mon rêve, c’est de faire de la musique de film. Mettre de l’émotion sur de l’image, cela me ressemble plus.

Ryan Koffi

Tu n’as jamais écrit ou rappé ?

Si (rires) ! Mon premier rapport avec la musique, ce sont les textes. J’écrivais et je rappais de mon côté. J’avais d’ailleurs sorti une sorte de freestyle. J’ai même tourné un clip à Los Angeles, mais sans me prendre au sérieux. Je sais que je pourrais bien écrire, mais je n’aime pas ma voix. Lorsque j’avais signé avec Disiz, j’avais aussi un contrat d’artiste. Il voulait que je rappe mes textes et que je fasse un EP. Mais cela ne s’est jamais fait. J’avais enregistré des choses, mais je n’ai jamais ressenti le truc.

Par contre, ça me plairait d’écrire pour d’autres. Pour Luidji je fais surtout des toplines, c’est quelqu’un qui écrit seul.

Tu as quelques instrumentales sur les plateformes. Est-ce que tu projettes d’un jour raconter ta propre histoire ?

On m’a souvent dit que ma musique était très visuelle, même s’il n’y a pas de mots. Je fais ma musique avec le cœur, quand j’en ressens vraiment le besoin. Je pense que ça vient de là. Les morceaux que j’ai sorti retranscrivent surtout des émotions que j’ai ressenties. Je vais en sortir d’autres, mais mon projet c’est surtout de faire poser des gens sur mes prods et d’articuler un projet multi-artistes.

J’y travaille et j’ai déjà les artistes que je souhaite inviter. J’imagine une tracklist assez courte avec sept ou huit titres, mais je prends mon temps. Et mon rêve, c’est de faire de la musique de film. Mettre de l’émotion sur de l’image, cela me ressemble plus.

Comment envisages-tu la suite ?

Je suis confiné chez moi, avec ma mère. Nous mangeons pleins de choses (rires). Je n’ai pas trop envie de faire de musique parce que la période ne s’y prête pas trop. J’ai beaucoup de prods de côtés et si j’ai la motivation, je me pencherais sur mon EP !

Sera-tu le chef d’orchestre de « Trsitesse Business 2 » ?

Peut-être ! J’ai hâte.

« Boscolo Exedra », produit par Ryan Koffi.

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Cashmire : « Je suis agressivement réaliste avec une charge d’espoir. »

Alors qu’il rappait ses rêves sur sa mixtape « PoeticGhettoSound », Cashmire vient de terminer son deuxième projet. Le rappeur du 18e arrondissement de Paris ouvre une nouvelle page artistique, sur laquelle il raconte la réalité de sa vie au quartier et sa vision « agressivement réaliste » du monde. Attablés à un café parisien, rencontre avec une signature musicale 018.

Tu vas bientôt sortir ton deuxième projet. Où en es-tu dans le processus de création et comment tu te sens à l’approche de la sortie ?

Il est fini et il est excellent. Tout est mixé. Je suis dans les visuels. Je ne ressens aucune pression, tout comme avant la sortie de « PoeticGhettoSound ». Je suis focus sur ce que j’ai à faire et je laisse parler la force des choses. Que je sorte un nouveau projet, un nouveau clip ou une nouvelle interview, il se passe ce qu’il doit se passer. Si je dois avoir une pression, c’est seulement vis-à-vis de moi-même. Combien de sons ai-je écris cette semaine ? Combien de phases ? C’est ça qui me challenge.

Tu as déjà qualifié ta musique de « new pop rock ». On sent que tu as envie d’avoir une signature propre. Aujourd’hui, as-tu l’impression que c’est chose faite ?

Au niveau du son, c’est ma signature vocale que je travaille le plus. Je pense être arrivé à un truc tangible. Cette signature, je l’appelle 018. Il y a d’ailleurs beaucoup d’ad-libs « 018 », à la manière de : « 018, c’est pas touristique » sur Gucci Bae

Sur « PoeticGhettoSound », tu as misé sur une grande diversité d’instrumentales. À quoi doit-on s’attendre maintenant ?

C’est plus uniforme, même si j’ai encore touché à beaucoup de chose. Je suis branché avec les meilleurs compositeurs du rap français. J’ai pu travailler avec Unfazzed, Wladimir Pariente ou encore Punisher. Il y a même un énorme titre avec Junior Alaprod. Je pense aussi à un jeune que j’aime beaucoup qui s’appelle Omran, à Mathias Di Giusto, un guitariste qui travaille avec Maître Gims, sans oublier Six10 qui a signé la prod de Gucci Bae. D’ailleurs, je fais un gros s/o à Julien Thollard d’Universal Music Publuhsing pour son grand travail de composition.

Junior Alaprod, senior du beatmaking. Article à découvrir sur Mosaïque.

As-tu participé au mix de ce projet ?

Il n’y a pas un effet de voix dans un son de Cashmire que Cashmire n’a pas décidé. Je peux revenir au studio à cause d’un delay (effet audio, NDLR). Ma sonorité est trop importante pour moi. Je ne fais pas les mixs, mais je les supervise un peu comme un directeur artistique. J’apprends pour m’enregistrer tout seul. J’ai un studio dans ma chambre et je m’essaye aussi à la composition, mais je n’en dirai pas plus ! Je veux être maître de ma musique.

As-tu peur que ta nouvelle proposition musicale ne puisse pas plaire ?

Une fois que j’ai fini et que je considère que c’est carré, personne ne va venir me dire ça sonne mal. C’est ma musique. Quand j’enverrai mon projet, les gens vont péter leurs têtes (rires). Si « PoeticGhettoSound » a pu plaire à des gens, ce que je fais là ne peut que leur plaire encore plus. S’il y a encore des choses à comprendre de ça, je l’apprendrai et je reviendrai. Avant d’en arriver là, je les ai vécu les trucs durs. Maintenant, c’est juste de la musique. Au pire si tu n’aimes pas, tu n’écoutes pas.

S’appellera-t-il « Madame tout le monde » ?

Il y a plein de rumeurs. Je m’amuse un peu comme Kanye West avec des fausses pistes. Ce ne sera ni « Serge Gainsbourg », ni « Madame tout le monde ». J’ai déjà une idée solide en tête mais rien est encore fixe, donc je ne dirai rien !

« PoeticGhettoSound » est une mixtape. Aujourd’hui, tu prépares un album. Est-ce que ces formats signifient encore quelque chose pour toi ?

Cela ne veut plus rien dire. L’industrie est tellement rapide que les noms et les étiquetages n’ont plus aucune signification. Mais le public lui donnera le nom qu’il souhaite pour le comprendre. Moi, je crée seulement des histoires et des tableaux. Dans ma conception créatrice, les formats ne m’intéressent pas. Je fais juste en sorte que les sons se lient entre eux.

Avec mon collectif RCHAOS, nous avons le dégoût profond de la conception de l’art élitiste.

Tu as une manière très artistique de voir ton art et tu fais partie du collectif RCHAOS qui fait de l’art plastique. De quelle manière cela t’influence-t-il ?

RCHAOS m’apporte beaucoup de richesse. C’est avant tout une bande de potes et nous avons des liens très forts. Il y a une émulation et nous nous boostons tous. Une concurrence saine et positive. Chacun a son médium, même si nous défendons tous la même éthique de travail et de pensée. Nous sommes des jeunes parisiens qui se réunissent autour de l’amour de la création et qui veulent découvrir le « world ». Chacun avec ses problèmes, que ce soit en tant que minorité sociale, financière ou autre.

Le collectif se présente avec l’ambition de « rendre l’art accessible à tous ». C’est aussi dans cet état d’esprit que tu développes ton rap ? 

Tout à fait. Nous avons le dégoût profond de la conception de l’art élitiste. C’est une démarche que Keith Haring avait aussi. C’est un blueprint. Nous avons la démarche du Do it yourself aussi. C’est pour ça que mes premiers clips sont faits par RCHAOS. Je voulais tout de suite instaurer une image à moi et par moi. C’est un adage de Vivienne Westwood, qui est une créatrice de mode.

Tu te cultives beaucoup à côte de ta musique. Tu parles même de tes projets comme des « chapitres ». Il y a quelque chose de très littéraire chez toi.

Après, moi j’étais en STMG (rires). J’ai une conception artistique des choses en général. Je vois tous les arts comme des médiums avec des ponts. C’est pour ça que je peux comprendre un réal, un designer, un peintre, un chanteur, un compositeur, un ingénieur du son, un journaliste…J’ai cette approche là dans ma musique. J’accepte d’être catégorisé comme un rappeur, mais j’ai vraiment une fibre artistique plus large. Je suis surtout un artiste-musicien.

Le collectif RCHAOS se présente aussi comme des jeunes utopistes. Pourtant, dans tes sons tu parles souvent du quartier comme étant « maudit ». Tu te vois comme un utopiste ? 

Je ne pense pas être utopiste, ni un candide. Je suis agressivement réaliste. Avec la même charge d’espoir. Je dirais même que je suis anarchiste.

Je suis un enfant de la marge. Je suis né, j’ai grandi et j’ai compris en marge. Je me sens mieux dans les « bats » que dans les soirées mondaines.

Tu te considères contre l’ordre établi ?

Je ne suis pas contre. Mais je suis un enfant de la marge. Je suis né, j’ai grandi et j’ai compris en marge. Et même si un jour ma musique marche, je continuerai à marcher en marge. Cela ne signifie pas forcément être underground, mais ce sera toujours 018. Je représente mon quartier. C’est ma famille, mes proches qui me donnent de la force. Je ne dois rien à personne. Il n’y a aucune industrie qui me fera changer. Je me sens mieux dans les « bats » que dans les soirées mondaines.

RCHAOS a produit pratiquement tous tes clips. Y aura-t-il d’autres visuels de RCHAOS pour accompagner ton deuxième projet ?

Ils seront toujours là de toute façon, d’une manière ou d’une autre. Il y aussi des étapes. Avoir des clips directed by RCHAOS, c’était bien pour arriver, avec une imagerie, des codes qui ne sont propres qu’à moi. Là, j’ai envie de m’exprimer en tant que Cashmire. Le côté RCHAOS va continuer de s‘exprimer avec du merch, de l’affichage, des photos… Toujours de l’art en tout cas.

Le dernier clip en date, Gucci Bae, a été produit par NoColor. Pourquoi as-tu voulu distinguer les visuels par la réalisation ?

Le clip de Gucci Bae est moins collectif. Il est plus indépendant. C’est le premier clip du nouveau moi. Visuellement, Cashmire va plus s’exprimer. Pour Gucci Bae, j’ai fait appel à Cherif, un gars du 18e arrondissement. Je sais donc qu’il comprend l’image que je veux avoir. J’ai envie de faire un truc un peu plus fashion. Je vais mettre en avant mes inspirations mode, mon attitude aussi. Que l’on puisse capter la personnalité du gars en mode : « Ça pourrait être mon pote » (rires).

Ta gestuelle a été particulièrement remarquée dans Gucci Bae. C’était naturel ou travaillé ?

Je l’ai toujours eu. Mais avant, j’avais pas les sons, ni les lieux. Et peut-être qu’il était trop tôt pour que j’arrive en gesticulant. Cette petite rotation d’épaule, c’est ça que je veux faire. C’est très Cashmire. Toujours dans la rue, mais fashion. 

Le prochain projet est pour mon quartier. Cashmire va se mettre au service du 18e.

Tes clips sont toujours tournés dans le 18e arrondissement de Paris. Dans le prochain projet, quelle place veux-tu donner à ton quartier ? 

Avec ce deuxième projet, je veux entrer dans la profondeur des choses. Dans des morceaux comme Geisha, Cookie ou Le parrain, je rappais mes rêves et ce que j’avais dans la tête. Si certains pouvait déjà kiffer mon délire, ma musique n’était pas utile. Le premier son du deuxième projet, Bienvenue, s’intègre dans un nouvel état d’esprit que j’appelle 018. Le prochain projet est pour mon quartier. Cashmire va se mettre au service du 18e. Il y aura plus de chansons sur moi et ma vision des choses. Je dépeins ce que je vis et ce que je vois au quartier. 

Tu fais notamment référence à la colline du crack, située Porte de la Chapelle à Paris, en la renommant la « colline du trap ».

Le cas de la colline du crack est très représentatif de ce que je veux faire. Je vois comment Brut en parle, et moi, ce que je vois au quotidien. Je suis dans le réel et je ne suis pas intéressé par le buzz ou le shock value que ça peut créer. Certains cherchent les sensations fortes, mais moi, je suis juste venu montrer mon quartier. Dans Gucci bae, je montre le point de vue d’un gamin pour qui tout ça, c’est normal. Avant, c’était des rêves, maintenant, je suis agressivement réaliste.

Je ne rappe pas pour être une star, mais pour sortir du ghetto.

Tu parles d’être agressivement réaliste, pourtant tu t’appelles Cashmire. Un nom qui appelle plutôt à la douceur. Paradoxale, non ?

Le cashmire, c’est doux et luxueux. Il y a ce truc du plus rare, du plus cher, du plus quali… Et du cash. Je ne rappe pas pour être une star, mais pour sortir du ghetto. Et je trouve cela agressivement réaliste. Si j’avais pu être une star de la médecine, j’aurais été content aussi. Mais ce que j’ai pu faire avec mes opportunités, c’est le rap. Et derrière cette réalité là, il y a la délicatesse et la finesse de Cashmire. D’où le jeu de mots.

Pour le côté douceur, de manière général, je suis aussi un lover boy quand même. J’aime les mélodies et les histoires d’amour. Mais j’ai aussi normalisé une certaine violence de la rue et du quartier. Le résultat, c’est Cashmire, un hybride de Tupac et Serge Gainsbourg. Et au-dessus du cashmire, il y a l’Alpaga. Mais je n’allais pas m’appeler Alpaga (rires).

Pour le moment, tu ne comptes aucun featuring à ton actif. As-tu prévu d’inviter des artistes du 18e pour mettre en avant ton quartier ?

Ce sera sans featuring. Cashmire fait une grosse prise de parole. Je tiens à dire des choses. Mais, par la suite, je vais rapidement devenir un acteur actif sur la scène dans le 18e arrondissement et faire découvrir plein de mecs que je trouve excellents.

Tu as déjà posé sur deux prods du rappeur Tejdeen qui vient de sortir un EP en mars. Une nouvelle collaboration est-elle pour bientôt ? 

Tejdeen, c’est une grosse connexion. Nous avons une alchimie qui est très forte. J’aime beaucoup ce mec. Il fait partie de ceux qui m’ont donné de la force, de la matière créative et de l’écoute à une époque où j’en avais besoin. Il a sa part dans ce projet qui arrive. J’avais une idée et je l’ai appelé pour qu’il la réalise. Le son est très lourd, il s’appelle Non.

Tejdeen, d’or et d’argent. Article à découvrir sur Mosaïque.

Un dernier mot ? 

Le projet arrive. Merci à vous. Restez branchés. Et surtout : 018.

« PoeticGhettoSound », le premier projet de Cashmire, disponible sur Spotify et Deezer.

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Face à face Rencontres

Nixfé : « Je me sens double, aussi pur que vicieux »

Nixfé est né le 2 juin 1998 à 9h10. Sous le signe gémeaux. Un signe qu’il a gravé sur sa peau. Et dans sa musique. Avec son premier projet « EP910 », sorti le 18 septembre 2020, Lonny dévoile sa (double) personnalité et son identité artistique à travers six titres. Rencontre avec le rappeur de 22 ans, originaire du 13e arrondissement, pour sa première interview.

Tu as sorti ton premier EP, vendredi 18 septembre 2020. Qu’est-ce que tu as voulu montrer avec le projet « EP910 » ? 

Je voulais trouver mon identité et que les gens la découvrent en même temps. Dans « EP910 », il y a six titres qui sont complètement différents avec des thèmes qui le sont tout autant. Tout est réel. Il n’y a pas un son où je joue un rôle. Tout fait partie de moi. 

Dans mon EP, je raconte une mort qui tourne en rond. C’est le but du phoenix (Nixfé est le verlan de phoenix, ndlr). Si cette mort je l’embrasse, elle me fait faner au fur et à mesure. Mais au lieu de me battre avec elle, je l’accepte. 

Pourtant sur la cover de l’EP, on ne voit pas ton visage ? 

Justement, sur la cover, je voulais jouer sur le fait que je suis gémeaux. C’est aussi pour ça que le projet s’appelle EP910. Parce que je suis né à 9h10. Le 2 juin 1998. Je suis un motherfucking gemini (rires).

J’ai grave un délire avec la personnalité. Je sais que je suis plusieurs personnes en même temps. Je me sens double. Du coup, je peux faire autant un son comme La mort dans la peau que Red and blue ou Season avec une voix féminine. C’est ce que j’ai voulu partager avec les gens. Je ne voulais pas choisir pour eux mais qu’ils aient une palette de ce que je sais faire. Qu’ils puissent choisir dans tout mon univers.

Dans La mort dans la peau, tu dis : « Lboy est schizophrénique et s’est pas fait tout seul », et là tu expliques que tu te sens double. Ça veut dire quoi pour toi ?

Je joue beaucoup sur le thème de la double face. C’est aussi pour ça que dans le clip de Tenir, il y a des gens dos à dos, des gens avec des cagoules. Je ne voulais pas qu’il y ait de visage. C’est comme si c’était moi mais un peu partout. Pareil avec le contraste noir et blanc des tenues.

Quels sont les deux côtés dont tu parles ?

Je peux être aussi pur que vicieux. Vraiment dans les extrêmes. C’est ça que je veux montrer dans ma musique. Je veux que quand tu écoutes mon projet et que tu passes de La mort dans la peau à Season, tu te demandes si c’est la même personne qui a écrit le son. 

Mon EP, c’est un peu un combat qui se finit bien. Un combat contre moi-même.

Sur le projet, il y a six prods avec six compositeurs différents. Ça rentre dans cette idée de personnalités multiples ?

Exactement. C’était fait exprès. Je voulais vraiment pousser le délire loin. Six prods, six compositeurs différents. On garde juste le même ingénieur son sur le projet pour la cohérence. 

Il y a un son que tu as préféré faire ?

Le son qui me tient le plus à coeur, c’est Tenir. La prod me touche plus que les autres. Il y a beaucoup plus d’émotions. Ce serait le projet d’un autre artiste, je kifferais Tenir, Season, et La mort dans la peau. C’est ceux qui me correspondent le plus. C’est là où je me livre. J’ai besoin que ce soit vrai et qu’il y ait un partage d’émotion. C’est important pour moi. 

Tu vas bientôt clipper le morceau La mort dans la peau. As-tu déjà une idée de ce à quoi il va ressembler ?

Ce sera pas tellement éloigné du clip de Tenir. Je veux garder une cohérence. De base, pour moi, ces sons vont ensemble. Les deux morceaux sont à la suite dans l’EP. Il faut le comprendre comme : « J’ai la mort dans la peau donc il faudra tenir. »

D’ailleurs, dans Tenir, je dis : « Évidemment, j’ai la mort dans l’épiderme », ce qui fait référence à l’autre morceau. Je répète aussi : « Dans les yeux, dis-le moi si tu m’mens » (La mort dans la peau) et « Dis-le moi, dis-le moi dans les yeux si c’est pour m’mentir » (Tenir). Je voulais vraiment lier ces deux sons. 

Plus globalement, la tracklist raconte une histoire ? 

Mon EP, c’est un peu un combat qui se finit bien. Un combat contre moi-même. Dans Red and blue (premier son de l’EP), tu as le bruit des chaînes, des clés, des respirations, les reverb… C’est pour moi le son le plus hard core de l’EP. Finalement, le projet s’adoucit au fur et à mesure du combat que je mène. J’essaye de m’enfuir. Mais j’ai La mort dans la peau (deuxième son) donc il faudra Tenir (troisième son).

Tenir est placé au milieu de l’EP. Tu commences à rentrer dans la phase optimiste. Je commence à me battre contre la mort dans la peau. Ensuite, dans Marée noire (quatrième titre), la prod est plus joyeuse mais tu gardes les paroles sombres : « J’suis dans la marée noire, elle veut me marier moi. J’pense à me barrer loin car ici tout est noir. » Comme tu veux te barrer loin, tu deviens un Bandito (cinquième son). Et pour finir, une fois que t’as accepté tout ça tu finis sur Season (sixième et dernier son), qui est beaucoup plus posé. 

Dans mon EP, je raconte une mort qui tourne en rond. C’est le but du phœnix.

Mais dans Season tu dis : « Au fil des saisons je fane », c’est pas très optimiste.

C’est pas très optimiste mais c’est un cercle. Si cette mort je l’embrasse, elle me fait faner au fur et à mesure. Juste au lieu de me battre avec elle, je l’accepte. Dans Season, ma voix se trafique à un moment et c’était fait exprès parce que je voulais montrer que je souffre. Dans mon EP, je raconte une mort qui tourne en rond. C’est le but du phoenix (Nixfé est le verlan de phœnix, ndlr). C’est un cercle vicieux. Je renais dans Tenir. Quand je dis : « Toi et moi faisons la paire », c’est le tournant. Tenir, c’est le seul son qui est pas monotone. C’est pour ça que j’ai clippé ce morceau : tu as de l’autotune, un pont calme, du rap et je finis en chant. 

Pourquoi as-tu choisi ce nom de scène ?

Je suis fils unique et ça a été la galère. Il a fallu s’en sortir tout seul, s’encourager tout seul. Parfois, je suis tombé bien bas. Le principe du phœnix, c’est de renaître de ses cendres et d’être toujours plus fort. J’ai aussi un côté un peu démon. C’est l’animal des enfers donc je m’identifie beaucoup à lui. Je dis souvent : « le gaucher m’a tout dit », et le gaucher c’est le diable. Dans l’EP, il y a six titres parce que je suis né en juin mais aussi parce que le 6, c’est le numéro du diable. Ma double personnalité se retrouve là aussi. Tout est lié.

Le son pour ma mère, je le ferai plus tard. J’ai besoin de partager cette émotion avec des gens. Sinon, tu restes seul avec elle, alors que le but c’est de la transmettre. 

Pour un EP, c’est déjà très abouti. Tu comptes proposer quoi après ? 

Dans tous les cas, je ne peux qu’évoluer. Je suis un mec qui ne peut pas faire en dessous de ce qu’il a fait avant. Et même si là c’est recherché pour un EP, c’est un projet qui vient vraiment de moi. Je n’ai pas cherché un concept. Je voulais juste m’exprimer. La trame que je viens de t’expliquer, je l’ai réfléchi en faisant les sons. Je me suis rendu compte qu’elle apparaissait naturellement au fur et à mesure. C’est très instinctif.

Il y a des thèmes que tu veux aborder mais dont tu n’as pas encore eu l’occasion de parler ?

Il y a un thème : la famille. Surtout ma mère. En fait, ce son là, il faut qu’il soit écouté. Je veux transmettre énormément d’émotions. Je veux avoir un certain public avant de le sortir. Je pense que c’est pour ça qu’inconsciemment les rappeurs font un son pour leur mère après avoir percé. Tu partages cette émotion avec des gens. Sinon, tu restes seul avec elle, alors que le but, c’est de la transmettre. 

Justement, tu ne partages aucun son sur EP910. Il n’y aucun featuring à part la voix de Sarilou (Season). Pourquoi ?

Totalement. Je voulais n’être influencé que par moi-même sur ce projet. Je suis déjà en feat avec moi-même (rires). Par contre, je suis grave ouvert aux feats, j’adore ça. Dans la vie, je suis un mec qui s’adapte beaucoup donc ça m’intéresse de m’ouvrir à l’univers de quelqu’un d’autre. Pour l’instant, je n’ai que des collabs avec des potes à moi. Mais j’aimerais bien en faire, pour attirer un nouveau public. 

Si tu devais faire un feat dans le rap français, ce serait avec qui ?

En grosse tête, ce serait Ninho. C’est un mec qui m’a suivi dans plusieurs parties de ma vie. Je l’écoute depuis ses tout premiers projets sur YouTube. C’est quelqu’un qui me donne beaucoup de détermination. Il arrive à rapper en restant mélodieux.

Pour un feat dans les « petites têtes », j’aimerais bien feater Chanceko. C’est un délire de fou. Il fait partie des artistes qui ont leur univers. À partir du moment où les gens te suivent pour ton univers, ils restent et ils vont te pousser au maximum. Ils écoutent « du chanceko ». Là, tu as une vraie fan base.

Quelles sont tes inspirations musicales ? 

Aujourd’hui, je suis beaucoup plus rap français. Quand j’étais plus jeune, la première personne qui m’a inspiré, c’était Guizmo. Booba aussi mais dans l’état d’esprit, au niveau du travail. À l’ancienne, en rap américain, c’était Asap Rocky et Chance the rapper. Dernièrement, l’album de Laylow « Trinity » et celui de Josman « Split » m’ont mis une claque. Josman, pour moi, c’est le Travis Scott français. Sur la scène actuelle, j’aime aussi beaucoup Sean. Son dernier projet est très lourd.

J’écoute de tout. Beaucoup de variété française : Alain Souchon, Florent Pagny, France Gall, Téléphone… Il y a même du Joe Dassin dans ma playlist frère (rires). C’est trop important de connaître tout ça. Il y a beaucoup de reprises dans le rap français. Quelqu’un comme Damso pour moi est inspiré par la chanson française.

Quand je faisais LBOY, je voulais divertir. Avec Nixfé, il y a beaucoup plus d’introspection. Je souhaite toucher les gens.

C’est intéressant parce que tu cites Josman et Sean qui ont tous les deux le même délire que toi avec les personnalités multiples. Tu vas continuer à exploiter ce concept en lien avec le gémeaux ? 

Je pense oui, parce qu’avec cet EP, j’ai présenté le côté gémeaux mais je ne l’ai pas exploité. Je pense faire des double sons par exemple. J’ai des idées mais je ne veux pas m’enfermer dans un truc. La chose la plus satisfaisante quand tu es artiste pour moi, c’est d’avoir une signature. Ils écouteront parce que c’est moi et ça c’est grave important.

Avec ce projet, tu sens un changement ?

Je sens un changement de fou (rires). Déjà, en moi, je le sens. Je travaille dessus depuis décembre. Sortir un travail que tu fais depuis plus de six mois, c’est tellement un soulagement. En plus, il est apprécié. L’EP, ça permet aussi de se professionnaliser. Rien qu’au niveau des réseaux et du visuel, c’est beaucoup plus pro. Il y a un avant et un après. Je voulais séparer LBOY (son autre nom de scène, ndlr) et Nixfé. Quand je faisais LBOY, je voulais divertir. Avec Nixfé, il y a beaucoup plus d’introspection. Je souhaite toucher les gens.

Jusque-là, tu es content des retours ? 

J’ai eu beaucoup de bons retours. Que ce soit des gens qui connaissent la musique, ou de simples auditeurs. Mais surtout, et je ne m’y attendais pas forcément, les gens ont kiffé le projet dans l’ensemble. Ça me plaît parce que ça veut dire que l’EP marche dans sa globalité. C’est ce que je voulais faire. 

Récemment, le clip de Tenir est passé sur BET. Sur Twitter, tu disais « être tellement fier », ça représente quoi pour toi ?

C’est la première fois que je passe à la télé. J’ai regardé ça avec ma mère à côté. C’est trop satisfaisant. De me dire que pendant l’été, alors qu’il faisait 39 degrés, je n’ai pas porté une cagoule, un pull, et une doudoune pour rien (rires). C’est le fruit de mon labeur. En plus BET, il diffuse des styles de rappeurs qui sont totalement dans la même vibes que moi. J’ai kiffé le clip XO de Sonbest, le visuel est incroyable.

Comment as-tu commencé le rap ? 

À la base, j’étais une tête à l’école moi (rires). Mais je n’ai pas eu mon bac S. Je travaille pour ce que je veux. J’ai du mal à travailler si je n’y vois pas d’intérêt. À l’époque, j’écrivais pas mal de poèmes, quand j’avais 12-13 ans. J’ai rencontré à 15 ans, un pote avec qui je faisais du basket et qui rappait déjà (William, MW). Ça m’a beaucoup inspiré.

J’ai sorti mes premiers sons sur Soundcloud en seconde. Mon premier morceau s’appelait Roses. Aujourd’hui, c’est même pas écoutable. C’est mal mixé mais à l’époque, c’était lourd. Ça avait bien tourné. J’avais fait plus de 100 000 écoutes. Bizarrement, dans mes premiers sons, je mettais toujours des phrases en anglais, je sais pas pourquoi (rires). 

Quand il y a des gens dans la musique qui viennent te voir, qui te disent que ce que tu fais a du potentiel, tu commences à y croire. 

Quand est-ce que tu t’es rendu compte que ça pouvait marcher ?

Honnêtement, c’est quand FX (son manager et ami d’enfance) est venu me voir. On habite dans le même bâtiment donc on se connait depuis petit. Je m’en suis aussi rendu compte quand j’ai fait mon premier showcase sur les champs au Papillon. C’était en début d’année. J’avais sorti trois sons avant et deux clips. Dans la boîte, c’était une dinguerie. Les gens kiffaient trop, venaient me voir, etc. On a retourné le truc (rires). Quand il y a des gens dans la musique qui viennent te voir, qui te disent que ce que tu fais a du potentiel, tu commences à y croire. 

Dans cinq ans, tu te vois où dans le rap ?

Je sais pas où je veux me situer dans le rap, mais je sais que dans mon rap, dans cinq ans, je dois être encore plus chaud. Tout le travail que je fais maintenant, je dois le faire beaucoup mieux. Il faut que je sois plus précis et moins éparpillé. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre.

As-tu d’autres projets en préparation ?

Pas tout de suite. Mais j’ai beaucoup de choses à envoyer. Je vais rester sur des petits EP. Le jour où je fais un album, il faut qu’il soit très construit. Pour l’instant, j’ai un petit public donc pour moi, petit public, petit projet. Si je fais trop de titres, les gens n’auront pas forcément envie d’écouter jusqu’à la fin. Je préfère faire peu et satisfaire totalement, plutôt que faire beaucoup et satisfaire partiellement. 

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Entretiens Rencontres

Farlot : « Je fais de l’égotrip élégant » 

Arrivé dans le rap en 2014, Farlot est l’une des figures de ce qu’il aime appeler la « nouvelle vague ». Un rap qui joue avec ses frontières sans oublier ses racines. Artiste éclectique, Farlot puise son inspiration aussi bien dans le rap allemand que dans la House. À 23 ans, le rappeur limougeaud espère bien se faire une place dans l’univers du rap français. 

Tu n’es pas un artiste que l’on peut classer facilement. On peut t’entendre rapper sur de la techno, sur des ambiances plus old school… Comment te décrire ?

Je suis un mec qui adore toucher à tout. Si tu m’as déjà entendu sur de la house ou de l’électro, c’est par ce que j’ai un grand respect pour Grems, qui pose sur des prods assez techno et parfois trap. La première fois que j’ai écouté un de ses sons, j’ai pété les plombs. Mais de manière générale, les prods house m’ont toujours fait kiffer, au niveau du BPM notamment.

« Ça me plaît d’être inclassable ! Je me dis que je propose quelque chose qui sort du lot. »

Farlot

D’où te vient cette ouverture musicale ?

J’ai beaucoup été influencé par mes frères. L’un écoutait pas mal de rap américain à l’ancienne. L’autre beaucoup plus de rap français alternatif comme TTC qui posait sur des prods assez house. Je consommais ça à fond quand j’étais gamin. Pourtant, chez TTC, les lyrics sont assez osés et parfois très explicites, mais ça ne me dérangeait pas. Je pense que ça se ressent aujourd’hui dans ma musique.

L’éclectisme, c’est une style artistique que tu souhaites développer ?

Oui, ça me plaît d’être inclassable ! (Rires) Au départ, c’était quelque chose qui me faisait peur. Maintenant, ça me fait kiffer et je me dis que je propose quelque chose qui sort du lot.

Crédit : Robin Spiquel.

Concernant tes inspirations, qu’est-ce qui tourne dans tes playlists ?

Beaucoup de scène allemande. Notamment Symba et tout son groupe. Ce n’est pas un collectif, mais ils sont toujours dans le soutien les uns des autres. Ils se serrent les coudes pour réussir et c’est ça que je trouve incroyable. Musicalement c’est très riche. En rap français : Michel, qui fait du hip-house. Dans les sons un peu plus trap, il y a 13 Block et Take A Mic. Et sinon, je dirais Ichon, pour son personnage, son style et sa musique. Je le suis depuis très longtemps d’ailleurs.

Tu expliques faire de « l’égotrip élégant ». Imagines-tu un jour écrire des morceaux plus introspectifs te concernant ?

Quand ça sera plus sérieux, j’aimerais parler d’amour et de ruptures amoureuses ou amicales. J’ai déjà fait pas mal de maquettes sur le sujet, mais pour le moment je garde ça pour moi. Au-delà de ça, je commence à parler de mes frères et de ma sœur. Concernant ma mère, je vais attendre encore un peu pour me dévoiler. Il y a beaucoup de choses à dire.

Crédit : Robin Spiquel.

La passion du son 

Tu as écris tes premiers textes à l’âge de 17 ans. Quel est le déclic ?

J’écoute du rap depuis que je suis gamin et je n’ai jamais vraiment écouté autre chose. En 2014 il y a eu un renouveau autour du hip-hop, avec le vêtement, le skateboard etc… À l’époque, j’écoutais des sons américains « undergrounds » et la qualité n’était pas toujours au top. C’est à ce moment là que je me suis dit pourquoi pas moi ? Dans le sens où, pour se lancer, il y a pas forcément besoin d’un niveau incroyable.

À la base, on était trois et on devait faire un groupe. Sauf que chacun grattait dans son coin et l’on repoussait le lancement. Un jour, j’étais en heure de colle. J’avais 17 ans. C’est là que j’ai écris mon premier texte. D’abord, je l’ai trouvé affreux et je l’ai jeté à la poubelle. Je me suis dit que ce n’était pas pour moi. En rentrant chez moi, je m’y suis remis et j’ai travaillé. J’aimais beaucoup écrire et aujourd’hui, on en est là.

« Dans mes morceaux, il n’y a pas d’insultes. Je suis un mec qui adore l’élégance. Je ne fais pas ça pour choquer. »

Farlot

À l’époque, tu te faisais appeler « Farlott15K ». Aujourd’hui, tu te présentes comme « Farlot ». Qu’est-ce qui provoque ce changement ?

Lorsque l’on a commencé à poster des morceaux en dehors de Soundcloud, mon nom a été un long débat dans mon équipe. On a mis beaucoup de temps à savoir si je gardais Farlott15K ou si je passais à Farlot. Finalement, je trouve Farlot beaucoup plus classe, et c’est ce que je veux dégager. Dans mes morceaux, il n’y a pas d’insultes. Je suis un mec qui adore l’élégance. Je ne fais pas ça pour choquer. C’est pour ça que je suis à fond sur l’Angleterre et sur Londres.

Maintenant que tu envisages une carrière dans la musique, quelles sont les étapes que tu souhaites suivre ?

On va enchaîner les singles jusqu’à ce que ça monte un peu plus. J’envisage ensuite un petit projet. Pour l’année prochaine je pense. Je me laisse du temps. À l’époque de Farlott15K, j’étais encore trop jeune. Je faisais beaucoup trop de choses et la qualité n’était pas au rendez-vous. Ce sont des morceaux que je ne peux plus écouter. Aujourd’hui, je veux proposer un projet que je suis fier de défendre, avec une promotion autour.

« La musique m’aide à tenir, ça me permet de me changer les idées et d’oublier la galère. J’ai dû faire pas mal de sacrifice pour en faire, alors je suis déterminé. »

Farlot

Qu’est-ce qui t’as poussé à continuer malgré le fait que tu ne rencontrais pas forcément le succès escompté ?

S’en sortir dans cette industrie, c’est vraiment difficile. Mais je suis né avec ça, le son c’est toute ma vie. La musique m’aide à tenir, ça me permet de me changer les idées et d’oublier la galère. J’ai dû faire pas mal de sacrifice pour en faire, alors je suis déterminé.

Tu travailles à côté ?

Avant j’étais vendeur, dans une fripe. Je pouvais digger des vêtements et j’avais un patron super gentil. C’est moi qui choisissais la bande son, donc je me faisais plaisir. Grâce à cet argent, j’ai pu acheter du matériel et investir dans certaines promotions. Aujourd’hui, je suis à 100 % dans la musique. Mais je ne suis pas contre retravailler un jour, si j’en ai besoin.

Crédit : Robin Spiquel.

En famille 

Combien de personnes gravitent autour de Farlot ?

Ils sont trois. Il y a ma community manager, mon ingénieur son, ZPL beats, et mon manager, ma mère. Je connais ma CM depuis cinq ans et on se voit tous les jours. Mon ingé habite à Nantes, mais nous sommes en contact permanent. On s’était rencontré en janvier 2018, je l’avais contacté sur Instagram parce que j’aimais beaucoup ses prods. Il a commencé par me conseiller, aujourd’hui c’est lui qui réalise tous mes mixs.

Tu revendiques beaucoup le fait de travailler en famille. Est-ce que tu comptes rester en indépendant ?

Je suis de plus en plus ouvert à des collaborations. À l’époque où je donnais mes premières interviews, j’étais un gamin assez têtu. Je le suis toujours mais j’ai grandi et je me dis qu’il y a rien de mieux que les collaborations. Pour ce qui est de l’équipe, je préfère rester en famille.

« Je suis obligé de rapper Limoges, parce que c’est ma vie. » 

Farlot

Dans une interview, tu disais qu’une ville ne fait pas forcément ton rap. Limoges a-t-elle une influence sur ton art ?

Ça influence énormément ma musique dans le sens où j’ai grandi ici. J’y ai fait toutes mes conneries quand j’étais gamin, c’est là où j’ai toutes mes connaissances mais aussi mes ruptures amicales…. Finalement, je suis un peu obligé de rapper cet endroit, parce que c’est ma vie.

D’ailleurs, Limoges est une petite terre de rap. Je pense notamment au rappeur Arion. C’est un petit encore, mais il est très bon dans ce qu’il fait. C’est un charbonneur.

Ta musique commence doucement à toucher un plus large public. As-tu l’impression d’atteindre le seuil de reconnaissance que t’attendais ?

On peut dire ça comme ça. Pour les 50 000 vues du clip Collectif, j’ai été poussé par la vidéo d’un Youtuber (Guizzi). Pour un gamin de Limoges, faire ce score c’est incroyable.

C’est quoi la suite pour toi ?

Les prochaines étapes… C’est les 100 000 vues (rires). Sortir un projet abouti. Commencer les scènes. Et continuer cette merde jusqu’à la fin !

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Sonbest : « Lotus, c’est la fleur de l’espoir »

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Le 12 juin 2020, Sonbest a dévoilé son deuxième EP « Lotus », deux ans après la sortie de « Immersion ». L’artiste étonne par un projet cohérent et unique, à l’univers bien défini. À l’image de la fleur de Lotus qui incarne le renouveau, le rappeur de 22 ans, originaire de Colmar, propose un projet à part. Rencontre avec Sonbest, fleur rare dans le paysage du rap français. 

 

Ton projet « Lotus » est sorti la semaine dernière après deux ans de travail. Qu’est-ce qui t’as pris autant de temps ?

D’abord, je viens d’Alsace et il a fallu que je prenne le temps de bouger sur Paris. Ensuite, il me fallait rencontrer les bonnes personnes et trouver un taff. Le mixage nous a aussi pris un temps fou. Nous avons dû remixer une tonne de fois pour avoir le résultat que nous recherchions.

 

Je comprends pourquoi les gens disent que nous nous ressemblons avec Laylow, même au niveau de la pochette. Quand il a sorti Trinity, j’étais choqué.

Avec l’équipe, nous surveillons ce qu’il se passe dans le rap français. Nous savons surtout ce qu’il manque.

Comment vous est venu l’idée du sound design qui parcourt l’EP ? 

Avec l’équipe, nous surveillons ce qu’il se passe dans le rap français. Nous savons surtout ce qu’il manque. Wise (beatmaker qui a travaillé sur deux titres de l’EP : Poison et Wow, ndlr), a proposé de mettre des transitions entre les sons pour qu’il y ait un fil directeur et que le projet puisse s’écouter d’une traite.

 

Tournage du clip XO. Crédit : Hoda Hoda (@h0da.h0da).

 

Beaucoup t’ont comparé à Laylow. C’est une de tes inspirations ? 

Laylow ? Bien sûr. Je le connais depuis très longtemps et j’aime ce qu’il fait. Il m’a inspiré mais ce n’est pas dans sa direction que je vais. Je comprends pourquoi les gens disent que nous nous ressemblons, même au niveau de la pochette. Quand il a sorti « Trinity », j’étais choqué. Nous avions déjà nos idées avant qu’il sorte son projet. En plus, dans son album, il y a un son qui s’appelle Poizon, comme moi. Mais ce n’est pas grave, ça me fait plaisir qu’on me compare à lui. 

De manière générale, je suis plus influencé par le rap US. Au début, j’aimais Lil Wayne, après il y a eu ASAP Rocky, ensuite Travis Scott puis Kid Cudi et Kanye West. Ils sont tous des rappeurs avec une personnalité et un univers à eux. C’est ça qui m’intéresse.

 

Et en rap français ?

J’ai mis du temps à me mettre au rap français. À l’ancienne, j’écoutais Guizmo. Maintenant, c’est plutôt Ichon et Laylow. J’aime le rap underground. D’ailleurs, il y a plein de rappeurs au Canada qui sont chauds mais que les parisiens ne connaissent pas encore. Je kifferais faire un featuring avec un canadien. À Paris, il y a trop de monde. C’est saturé. Les gens ont trop les yeux rivés sur la capitale. 

L’objectif c’est aussi de représenter mon 68 et les gens perdus dans la campagne, comme moi. Ce serait ouf. Si certains me donnent de la lumière, j’en profiterai pour en donner à tous ceux qui en ont besoin et qui m’ont aidé.

 

Depuis que j’ai commencé à faire du son, j’ai voulu me démarquer et je me disais qu’il fallait que je fasse quelque chose de différent dans le rap français.

 

Tu veux donner une identité musicale à ta ville et ta région ?

Bien sûr, c’est le plus important. Je représente les Alsaciens et si j’en ai l’occasion, je ferai tout pour qu’ils aient un peu plus de visibilité. D’ailleurs, mon style c’est la nouvelle sauce du Grand Est. Nous avons une certain façon de rapper. Ash Kidd, par exemple, quand il rappe, il rappe Strasbourg. Ça vient de chez nous.

 

Tournage du clip Agonie. Crédit : Swimthedog.

 

Avec ce projet, il y a un univers qui se définit vraiment et qui se démarque.

Justement, avec l’équipe, nous voulons apporter quelque chose de nouveau dans le rap français. Nous sommes tous sur la même longueur d’onde : pas de limites, que ce soit au niveau du son, du visuel ou des sapes. Depuis que j’ai commencé à faire du son, j’ai voulu me démarquer et je me disais qu’il fallait que je fasse quelque chose de différent dans le rap français.

 

En Alsace, je n’avais pas grand chose. Malgré tout, j’ai essayé de pousser. Comme la fleur de Lotus.

 

Tu disais vouloir apporter quelque chose de différent au rap français. Tu penses avoir réussi avec « Lotus » ?

Je pense, oui. Mais la suite sera différente. Mon point fort, c’est ma versatilité. Plus tard, il y aura peut-être des sons rock ou house qui vont sortir. Je ne veux vraiment pas me mettre de limites. Je sais rapper sur différents styles de prods donc j’essaye de travailler ça et de l’amener au plus haut niveau. Quand je rentre dans un style, je ne le fais pas à moitié, je le fais à fond.

 

Pourquoi avoir choisi d’appeler l’EP « Lotus » ? 

Le lotus c’est la fleur de l’espoir. Elle pousse dans les marécages et ça ne l’empêche pas d’être une belle fleur, malgré son milieu et son environnement. C’est un peu mon parcours. En Alsace, je n’avais pas grand chose. Malgré tout, j’ai essayé de pousser. Comme la fleur de Lotus.

 

 

La prédominance de la couleur bleue et le sound design de l’eau sur Agonie amène une ambiance aquatique. Est-ce que cela rejoint cet esprit là ?

Exactement. L’eau rappelle les marécages. Quand tu marches dans la boue, c’est pâteux et visqueux. Un peu comme les sables mouvants. Il faut savoir se sortir de là. C’est le fil rouge de « Lotus ».

 

Le seul clip qui est sorti, c’est celui du titre XO (depuis l’interview, le clip du titre Agonie est disponible, ndlr). Il a été publié sur la chaîne Youtube du Règlement Radio, pourquoi avoir choisi de le diffuser chez eux ? 

Le clip était déjà tourné depuis longtemps. Il devait être posté sur ma chaîne. Mais mon manager l’a envoyé au Règlement. Ils ont kiffé et ont voulu le prendre. Au début, je n’étais pas chaud. Mais après, je me suis dit que c’était ma chance. Ça a donné de la visibilité au projet. Il y a plus de 20 000 vues, là où moi, sur ma chaîne, je n’ai même pas 100 abonnés.

 

 

Le visuel de ce clip est d’ailleurs très travaillé. C’était quoi l’idée ? 

C’est le deuxième titre du projet que j’ai clippé. Le premier, c’était Agonie (disponible depuis vendredi, ndlr) avec un clip en noir et blanc et un véritable storytelling. Donc là, il nous fallait un contraste. C’est pour cela que nous avons choisi de donner une image qui brille, avec des paillettes, tourné en plan séquence.

 

D’ailleurs, la pochette rappelle beaucoup l’ambiance ce clip.

C’est vrai. Elle a été faite par Hoda Hoda. Je l’ai rencontré en soirée à Paris, comme Jo The Wise. Nous l’avons invité sur le tournage de XO et c’est à ce moment-là qu’il a eu l’idée de la pochette. C’est pour cela que les visuels sont très similaires et cohérents. Au départ, nous voulions que les gens puissent me reconnaître. Mais Hoda Hoda a eu d’autres idées en s’inspirant notamment d’une pochette de The Weeknd et de Trippie Redd.

 

Pochette de l’EP « Lotus ». Crédit : Hoda Hoda (@h0da.h0da).

 

L’ambiance de l’EP est très mélancolique. Est-ce que tu serais capable d’aller vers des sons plus joyeux ?

Si j’y arrive un jour, oui ! Pour l’instant, je n’y arrive pas mais ce serait bien. Ne serait-ce que pour que mes parents écoutent un truc joyeux (rires). Ils écoutent et soutiennent ce que je fais mais ils ne comprennent pas. De manière générale, je m’inspire selon ce que je vis au moment ou j’écris. Donc il y a plein de thèmes que je n’ai pas encore abordé et dont j’aimerais parler. C’est illimité.

 

Le truc, c’est que j’ai encore du mal à réaliser qu’il y a un engouement et que ça peut marcher.

 

T’es content des retours concernant le projet ?

Franchement, je ne m’attendais pas à ça. Dans ma tête, je sortais le projet comme « Immersion ». Je le mets sur internet et on verra où ça mène. Ça me fait très plaisir et je me dis que nous n’avons pas travaillé pour rien. Il y a un engouement et je peux même dire qu’il y a des fans (rires). Nous allons continuer comme ça.

 

Tu t’es préparé à un éventuel succès ?

Le truc, c’est que j’ai encore du mal à réaliser qu’il y a un engouement et que ça peut marcher. Donc oui et non. Ça fait longtemps que je fais du son donc je suis motivé, j’ai travaillé pour mais je sais pas quand ça va tomber et qu’il faudra prendre les bonnes décisions.

 

Nous allons faire de grandes choses et nous allons y arriver. Je ne suis qu’à 20% de mes capacités. 

 

Comment as-tu commencé le rap ?

J’ai commencé au collège, j’avais un groupe avec mes frangins et avec mes potes du quartier. Tout le monde a arrêté et j’ai continué. Pour mes 18 ans, ma mère m’a passé des sous et j’ai acheté du matos pour faire mes sons. C’est là que j’ai vraiment commencé. À côté, je travaillais. Quand j’étais en Alsace, dès que j’ai arrêté la fac, j’ai travaillé à l’usine et dans la restauration. Pareil, quand je suis arrivé à Paris. En ce moment, je suis au chômage tu vois. C’est la merde (rires).

 

L’EP est déjà extrêmement travaillé. Pour un album, tu pousserais le délire encore plus loin ?

L’album, ça viendra plus tard. C’est pas un truc que je veux faire à la légère et qui me prendra plus de temps. Ce sera quelques chose avec des vrais instruments nous ferons quelque chose de carré. Mais pour l’instant, je pense même pas encore à l’album. Je vais d’abord sortir des projets et des sons. Mais bien sûr, c’est le but. Sur l’EP, il y a encore des imperfections que peut-être les gens ne voient pas. Il y a encore beaucoup à faire. Nous allons faire de grandes choses et nous allons y arriver. Je ne suis qu’à 20% de mes capacités. 

 

Un mot de la fin ?

Dédicace à l’Alsace, on est ensemble. On va tous venir dans Paris. On arrive bientôt.

 

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Entretiens Rencontres

sean : « Je veux parler de la dualité que nous avons tous en nous. Celle du bien et du mal. »

[vc_row][vc_column][ts_text_block]Après avoir été accueilli positivement par la critique pour son premier EP « Mercutio », sean est de retour avec sa mixtape « À moitié loup ». Couvert de fourrure, il dévoile les six premiers morceaux le 10 avril 2020 et complète sa tracklist de douze titres deux semaines plus tard. Entre le mélancolique heureux et le nostalgique radieux, le rappeur est toujours à moitié. Au téléphone, l’artiste confiné s’est confié sur son projet double face.

 

Comment est venue cette idée de séparer la sortie des morceaux en deux parties ?

Je voulais casser l’image que j’avais avec « Mercutio » et proposer une nouvelle facette artistique. Dans la première partie, il y a beaucoup de sons assez solaires ou dansants pour montrer un nouveau sean musicalement parlant. Nous voulions que le public ait le temps de se faire à la nouvelle image que je proposais. Dans la deuxième partie, je mélange un peu plus les styles pour les troubler une nouvelle fois. Je voulais qu’il se demandent : « D’où sort-il ? ».

 

La direction artistique du projet est très établie. C’est quelque chose dont tu te soucies beaucoup ?

La cohérence de la DA et des sonorités sont super importantes pour nous. Nous allons continuer à chercher et à proposer des concepts qui ne se font pas trop en France. Je pense notamment à quelqu’un comme J. Balvin. Je n’aime pas forcément tout, mais son délire sur « Colores » est trop lourd. Ce n’est que le début pour nous mais nous allons continuer dans cette voie, avec toute la technologie et les ressources que nous avons.

 

Cover de la mixtape « À moitié loup ».

 

La cohérence de l’univers fait davantage penser à un album court qu’à une mixtape. Où est-ce que tu situes le curseur ?

Je fais surtout la différence au niveau de la promo qui accompagne la sortie. Je dis aussi mixtape parce que « À moitié loup » a été fait rapidement. L’idée, je l’avais depuis longtemps et nous avions déjà pas mal de sons en stock. Le concept s’est mis en place assez vite après la signature chez Nice Prod.

 

Le concept des facettes multiples est identifiable sur tes deux projets. Tu te cherches encore ?

Je suis plutôt comme un scientifique qui fait de la recherche et du développement. Il ne se cherche pas, mais il cherche les recettes qui répondent le mieux. Je vais vers les sonorités qui me plaisent le plus et je sais ce que j’aime. Sur « À moitié loup », je suis en quête d’authenticité. Je fais ce qui me représente et ce que j’ai dans la tête. Je ne me cherche pas, mais je cherche beaucoup.

Avec le côté loup, je parle du vice et des tentations.

Dans les mythes, la métamorphose en loup ne se contrôle pas. Est-ce que tu subis la tienne de la même manière ? 

Oui tout à fait. Avec le côté loup, j’évoque le vice et les tentations. C’est le côté animal qui me rattrape, qui est instinctif et qui se rappelle à nous dans certaines situations. Je veux parler de la dualité que nous avons tous en nous. Celle du bien et du mal.

 

Tu parles du rapport à la notoriété dans le son À moitié loup. Est-ce un vice de sean ?

Quand je parle de la notoriété comme un vice, c’est surtout une satire de ceux qui y sont. Je le constate autour de moi, ceux qui commencent à avoir un peu de buzz et tout… Ça monte très vite à la tête. J’espère vraiment ne jamais devenir comme ça plus tard (rires).

 

Comment gères-tu l’exposition médiatique ?

Ça se passe super bien pour le moment. Je suis très entouré et j’ai une bonne équipe qui bosse avec moi et me rassure. C’est très carré. Même quand je gère des concerts, je suis toujours bien accompagné.

 

Jamais de galère en concert ?

Si ! La première fois que j’ai été à La Cigale (pour la première partie de Lonepsi, ndlr), j’ai oublié mes ears quand je suis rentré sur scène. Je n’entendais plus rien ! J’étais super décalé avec le son. Le tourneur avec qui je venais de signer m’a tué. J’ai réussi à les récupérer pour faire le deuxième son, mais je les ai mal mis et ils sont tombés… C’était une galère.

 

Crédit : Maxence & Jonas.

 

À la fin de « Mercutio », tu dis vouloir te poser sur la lune. Lorsque tu conclus cette mixtape, tu dis y être arrivé dans le morceau Couleurs. Que signifie ce symbole ?

La lune c’est mes rêves et mes objectifs. « Elle veut la villa sur la moon », c’est un endroit idyllique où tu es au max. C’est nos ambitions, l’endroit où nous nous voyons plus tard. Pourquoi est-ce que nous faisons tout ça ? C’est pour être bien, dans une villa sur la moon. Nous l’avons aussi pensé dans l’idée du concept avec la lune qui réveille le Loup-Garou.

 

Elio (son prénom, ndlr) et sean, c’est très différent ?

C’est un personnage autour d’une narration. Je raconte ce que j’ai vu. Je me place dans la peau de quelqu’un qui observe et décrit certaines situations, comme quand je parle d’amour par exemple.

 

Comment s’est faite la connexion avec Azuul Smith sur Hiver ?

Par des relations communes. Ça s’est fait naturellement. Nous nous sommes rapidement trouvés musicalement. D’ailleurs, je suis en ce moment avec lui dans un Airbnb à Saint-Denis. Nous avons ramené tout le matériel que j’ai à Paris pour enregistrer et faire du son.

 

 

Le côté technique du son, que ce soit au niveau des effets de voix, de la prod ou du mix, c’est quelque chose que tu travailles particulièrement ?

Pour être le meilleur, il le faut. Sur « À Moitié Loup », j’ai passé une semaine de pré-mix. Je me suis posé, j’ai ajusté tous les événements et les effets que je voulais pour que cela sonne parfaitement. Nous avons coupé chaque petite respiration au bon moment.

Mais je travaille souvent avec les effets directement. Quand nous trouvons une sauce avec Roodie (un des beatmakers présent sur la mixtape, ndlr), nous enregistrons directement. C’est ce qui donne le côté fluide. Je pense notamment à la voix un peu foncedée sur le morceau À moitié loup.

 

Renréchir rapidement avec une mixtape. 

Est-ce qu’il y a des artistes qui t’ont influencé dans la façon de manier l’autotune ?

Booba, Nessbeal en France sur les refrains. Sinon aux US, des gars comme Travis Scott et Migos.

 

Roodie a signé la moitié des prods du projet. La connexion est spéciale avec lui ?

Totalement. C’est avec lui que j’ai commencé. À chaque fois que je suis en studio il est là. Je pose vraiment plus facilement sur ses prods.

 

Pour la sortie de la mixtape, tu as aussi réalisé ton premier clip : Prix à payer. Comment ça s’est passé ?

C’était un peu freestyle. À l’origine, je ne devais pas le réaliser. Mais je m’étais déjà beaucoup investi en amont et j’ai accompagné le chef opérateur pendant le tournage. Il m’a laissé la main petit à petit. Nous l’avons fait ensemble. J’ai pu mettre vraiment ma patte sur le montage et je suis aussi passé sur les effets. C’était super lourd.

 

 

Comment avez-vous trouvé ce décor si particulier ?

Un mois avant de tourner, j’avais été en Tunisie et j’avais repéré cet hôtel abandonné avec une vue sur une palmeraie magnifique. J’avais pris des photos pour montrer le lieu à l’équipe et tout le monde était d’accord. Nous sommes arrivés à 8 h pour tourner sur place, mais des gardiens refusaient de nous laisser rentrer. Même contre de l’argent.

L’agence de tourisme nous a confirmé que l’hôtel appartenait à une banque qui refusait l’accès. Du coup, nous avons dû faire un repérage improvisé dans la journée pour trouver un nouvel hôtel qui était juste à coté. Nous voulions un délire post-apocalyptique, alors le lieu avec les ruines marchait super bien. Je trouve que ça parle d’autant plus aujourd’hui, dans ce contexte si particulier.

 

Comment envisages-tu la suite ?

Nous allons rapidement préparer des dates pour tourner. C’est plutôt en suspens pour le moment. J’espère que ça va revenir vite. Nous avons aussi de la matière en stock. Je vais rester très actif. Un clip est en préparation. Je vais sortir des singles d’entre-deux et renchérir rapidement avec une mixtape.

 

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Entretiens Rencontres

Florian Huvier : « Je veux ouvrir le rap à un autre public »

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Florian Huvier est journaliste pour BFMTV au pôle vidéo et web. Depuis le mois d’avril 2019, il s’intéresse chaque semaine à un rappeur français émergent dans son émission « Tu connais ? ». À 24 ans, il fait partie de la jeune génération qui invite l’univers du rap à la table des médias généralistes. Alors que BFMTV cherche à se faire sa place sur les réseaux sociaux, il en profite pour proposer à sa rédaction d’animer une chronique web hebdomadaire pour parler rap. L’émission : « Tu connais ? » est née. La règle est simple : présenter des rappeurs francophones qui montent en puissance. La place est réservée aux artistes n’ayant pas encore décroché de disque d’or. Depuis la première émission sur le groupe 13 Block, vingt autres épisodes ont été tournés.

Comment es-tu parvenu à imposer une émission rap hebdomadaire sur le web à BFMTV ?

BFM à la télé n’a pas une bonne image auprès des jeunes. Il fallait donc trouver quelque chose qui les intéresse sur le web. Quand j’ai proposé le projet, le rap était déjà la musique la plus écoutée en France mais les médias n’en avaient pas encore conscience. À la rédaction, il y avait de plus en plus de trentenaires qui connaissaient, mais qui n’écoutaient pas forcément.

J’étais le seul à avoir la vingtaine et à pouvoir comprendre ma génération. Ils m’ont fait confiance. Ce qui me plaît, c’est de pouvoir choisir librement l’artiste dont je vais parler. Quoi qu’il arrive, je suis le seul à parler rap à la rédaction donc personne ne va débarquer avec un artiste peu connu et me dire : « Tu vois, là, celui-là, tu devrais en faire quelque chose » (rires). C’est impossible.

 

 

Comment parler rap lorsqu’on est un média généraliste ? 

Je ne veux pas m’inventer spécialiste du rap. Il y a des gens beaucoup plus calés. Mon objectif, c’est de donner des pistes assez larges pour ouvrir le rap à un autre public. L’émission reste plutôt destinée aux jeunes, ce qui explique qu’elle soit aussi diffusée sur Snapchat (tous les samedis à 10h, ndlr).

J’essaye de faire quelques références à ceux qui sont déjà fans de rap. Le délire de la chaise, c’est un petit clin d’œil à Hatik sur lequel j’ai fait un épisode. Je l’ai découvert avec sa mixtape « Chaise pliante ». Au moment de concevoir l’émission, j’ai pensé à lui.

 

J’avais des commentaires du genre « BFMTV qui fait du Booska-p ». J’ai l’étiquette d’un « journaliste de télé » alors forcément ça passe moins bien.

 

Sur l’épisode de 100blaze, il y a eu de nombreuses réactions sur Twitter. On te comparait à Nico Colombien de chez Booska-p qui va à la rencontre d’artistes prometteurs dans l’émission  « Wesh » . A-t-il été une source d’inspiration ?

Honnêtement, avant 100Blaze, je ne connaissais pas le concept du « Wesh ». Je regarde leur JDR (Journal du rap, ndlr) mais je ne connaissais pas le travail de Colombien. Je m’y suis intéressé parce que je ne comprenais pas pourquoi est-ce que dans mes mentions Twitter j’avais des commentaires du genre «BFMTV qui fait du Booska-p ». Maintenant, je comprends mieux les réactions. J’ai l’étiquette d’un « journaliste télé », alors forcément ça passe moins bien.

La différence avec le « Wesh », c’est qu’il rencontre l’artiste, contrairement à moi qui en fait une présentation succinte en deux minutes. La personne qui gère le digital m’a suggéré d’aller moi aussi rencontrer les rappeurs mais j’ai refusé parce que ce serait voler le concept du « Wesh ». Et puis Booska-p s’adresse à un public qui écoute du rap. L’audience de BFMTV est très différente. Les trois quarts des messages que je reçois, ce sont des messages en mode : « Pourquoi vous parlez de ça, laissez-moi avec Johnny Hallyday » (rires).

 

Certains internautes te proposaient un octogone avec Colombien, tu es chaud ?

Je suis sûr de le gagner (rires). Je rigole, il a l’air gentil en plus.

 

 

Historiquement parlant, la chaîne a un rapport conflictuel avec cette culture. Alors, constater que BFMTV profite désormais de l’essor du rap peut paraître assez opportuniste, non ?

Cette relation conflictuelle est d’ailleurs toujours d’actualité. Dernièrement, ils ont fait un reportage qui a fait beaucoup réagir sur le rap et l’orthographe. Alors oui, c’est problématique, mais à mon échelle, je ne peux malheureusement pas y changer grand-chose. Personnellement, je ne travaille pas pour la chaîne télé mais pour le site web.

Pour l’anecdote, la semaine avant le reportage, j’avais presque calé des interviews avec les journalistes de l’Abcdrduson pour la sortie de leur livre, L’Obsession Rap. J’avais eu Raphaël Da Cruz au téléphone qui était partant. Je pars en vacances et le reportage tombe. À mon retour, je le rappelle et il m’explique qu’ils ont finalement décidé de ne plus faire l’interview. Il ne m’a pas dit pas pourquoi, mais j’ai compris que c’était en partie pour ça. Honnêtement, je les comprends totalement. L’image de BFM est rattachée à ce qu’elle propose à la télé.

 

Il y a un mépris évident pour la rap à la télé.

 

Peut-on dire qu’il y a un certain mépris des médias télé pour le rap en France ?

Il y a, bien sûr, un mépris évident pour le rap de la part de la télé en général. Ce n’est pas leur génération. Les seuls rappeurs dont la télé parle c’est Bigflo & Oli (rires). De manière générale, il y a des sujets sur des artistes émergents comme Pomme, Maëlle ou Suzanne qui ont été nommées aux Victoires de la musique. Mais les artistes que je présente sont tout aussi légitimes. Pourtant, ils n’y sont pas.

 

Depuis quelques années, les médias généralistes commencent à s’intéresser différemment au rap. Comment expliques-tu ce changement ?

Un média comme BFMTV n’a pas à être avant-gardiste. Il suit l’actualité. Je comprends que l’on puisse reprocher à la télé d’avoir été médisante, mais les clichés commencent à disparaître. Ceux qui intègrent la rédaction sont de plus en plus ouverts à cette musique. Le rap commence à être respecté.

 

Quand tu es journaliste et que tu ne vois plus que toi, tu n’apprends plus rien.

 

Le manque de diversité sociale que l’on peut observer parmi les journalistes n’est-il pas le premier responsable de ce rapport cliché au rap ? 

Totalement. Ce sont des gens du même milieu qui se côtoient. Ils passent tellement de temps ensemble qu’ils finissent par ne voir plus qu’eux. Quand tu es journaliste et que tu ne vois plus que toi, tu n’apprends plus rien. Le principe même du journalisme, c’est d’être le reflet de la société.

Quand le rap est arrivé, c’était un moyen pour les chaînes d’info de faire un sujet sur les banlieues. C’était déjà une forme d’entre-soi. Il y a peu de journalistes qui viennent de banlieues par exemple. Il y a un problème quelque part.

Propos recueillis par Lise Lacombe.

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