Considéré comme l’une des plumes les plus remarquées dans le paysage actuel du rap français, Dinos avance vers son troisième album studio. Baigné dans la frénésie des Rap Contenders qui ont marqué son style, le rappeur est-il de ceux que l’on classe parmi les « lyricistes » ? Décryptage.
« J’en ai marre de faire de la punchline. J’avais envie d’écrire ce que j’avais sur le cœur, c’est pour ça que j’ai enlever Punchlinovic », confiait Dinos à Booska-P pour la sortie de son premier album « Imany », en 2018. Avant d’amputer de moitié son nom d’artiste et d’adopter un spleen esthétique qu’il ne lâchera plus, le rappeur de La Courneuve se jouait de la langue et des jeux de mots dans des battles effrénées. Il est l’une des révélations de cette jeune génération de kickers a cappella.
Génération Rap Contenders
Les gants de box levés pour crier victoire, le jeune Jules a tout juste 17 ans et s’agite déjà avec énergie sur le ring des Rap Contenders. Pendant plusieurs années, il affûte un sens de la formule incisif qui n’est pas sans se faire remarquer, animé par l’intensité des face-à-face avec d’autres MC locaux.
Le train passe et le rappeur ne rate pas le départ. Signé dans la foulé sur le label Def Jam, il dévoile rapidement un premier EP intitulé « L’alchimiste », pour rappeler l’ouvrage de Paulo Coelho du même nom. « Jeune et ambitieux », il use de la recette qui avait fait son succès pendant ses joutes hip-hop. Une overdose d’égotrip, de punchlines et de références qui trouve un écho moins probant sur ce projet de douze titres, trahissant la jeunesse de ce premier jet.
Un an passe et le gamin de La Courneuve prend du galon. La vingtaine et une première partie d’IAM à l’Olympia en poche, il rejoint Capitol Music France et passe un premier cap lyrical avec son deuxième EP : « Apparences ». Toujours aussi nonchalant et lay-back, Dinos semble avoir gagné en expérience.
Cover de l’EP « Apparences ».
Quelques formules fanées n’ont pas encore quitté son répertoire, mais son personnage prend forme et il éparpille ses fulgurances avec plus de parcimonie et de justesse. Une progression qui s’accompagne d’un premier succès : celui du morceau Namek qui trouve une résonance particulière auprès de son public naissant.
Le tournant « Imany »
La bascule s’effectue avec un vrai gain de maturité. Entre 2015 et 2018, Dinos quitte la scène et se réfugie en studio. Trois ans de retrait et de travail, pendant lesquels il écrira l’équivalent de « trois ou quatre albums » pour proposer une formule finale, noire et blanche : « Imany ». Le premier extrait, Flashé, témoigne d’une mue artistique. Il trouve alors un nouveau ton et donne de l’espace à un style sophistiqué et élégant.
En quittant le Punchlinovic, Dinos rompt avec l’école de la punchline qui avait été la sienne. Ses textes, toujours aussi parsemés de références au rap français, se diversifient. À l’occasion de la sortie du disque, il expliquait au journaliste Yérim Sar vouloir « arrêter de rapper pour les rappeurs, mais pour toucher le cœur des gens ». Celui qui se qualifie lui-même de « bousillé du rap », attentif à la technique et au détail, trouve un juste milieu.
Il muscle ses rimes avec des textes mieux sentis. Quintessence de ce virage : le morceau Hiver 2004. Sur ce track produit par Twenty9, il reprend avec poésie le regard qu’il portait à onze ans sur son environnement défavorisé. Même constat pour Placebo, présent sur la réédition de l’album, où son spleen se dessine avec des contours plus affinés.
Cover de l’album « Imany ». Crédit : Fifou.
Dinos propose aussi des textes beaucoup plus intimes dans lesquels il rappe à cœur ouvert, sans forcer le trait ni les images d’analogies maladroites. C’est notamment le cas dans le titre Helsinki où il incarne son ex-copine qui lui laisse un message sur son répondeur. Si quelques rimes « balourdes » pointent toujours le bout de leur nez et laissent une trace de ses jeunes fulgurances, le rappeur n’est plus le même.
Le lien entre les mots et l’émotion
La sortie de « Taciturne », l’année suivante, vient apposer un tampon sur son son nouveau statut. Il mêle alors l’héritage de Booba, samplé sur l’intro du projet, à la sensibilité devenue une couleur à part entière. Dinos se veut aussi plus épais dans ses approches. « J’parle en palpitant, en balbutiant, il m’a fallu des chaînes en or pour me rendre compte que j’suis esclave du temps », lâche-t-il dans Les cailleras prient pour évoquer l’aspect éphémère de la célébrité dont il est aujourd’hui tributaire.
Est-il alors de ceux que l’on considère lyricistes ? La définition du terme, sur laquelle chacun peut s’accorder, met l’accent sur la faculté à établir un lien profond entre les mots et l’émotion, le fond et la forme. Il ne fait alors pas de doute que Dinos s’inscrit désormais dans cette lignée de rappeurs qui mêle la technicité de la poésie à leurs textes.
Crédit : Radio France.
S’il se distingue moins spécifiquement dans cette catégorie que certains piliers du genre comme MC Solaar, IAM ou Oxmo Puccino, l’artiste se différencie toutefois par un sens de la formule accessible. Il élargit ainsi le spectre de ce qui définit le parolier par excellence se définissant lui-même comme « le nouveau Solaar » (On meurt bientôt).
Son troisième album studio, « Stamina, », est l’occasion pour lui de continuer à élever sa plume comme l’une des plus distinguées du rap français. Le projet, qualifié par l’interprète lui-même, comme « le meilleur de toute sa vie », est alors très attendu en la matière.
Pour chaque album de Kanye West qui voit le jour, il en existe un autre qui ne sortira jamais. Un an avant «The Life Of Pablo », le rappeur annonçait un autre projet devenu depuis un mythe sur les forums de fans : «So Help Me God ». Alors que Ye ne semble pas vouloir nous livrer «Donda », son dernier album annoncé en juillet dernier et repoussé depuis. Décryptage de l’histoire de ce mystérieux projet, jamais dévoilé.
Le 11 février 2016, Kanye West faisait son apparition dans le mythique Madison Square Garden pour dévoiler sa nouvelle collection Yeezy devant des milliers d’invités. À l’occasion de ce show instantanément iconique et en présence des plus grands noms du monde de la mode et de la musique, l’artiste présentait également pour la toute première fois son septième album. Trois ans après son dernier projet, le très expérimental « Yeezus », le rappeur introduisait sa nouvelle création avec sobriété et décontraction :
« Je suis sur le point de vous faire écouter mon nouvel album, donc si vous aimez n’importe quelle chanson, n’hésitez pas à danser, à bouger. Si vous êtes excités faites le savoir, applaudissez, faites ce que vous voulez. » Le monde découvrait alors « The Life of Pablo », (TLOP), sorti trois jours plus tard en streaming.
Kanye West fait son entrée dans le Madison Square Garden accompagné par Travis Scott et Pusha-T. Crédit : Getty Image.
Mais avant de porter ce titre et de faire trembler la célèbre salle new-yorkaise, le septième album de Ye était attendu par ses fans sous une autre forme. Un projet qui n’a jamais vu complètement le jour bien qu’il ait provoqué de multiples fantasmes et spéculations : la première version du septième album de Kanye West : « So Help Me God ».
Parler d’un album qui n’est jamais sorti implique de faire preuve de prudence. En ce qui concerne « So Help Me God », il est nécessaire de faire le tri entre d’un côté les événements ayant entourés la création de l’album et sa transition vers « The Life of Pablo » de 2014 à 2016. Et de l’autre les rumeurs, les leaks, les suppositions plus ou moins plausibles qui entourent le projet.
The Life of So Me Help Me God
Commençons par ce que l’on sait.
Le 31 décembre 2014, Kanye partage son premier titre depuis la sortie de « Yeezus », un sixième album très agressif, brut et provocateur. À la surprise générale, il s’agit d’une collaboration avec Sir Paul McCartney intitulé OnlyOne. En chantant du point de vue de sa mère décédée, Donda West, alors qu’elle le regarde depuis le ciel, Kanye rend un hommage émouvant à sa propre fille North et livre l’une de ses chansons les plus optimistes et touchantes.
Radicalement opposé aux dernières sorties du rappeur, le single intrigue à sa sortie, et ses fans commencent à y voir une nouvelle direction pour Ye. L’apparition, quelques semaines plus tard, d’une deuxième collaboration entre l’ancien Beatles et Kanye, cette fois ci rejoints par Rihanna, renforce l’idée d’une nouvelle ère plus positive pour celui qui jouait depuis plusieurs années le rôle de méchant au sein du rap game.
Mélangeant pop, folk, country et hip hop, Four Five Seconds est un single entraînant, débordant de bonne humeur et tranchant, plus encore que Only One, avec les derniers albums signés par Ye à l’époque.
Le 20 février 2015, lors d’un passage dans l’émission The Breakfast Club, Kanye annonce que son septième album, encore sans titre, est « terminé à 80 % ». Il reste très mystérieux concernant le contenu mais explique qu’il veut « se concentrer sur la musique, sur la joie, et se mettre au service des autres » à travers celui-ci.
Il réitère six jours plus tard au micro de Zane Low, et promet un album rempli « d’amour et d’énergie positive ». Il aborde également son évolution dans le prêt-à-porter alors qu’il lance à cette époque sa collaboration avec Adidas. Après avoir fait ses preuves dans la musique en tant que producteur et rappeur, Kanye a longtemps exprimé sa frustration face au monde de la mode dont il se sent exclu.
« The College Dropout est né de ma lutte pour pouvoir rapper, cet album est né d’une lutte pour pouvoir designer. »
Kanye West
Au cours de l’interview, il compare son état d’esprit vis-à-vis de son prochain projet à celui qu’il avait lorsqu’il a façonné son tout premier album studio : « The College Dropout est né de ma lutte pour pouvoir rapper, cet album est né d’une lutte pour pouvoir designer. » Loin de la colère et de la frustration de Yeezus, Kanye commence à ouvrir les portes et réussit enfin à s’exprimer hors de sa musique, un souhait qu’il a toujours présenté comme son désir le plus fort.
Au moment où Kanye commence à dessiner les contours de son album, l’attente s’intensifie avec la sortie de sa troisième et dernière collaboration en date avec McCartney : All Day. Le titre est introduit de manière fracassante lors de la cérémonie des Brit Awards. Accompagné sur scène par une centaine d’MC locaux, tous vêtus de noir, ainsi que deux lance-flammes, Kanye dévoile le single avec une performance à la puissance rare.
Avec Only One, Four Five Seconds et All Day, Kanye s’est illustré en trois sons dans trois genres très différents et place haut la barre pour son album. À nouveau au centre de l’attention, il annonce le 1er mars 2015 sur Twitter le nom de son prochain album : « So Help Me God ». Il publie également l’image d’un symbole monastique du XIIIe siècle associé à la Vierge Marie. Cette illustration est pendant un temps perçue comme la cover de l’album mais ne sera officiellement associée qu’au single All Day. Après avoir donné un nom à son oeuvre, et alors que l’attente du public explose, Kanye West disparaît.
The Birth Of Pablo
Pendant des mois, aucune musique ne sort et les informations sur l’album sont sporadiques. Quelques tracklists plus ou moins fiables leakent et les forums de fans spéculent constamment. Pourtant, la sortie de « So Help Me God » semble être de moins en moins imminente.
Comme un aveu de sa difficulté à finir son album, Kanye annonce qu’il change le titre en « SWISH », le 1er mai 2015, sans donner plus d’explication. Pendant un court laps de temps, le projet est également nommé « WAVES ».
Ce n’est qu’en janvier 2016, soit un an après la sortie de Only One, que Ye accélère et remet son septième album sur les rails. Il commence la nouvelle année avec Facts un titre trap relativement classique, à charge contre Nike. Une date de sortie tombe enfin, celle du 11 février, et le titre change une dernière fois avec l’annonce d’un sigle mystérieux, « T.L.O.P », révélé ensuite comme The Life of Pablo.
Twitter : @kanyewest.
Comme au début de l’année précédente, en l’espace de quelques semaines les sorties s’enchaînent avec Real Friends, No More Parties in LA et enfin 30 Hours. Mais cette fois-ci, Kanye va au bout et l’album finit par être dévoilé lors de son show au Madison Garden (voir au début de l’article, NDLR).
De l’extérieur, il est impossible de savoir précisément à quel moment le septième album de Kanye West a cessé d’être « So Help Me God » pour devenir « The Life Of Pablo ». Le second a été construit sur les cendres du premier, mais les deux projets semblent avoir une vie distincte dans l’esprit du rappeur. Et face à la richesse de la musique qu’il sortait au moment de l’annonce de « So Help Me God », impossible de ne pas se demander à quoi aurait ressemblé l’album s’il était sorti à cette époque.
Religion, introspection, collaboration
C’est ici que l’on s’éloigne des certitudes pour se laisser aller dans les suppositions.
Avec un titre comme « So Help Me God », un symbole monastique et un rappeur qui entretient depuis ses premiers sons une relation forte avec le christianisme, on peut imaginer sans prendre de risque que la religion occupait une place importante dans l’album. Bien avant « Jesus is King » et les Sunday Services, Kanye évoquait régulièrement dieu et la spiritualité dans ses paroles, notamment dans « Yeezus », album au titre évocateur dans lequel il avait plutôt tendance à se mettre au niveau de dieu plutôt qu’à son service. Les leaks semblent aller dans ce sens, bien qu’ils doivent être pris avec des pincettes, avec des titres particulièrement connotés : God Level, New Angel, ou encore Fall Out Of Heaven.
Illustration d’un Symbole monastique pressenti comme étant la cover de « So Help Me God ».
Kanye préparait également un album ponctué de passages très personnels. Outre Only One, « So Help Me God » aurait pu contenir Awesome, une balade en hommage à sa femme Kim Kardashian. Le titre qui aurait été enregistré en 2011 n’est jamais officiellement sorti mais aurait pu enfin trouver sa place sur un album consacré à la joie et à la positivité.
(Extrait de Awesome)
« Stop everything you’re doing now ‘Cause baby, you’re awesome, so awesome. You look too good to be at work. You feel too good to ever hurt. I hope you’re ready for tonight. I’m gon’ cook, you’ll be dessert. You can’t be still. I gotta move, I gotta dance, I gotta live, I gotta love, I gotta hope, I got a chance. ‘Cause baby, you’re awesome »
Dans un ton plus sombre mais tout aussi personnel, Kanye devait inclure dans le projet la chanson très introspective I Feel Like That, présentée à la suite de All Day dans un clip réalisé par Steve McQueen. La vidéo n’a jamais été officiellement publiée bien qu’elle ait fait l’objet d’une exposition en 2015. Le titre est lui construit comme une suite de symptôme de la dépression et de l’anxiété énoncés par le rappeur, suivie d’un refrain dans lequel il les revendique :
(Extrait de I Feel Like That)
« Feeling afraid in open spaces or in public. Thoughts of ending your life. Feeling that most people could not be trusted. Poor appetite, heart or chest pains? I feel like this, I feel like this, I feel like that, I feel like this all the time. »
En ce qui concerne la trinité issue de la collaboration avec Paul McCartney, sa présence sur l’album semble logique, avec l’exception possible de Four Five Seconds que Rihanna voulait pour son propre album « ANTI ». Les trois titres n’ont finalement jamais rejoint le moindre album.
Ce n’est pas le cas de Wolves, une chanson en featuring avec Sia et Vic Mensa entendue pour la première fois lors du premier défilé Yeezy en février 2015. Le titre initialement prévu pour « So Help Me God » a été conservé lors de la transition vers « The Life of Pablo » avec l’ajout d’un couplet absent de la première version.
Ce n’est pas le seul rescapé puisque Famous, l’un des plus gros succès de « T.L.O.P », était déjà prévu avant les changements de noms. À cette époque, le son s’appelait Nina Chop en référence à Nina Simone qui est samplée sur le morceau. Rihanna n’était pas présente sur la chanson, contrairement à Young Thug qui devait à l’origine en faire partie.
Travis Scott aurait vraisemblablement aussi été dans le line up avec deux titres potentiels que le rappeur de Houston a finalement récupéré pour son propre album « Rodeo ». Dans une interview accordée à Billboard, il expliquait en septembre 2015 : « 3500 était censé figurer sur l’album Ye » ajoutant : « Ça devait être son single, mais il travaillait sur son album depuis si longtemps et mon album arrivait, alors je me suis dit : « Yo, je veux m’amuser avec ça ». J’étais sensé avoir une feature de Ye dessus, et j’ai aussi refait le beat. »
Même destin pour Piss On Your Grave. Le titre provocateur aurait été enregistré lors des sessions studios avec Paul McCartney et était initialement destiné à « So Help Me God ». Mais Travis Scott qui voulait que le morceau figure sur son album l’a échangé avec Ye contre une démo de FML, un titre qui finira sur The Life of Pablo.
Enfin, un dernier son revient régulièrement dans les leaks et les tracklists qui tournent sur les forums. Il s’agit de When I See it, dont une version a été publiée sur Soundcloud par Kanye West lui même quelques mois avant la sortie de « T.L.O.P ».
(Extrait de When I See It)
« Roll some, think I’ll roll some. To know some, if we both honest. Who lasts ? Yeah, you lie. Spent the whole summer tryna be at the wrong place at the right time. But I know what’s mine when I see it. I know, I know, I know when I see it. Riding down the 405, baby. Pacing, thinking, to myself. If I should make it right when I pulled up to the light. And then my phone started ringing diamonds in the colors of those eyes. Don’t know why, but I know a sign when I see it. »
La prod du titre a finalement été donnée à The Weeknd pour son morceau Tell Your Friends, sur lequel le rappeur de Chicago a également apporté une contribution vocale. Si l’on ne sait pas si le chanteur canadien était prévu sur le titre original, la décision de lui laisser était certainement la bonne au vue du succès qu’a rencontré sa version du morceau, dont la qualité est à souligner.
Après avoir écouter tous ces titres, il est évident que « The Life of Pablo » a conservé de nombreux éléments déjà présents sur « So Help Me God ». Mais l’album que Kanye préparait en 2015 avait sa propre identité. Il était visiblement plus proche de « Yeezus » que ne l’est « T.L.O.P », comme en témoigne l’implication de Travis Scott, absent du projet final, mais également l’agressivité d’un titre comme All Day qui aurait parfaitement trouvé sa place entre Black Skinhead et New Slaves. West semblait avoir un désir de chanter similaire à celui qui l’habitait lors de la réalisation de « 808s And Heartbreak » et une volonté de se livrer qu’il retrouvera sur son huitième album, « Ye ».
Crédit : clip de All Day réalisé par Steve McQueen.
« So Help Me God »aurait pu être un album profond, différent, cohérent. Comme il aurait pu être décevant, trop pop, ou pas assez expérimental… La passion qui existe parmi les fans de Kanye West autour de ce projet avorté vient principalement du fait qu’il n’ait jamais vu le jour. Comme pour les nombreux unreleased de l’artiste (« Yandhi », « Good Ass Job », « Turbo Grafx »…), il est tentant d’imaginer qu’un chef d’oeuvre existe sur un disque dur caché quelque part à Calabasas.
En réalité, Kanye a jugé que l’album n’était pas encore prêt, que ça n’était pas le projet qu’il voulait sortir à ce moment et il a préféré faire évoluer sa vision jusqu’à créer « The Life Of Pablo », un album qu’il a jugé suffisamment abouti pour être partagé. « T.L.O.P » est par ailleurs un excellent album : diversifié, ambitieux et unique.
On ne saura jamais si « So Help Me God » lui aurait été supérieur, ou même équivalent. C’est d’ailleurs ce mystère qui donne à l’album son aura. Ce sont les fantasmes, les rumeurs et l’imagination des fans de Kanye qui l’ont élevé au rang de véritable mythe dans sa discographie.
Luidji confiait récemment à Mehdi Maïzi vouloir s’ouvrir à des sujets importants et moins personnels dans sa musique. Encore faut-il se guérir de ses maux qu’il nous livrait sur son premier album « Tristesse Business : Saison 1 ». Avec « Boscolo Exedra », l’heure serait-elle venue pour Luidji de sortir la tête hors de l’eau ?
Sur son premier album, Luidji se montre tiraillé entre deux femmes : sa copine et son amante. Une situation qui le plongera dans un abîme de désespoir. Alors qu’il entame une nouvelle relation, Luidji veut changer de décor et invite sa nouvelle flamme à passer l’été sur la Côte d’Azur.
C’est d’abord au Rouge, une boîte parisienne qui donne son nom au deuxième morceau de l’EP, qu’il fait cette nouvelle rencontre. Lassé de sa vie à la capitale : « J’en peux plus du Vapiano de porte de Bercy » (Sirène), Luidji s’exile à Nice avec son idylle du moment. Au programme : fête foraine de Bandol et détente au Boscolo Exedra, un hôtel de luxe de la ville doté d’une piscine rooftop.
Un retour à l’eau
Avec ces vacances sur la côte, l’artiste cherche à se rapprocher de la mer. Un thème omniprésent sur « Tristesse Business : Saison 1 ».
Sur son album précédent, Luidji compare son amante à une sirène, dont le chant séducteur a causé son naufrage. Il reprend cette métaphore aquatique pour décrire sa nouvelle partenaire. C’est aussi le titre du troisième morceau de l’EP, sur lequel il multiplie les références à l’eau. L’artiste volatile explique à sa nouvelle sirène qu’il ne souhaite pas rester bloquer dans un bocal avec elle, tels deux poissons qui tournent en rond inlassablement. Un refus de l’engagement, qu’il murmure à la fin du morceau : « J’aimerais qu’on s’aime, seulement pour le week-end. »
Luidji en profite aussi pour se remémorer sa solitude passée, sur le fleuve de ses émotions : « J’étais tellement solo sur le radeau » (Sirène). Une figure qu’il évoquait d’ailleurs sur son opus précédent, dans le titre Nazaré.
Mais l’eau n’est pas le seul fil conducteur entre ses deux projets. Le nom d’Erzulie, divinité vaudou de la beauté, revient également. Une appellation que le rappeur utilisait pour qualifier son amante du premier album, avec qui il trompait sa copine. Sur « Boscolo Exedra », il explique vouloir faire de sa nouvelle compagne, sa nouvelle Erzulie (Mauvaise Nouvelle).
Un contre-flux
Luidji montre aussi une évolution par rapport à son premier album, tant dans le fond que dans la forme. Musicalement, les apparitions discrètes d’Astrønne et de Nemir sur le projet laissent sous-entendre que le rappeur est prêt à s’ouvrir à des collaborations extérieures, après avoir raconté son histoire très personnelle sur « Tristesse Business : Saison 1 ».
Il s’agit seulement d’un premier palier pour l’artiste qui se guérit pas à pas de ses maux. Sans être des featurings évidents, il invite ces artistes à placer des ad-libs derrière son chant.
Crédit : DR.
L’histoire racontée sur son dernier album est une saison épisodique, alors que celle-ci ne dure que pour une seule saison estivale. La courte durée de cette relation est expliquée dans le morceau Manège, où Luidji explique qu’il ne compte pas entretenir cette relation plus longtemps, par peur de replonger dans ses mauvaises habitudes.
Tout au long du projet, on l’entend aussi répéter différentes phases tels que : « Mauvaise nouvelle, si jamais le démon tourne autour d’elle, j’arrive dans sa vie je fous le bordel »,ou encore : « Quand j’te follow, j’ai pas b’soin d’un follow back, ni d’un DM, ni d’un like. » Ces phrases font offices de maximes qu’il se force à répéter afin d’éviter de retomber dans ses travers relationnelles avec les femmes.
Sur le dernier morceau du projet : Boscola Exedra, Luidji se remémore ce voyage amoureux avec sa sirène. Il semble finalement avoir replongé dans ses anciens vices lorsqu’il insiste sur le côté matérialiste de cette relation : « Je l’aimais bien mais j’ai horreur de faire le domestique donc elle repart avec un demi SMIC en cuir bleu ciel, gravé Lancel. Son premier sac mais c’est déjà ça, je sais qu’elle ne m’oubliera pas. »
Sur l’outro de « Boscola Exedra », Luidji discute avec la même femme présente sur l’intro de Veuve Cliquot, une vieille amie de son père, qui lui propose de suivre une thérapie afin de se débarrasser de ces problèmes relationnels. Suivra-t-il sa thérapie sur son nouvel album ?
« good kid, m.A.A.d city », deuxième album studio de Kendrick Lamar sorti en 2012, a définitivement marqué l’histoire du rap américain. Projet à maintes fois récompensés, l’album va projeter l’artiste sur le devant de la scène internationale. Le rappeur a réussi un véritable tour de force avec cet album conceptuel d’une richesse musicale innovante. Retour sur l’un des opus phare du natif de Compton.
Nous sommes en 2009. Signé chez le label californien TDE depuis plusieurs années, un certain K.Dot annonce son changement de pseudonyme avec le titre de sa quatrième mixtape : « Kendrick Lamar ». Entouré de ses compères issus d’une scène hip-hop émergente en Californie (Schoolboy Q, Jay Rock, Ab Soul..), le rappeur se démarque comme l’un des plus doués de sa génération.
Un artiste en vogue
Deux ans plus tard, il rencontre un certain succès avec son premier album « Section 80 ». Rappant sur diverses sonorités jazz, électroniques, « laid-back » (caractéristique d’un style « décontracté » de la vibe californienne), le rappeur de 24 ans impressionne par sa technicité et la maturité de ses lyrics.
Crédit : Paola Kudacki pour QG.
L’opus « Section 80 » sonne comme un hymne à la génération née dans les 80’s en abordant de nombreuses thématiques telles que la prostitution, la consommation de drogues ou le racisme. Le morceau Ronald Reagan Era qui revient sur l’épidémie de crack qui envahit les États-Unis dans les années 80 en est témoin. L’album, porté par les iconiques singles « HiiPower » et « A.D.H.D », est salué par la critique et sonne comme le renouveau du rap californien.
C’est d’ailleurs à l’occasion d’un concert à Compton en 2011, deux mois après la sortie de « Section 80 », que Snoop Dogg, Dr. Dre, The Game, Warren G et Kurupt montent sur scène pour passer le relai à Kendrick qu’ils déclarent « New King of the West Coast ».
Repéré par Dr. Dre lui-même avec le morceau Ignorance Is Bliss, issu de la mixtape « Overly Dedicated », K.Dot signe chez Interscope, un label mythique de Los Angeles en 2012. Ce nouvel entourage va l’accompagner vers son objectif ultime : s’ériger comme le successeur légitime de son idole, Tupac, et le nouveau porte étendard de la West Coast.
«A Short Film by Kendrick Lamar »
A la manière d’un court-métrage, le rappeur raconte la journée d’un adolescent afro-américain de 16 ans, à Compton, une banlieue de Los Angeles. L’histoire d’un « bon gamin », au milieu d’un environnement violent. À travers quelques rimes, l’auditeur peut apercevoir les rues, les fast-food et les immeubles de la ville que parcourt le rappeur tout au long de l’opus.
Cover de l’album « good kid, m.A.A.d city ».
Il revient alors progressivement sur la tentation de l’argent facile (Money Trees) et de l’influence des gangs, face à ses premiers amours (Sherane Aka.), ses soirées entre amis et sa passion pour le rap (Backseat Freestyle). Point d’orgue de l’album, le morceau Sing About Me. Sur cette balade rythmée, accompagnée par les accords doux et mélancoliques d’un piano, l’artiste nous conte trois destinées de vie au sein de son quartier défavorisé, dont la sienne.
Le titre a d’ailleurs traversé l’Atlantique quelques années plus tard. En effet, la boucle rythmique d’Helsinki, déchirant morceau de rupture amoureuse de Dinos, est la même que sur le son de Kendrick. Le rappeur parisien témoignait d’ailleurs aux Inrock : « C’est une inspiration, et à mes yeux, c’est le rappeur de la décennie. Sur chaque projet, il parvient à se renouveler. »
L’artiste évoque un dilemme permanent,tiraillé entre son entourage, la précarité ambiante et sa volonté de ne pas sombrer dans la brutalité. Sur le morceau The Art Of Peer Pressure, qui se morcèle en plusieurs instrumentales distinctes, le rappeur traite d’ailleurs avec clairvoyance de la pression du groupe et celle des normes sociales, notamment autour la consommation de drogue, de la violence et du vandalisme.
Cette ambivalence est aussi soulignée dans le titre de l’album. Le rappeur confiait dans une interview pour LA Leakers que l’acronyme « m.A.A.D » signifiait : « made an angel’s on angel dust », autrement dit : « faire un ange sur de la poussière d’ange », sous-entendu sur de la cocaïne. Il souhaite ainsi montrer que son talent s’est érigé dans un environnement, parfois hostile, en refusant une destiné tout autre qu’il aurait pu choisir d’embrasser.
« good kid, m.A.A.d city » apparaît donc comme un projet très personnel de Kendrick, un retour en arrière sur ses souvenirs, à la manière d’une bande-originale du film de son adolescence. Il raconte ce qu’il voit de ses propres yeux, comme le souligne la pochette, une photo de famille des années 90, où seul le jeune Lamar n’a pas les yeux masqués.. Le rappeur expliquait à ce propos : « Cette photo en dit tellement sur ma vie, comment j’ai été élevé à Compton, les choses que j’ai vu. Vous ne voyez les yeux de personne d’autre, mais vous voyez mes yeux innocents qui tentent de comprendre ce qu’il se passe. »
En dépeignant son vécu personnel, Kendrick Lamar veut tendre à l’universel et offre un album sensible. Cette histoire, c’est la sienne, mais aussi celle de nombreux jeunes issus ou non de milieux défavorisées, en proie aux mêmes tentations, aux mêmes rêves.
La force du concept
L’opus se détache également par la puissance fédératrice des ses storytellings. Cette ligne directrice lyricale est profondément marquée par les nombreux skits et interludes entre les différents morceaux, qui relatent de nombreux moments de la vie de Kendrick Lamar (racontés notamment par des membres de sa famille).
Le fil rouge qui parcours le projet dépasse même la musique, s’exportant sur l’esthétisme qui entoure la direction artistique. Une photo de l’artbook de « good kid, m.A.A.d city » montre d’ailleurs un van noir qui appartenait à ses parents, devenu un lieu de culte pour de nombreux fans. Sa mère a d’ailleurs dû le cacher pour éviter les regroupements de fan.
La richesse musicale
« good kid, m.A.A.d city » est porté par des singles qui ont particulièrement fait rayonner l’album, comme Swimming Pools. Avec un refrain orchestral et une production minutieuse qui met en valeur des tonalités graves et des changements de voix, le morceau est devenu un véritable tube. Le premier couplet relate les déboires de Kendrick avec l’alcool, la tentation et la connivence sociale qui ont abouti à de nombreux excès. Le rappeur y relate aussi avec optimisme son « autothérapie » dans le dernier couplet, sa prise de conscience face à l’alcoolisme et son retour à la réalité.
Je suis ta conscience, et si tu ne m’écoute pas maintenant, tu feras parti de l’histoire Kendrick. Je sais bien que tu te sens malade. Et j’espère pouvoir te mener jusqu’à la victoire Kendrick.
Swimming Pools
Comment évoquer cet opus sans évoquer l’iconique Bitch Don’t Kill My Vibe qui fut pour beaucoup, la première rencontre avec le rappeur de Compton. Porté par une instrumentale chaleureuse, le rappeur y célèbre la vie, sa musique, et sa notoriété nouvelle. Malgré l’esprit de fête qui émane du morceau et du clip (un enterrement détourné en fête tout de blanc vêtu), Kendrick en profite pour titiller sa concurrence, à coup de formules égotrip.
D’autres morceaux phares comme Compton, en featuring avec Dr. Dre, ou Poetic Justice aux côtés de Drake, ont contribué au succès de l’album en dehors des États-Unis. Backseat Freestyle avait d’ailleurs trouvé une résonance particulière en France.
Coté production, il faut souligner la multiplicité des producteurs sur le projet, auréolé par la présence de Dr. Dre en ingénieur du son. Les choix éclectiques des instrumentales qui tirent tant vers la pop que vers le funk américain ou belge underground, permettent une réinvention du projet sur chaque morceau. Elles se mêlent à la faculté du rappeur de jouer sur sa voix. En effet, Kendrick multiplie les flows, passe de sa voix nasillarde à des vocales beaucoup plus graves, et s’essaye même au chant.
Si l’album est aussi riche dans sa composition, c’est aussi par les innombrables samples que contiennent les morceaux. Janet Jackson, Compton Most Wanted, Kanye West, ont par exemple été crédités sur certaines tracks. À noter : l’entêtante voix féminine de The Recipe appartient à l’une des chanteuses du groupe Twin Sister,extrait du titre Meet The Frownies.
Une posture classique
Sorti il y a bientôt 8 ans, « good kid, m.A.A.d city » est apparu comme un album d’une singularité rare. À seulement 24 ans, le rappeur de Compton dévoile au monde cette odyssée à travers son quartier d’enfance et croise un succès qu’il ne lâchera plus. Il glane d’ailleurs pas moins de 242 000 exemplaires en première semaine aux Etats Unis et vient de dépasser les 400 semaines passées au top Billboard.
Extrait de l’artbook de « good kid, m.A.A.d city ».
Si l’album est aussi marquant, c’est aussi parce qu’il propose une véritable identité, propre à Compton et à toute une génération d’Afro-américains. Nicolas Rogès, auteur du livre « Kendrick Lamar : de Compton à la Maison-Blanche » expliquait d’ailleurs à Mosaïque: « En proposant un véritable TripAdvisor de Compton avec « good kid, m.A.A.d city », Kendrick Lamar voulait montrer que sa ville n’était plus l’endroit violent qui est dépeint dans les clips de gangsta rap. Même si elle est toujours le théâtre de racisme et de violences policières. »
Si le rappeur raconte, à travers douze tracks, le passage de son adolescence à l’âge adulte, l’album incarne aussi son changement de statut artistique. D’un artiste talentueux à l’un des rappeurs les plus reconnus et respectés de toute la scène musicale américaine. De K.Dot à Kendrick Lamar.
« Sur une idée originale de Népal »…. Avant de partir, Népal a laissé une dernière oeuvre à accomplir : le clip de son morceau Sundance, réalisé par Syrine Boulanouar. Avec le rôle principal, Nekfeu rend ainsi un dernier hommage à son ami. Le clip retrace le parcours d’un artiste raté et se lit comme un dernier héritage laissé par Népal, dans lequel chaque détail compte.
Un clip d’auteur
«Du lundi au sunday, bloqué dans ma tête / Ma vie, c’est un film de Sundance, des fois il s’passe R », répète inlassablement Népal. À l’image du morceau, le clip est porté par un rythme lent, qui fait écho à la vie monotone et réglée du personnage principal. De ce fait, il ne se passe rien. Le clip de Sundance propose une contemplation de la vie d’un artiste passé à côté de ses rêves et qui travaille dans une station-service.
Népal a voulu mettre en scèneNekfeu dans le rôle d’un employé de station service. Détail qui peut paraître anodin mais qui porte une symbolique forte : alors que son travail consiste à aider les gens à avancer, lui est coincé dans son quotidien répétitif. De la même manière, alors que la caméra avance, tous les plans qui se succèdent sont fixes et le protagoniste immobile.
Nekfeu joue le rôle de son double, passé à côté de ses rêves. Crédit : capture écran clip Sundance de Népal.
La démarche fait écho au festival de film Sundance, duquel est issu le titre du morceau. Ce festival américain promeut des films indépendants, souvent perçus comme des productions lentes et plus proches du réel. Népal reste cohérent avec ce qu’il incarne : il met en avant des films qui se tiennent loin de l’industrie et des codes attendus. Le clip porte en lui une dimension cinématographique très forte. Le décor y est minimaliste, les plans dénués d’artifices mais avec une composition précise, qui fait la beauté des images.
Népal réincarné
Le clip regorge de références et d’hommages discrets au rappeur. Il s’ouvre sur un plan de Nekfeu dans son lit recroquevillé dans une couverture Tortue Ninja.
Ken Samaras se réveille dans une couverture « Tortue Ninja ». Crédit : capture écran clip Sundance de Népal.
Or, Népal avait utilisé le surnom de « Grandmaster Splinter », en référence au Maître Splinter, le senseï des Tortues Ninja, pour partager une série de medleys qui regroupait des freestyles. Plus tard dans le clip, un enfant se pare du masque de Maître Splinter, ravivant alors l’âme de l’artiste. Le temps d’un instant, l’enfant se fait le symbole d’un Népal réincarné. Il regarde directement la caméra et rappelle cette capacité de Népal à percevoir ce qui est invisible pour les autres.
Crédit : capture écran du clip Sundance de Népal.
La réincarnation sous la forme d’un enfant masqué peut aussi être interprété comme une manière qu’avait Népal de voir le monde. Toujours derrière son masque, le rappeur hypersensible percevait une réalité invisible pour les autres, comme les enfants qui n’ont pas encore intégré le monde adulte et ses réalités parfois brutales. Dans le plan, il est le seul à regarder la caméra de face, comme si le monde allait dans un autre sens que le sien.
Crédit : capture écran du clip Sundance de Népal.
Dans ce sens, il semblerait que le clip confronte Népal et ce-dernier, qui se retrouvent face à une multitude de reflet. Une similitude s’établit entre eux : ils se ressemblent, se comprennent.
Crédit : capture écran du clip Sundance de Népal.
À 1:26, on aperçoit un « Daruma », posé sur la table derrière Ken Samaras. Un daruma est une figurine de papier mâché japonaise qui a la forme d’un moine bouddhiste. Cette figurine est aussi un objet à vœux, chance et prospérité. Or, le fait qu’un œil sur deux soit coloré comme c’est le cas pour celle-ci, indique que le rêve du protagoniste n’est pas encore accompli. Ken Samaras a échoué à réaliser ses rêves.
Crédit : capture écran du clip Sundance de Népal.
Par ailleurs, le chiffre 4 est présent partout dans le clip : sur l’uniforme de travail de l’employé de service, sur la plaque d’immatriculation de la voiture, mais aussi sur les compteurs d’essence de la station service. Or, ce chiffre est souvent interprété comme synonyme de fatalité dans la culture asiatique, notamment au Japon. On parle même de « tétraphobie » comme étant la peur du chiffre 4. Il est souvent associé à la mort. Une interprétation qui pourrait également être appliquée au chiffre 13, visible sur la télé dans le dernier plan.
« Après le rap, j’irai faire du surf »
Les vagues sont un leitmotiv très important dans l’album de Népal et elles parcourent une nouvelle fois le clip. À son réveil, Nekfeu promène son chien sur une plage désertée, au bord d’une mer agitée où le ciel est gris. Le décor contraste avec la vision idyllique et paradisiaque des plages des Bahamas qui parcourent l’album. Tout comme les vagues qui s’échouent sur le sable, les rêves s’échouent sur la plage des réalités.
Crédit : capture écran du clip Sundance de Népal.
Plongé dans l’univers monotone de Ken Samaras, le spectateur est entraîné avec lui dans son quotidien, et vit à travers lui, ses besoins d’évasion. Dans la dernière scène, Nekfeu mange seul devant sa télé. La désillusion se lit sur son visage. Sur l’écran, des images d’un équipage qui affronte les flots tumultueux de la mer. On aperçoit notamment une planche de surf dans le salon qui renvoie au son Là-bas sur lequel Népal « surfe sur la vague de mes torts ».Une image du surf qu’il avait également reprise dans sa bio Instagram : « Après le rap, j’irai faire du surf ».
Crédit : capture écran du clip Sundance de Népal.
Comme Népal, sur l’ensemble de son album, Ken a besoin d’évasion. Le clip se ferme sur l’écume des vagues qui s’écrasent. Une référence aux plages paradisiaques des Bahamas que Ken Samaras ne semble pas prêt d’atteindre.
C’est l’heure. « La menace fantôme » vient de délivrer sa prophétie le vendredi 11 septembre 2020. Pour Freeze Corleone, ce deuxième album est un nouveau tremplin, inédit dans le paysage underground du rap français. En passe de glaner un nouveau statut sur la scène du rap français, ce projet signe-t-il la fin du succès d’estime pour le gourou du collectif 667 ? Décryptage.
Reconnu par les siens, mais pas connu de tous, Freeze Corleone est de ce que l’on appelle vulgairement de l’underground. En silence, ces artistes avant-gardistes manient les éléments et tentent de nouveaux mélanges. Ici, les CD se distribuent à la main et la performance prime sur les chiffres de vente.
Si certaines figures du collectif 667 auquel il appartient émergent timidement, il est devenu une figure de proue de ce rap technique, niché, presque inaccessible aux oreilles du « grand public ». Le rappeur respire des flows entrecoupés de rimes nouées au millimètre et des références complotistes obscures.
Auteur d’une imagerie unique, il maîtrise un univers où prospèrent les personnages mafieux, les bandits, la drogue et les économies souterraines. Son vocabulaire et son phrasé incomparables sont désormais bien connus et identifiés : « 667 », « Ekip », « Aka ». Après six projets, Freeze Corleone est désormais un artiste mature qui passe un step inattendu avec « LMF ».
Une attente inédite
Depuis un an, une hype remarquable a progressivement grimpé autour de l’artiste, amenant un niveau d’attente imprévu autour de l’opus. À l’annonce de la préparation de « La Menace Fantôme », sa dernière mixtape « Projet Blue Beam », a d’ailleurs fait son retour dans le Top 200 de la Snep. En juin 2020, les onze titres cumulaient plus de 26 millions de streams.
Cover de l’album « La Menace Fantôme ». Crédit : Blakhat.
Il a aussi pu compter sur un solide soutien de sa fanbase sur les réseaux sociaux. Aficionados de Twitter, il a teasé à coup de tweets avisés l’arrivée d’un premier album déterminant. Considéré par ses fans, mais aussi par une nouvelle communauté, happée par le phénomène.
Preuve de l’avénement d’un nouveau statut pour l’artiste : le succès de sa prestation, Desiigner, dans les studios de Colors, lundi 27 juillet 2020. Un titre teaser efficace avec lequel il réalise le meilleur démarrage de sa carrière. Le son cumule aujourd’hui presque quatre millions de vues sur YouTube. Cerise sur le gâteau, la mystérieuse date de l’album est dévoilée : le vendredi 11 septembre 2020. Un jour symbolique, pour faire écho aux attentats du World Trade Center. La noirceur est à son paroxysme, fidèle à sa ligne artistique.
Le succès sans concession
En ferme opposition à l’ADN de l’industrie musicale d’aujourd’hui, Freeze Corleone avait toujours refusé d’intégrer les rouages du rap business. Pourtant, conscient des attentes qui planent autour de « La Menace Fantôme », l’artiste a accepté de revoir sa copie. En effet, pour la première fois, il distribue son projet en physique en déléguant cette opération à Universal. Une concession, mais pas sans certaines conditions. Le rappeur a exigé de rester plein propriétaire de ses morceaux. Une condition sine qua non à son épanouissement artistique. Il le revendique d’ailleurs dans l’intro de l’album : « J’ai mes droits, j’ai mes masters » (Freeze Raël).
Crédit : Camulo James.
Alors que la critique aurait pu imaginer un adoucissement de ses textes crus, il n’en est rien. En témoigne la phase polémique où il exprime un désintérêt pour les camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale : « S/o les Indiens d’Amérique, s/o l’esclavage, R.A.F des *bip* (sku, sku) » (Hors ligne). Si la mention « camp de concentration » a été masquée, le message demeure compréhensible. Cela dans le but de pointer du doigt le manque de médiatisation du génocide des amérindiens et de l’esclavage.
De la même manière, il demande sans filtre :« la peine de mort pour le réseau d’Jeffrey » (Rap catéchisme), un réseau pédophile orchestré par le milliardaire Jeffrey Epstein, et annonce être impliqué dans le complot comme « Ben laden », se surnommant lui-même « Chen Laden ».
Fidèle à lui-même
Si son public s’est élargi, changer de recette musicale n’est pas au programme. Freeze Corleone reste fidèle à lui-même. Il a donc naturellement fait appel à Flem, un producteur proche du rappeur et du 667, comme architecte du projet. Ainsi, les compositions drill UK, avec des pianos puissants et des chœurs étouffants, sont légions tout au long des dix-sept titres du projet. Tout comme sur les mixtapes précédentes.
Côté casting, Osirus Jack et Kaki Santana, deux membres du 667, se sont invités sur la tracklist, avec d’autres artistes aux sonorités définitivement drill, comme Ashe 22. Pourtant, sur cet opus, d’autres couleurs artistiques viennent se mélanger à celle du professeur Chen. La présence d’Alpha Wann a d’ailleurs surpris de nombreux auditeurs et le featuring en pass-pass, Rap catéchisme, est rapidement devenu viral. Issus de styles bien distincts, les deux kickers se sont retrouvés autour de leur goût pour la technique. Freeze a aussi souhaité convier certaines de ses références comme Alpha 5.20, Despo Rutti ou encore le Roi Henook, à qui il rendait hommage dans son morceau Sacrifice de masse.
Freeze Corleone offre un album plus long, très étoffé et assurément ambitieux. La hype semble enfin se concrétiser et les premiers chiffres de vente indiquent un véritable bouleversement dans sa carrière. Selon la Snep, il réalise 6 000 ventes en pré-commande, 5,6 millions de streams lors de la première journée d’exploitation et place le morceau Freeze Raël à la 154e place du top Spotify Monde. Dans une année de rap français très ouverte musicalement, cet album devrait laisser une trace remarquée et signer un virage historique pour l’underground français.
[vc_row][vc_column][vc_column_text]En 2016, l’artiste Dame D.O.L.L.A sort son tout premier album « The Letter O ». Dame D.O.L.L.A derrière le micro, Dame Time derrière l’arceau, le meneur superstar des Portland Blazers (Oregon), Damian Lillard, incarne aujourd’hui cette passerelle existante entre le rap et le basketball. Show-off, puissance, rythmique… Une vraie connexion culturelle.
Dans le rap, Drake est connu pour ses musiques romantiques et entraînantes. Dans le basket, il est de notoriété publique pour son trashtalk corrosif à l’encontre des adversaires de ses Raptors de Toronto. Le rappeur est un supporter bien particulier dans ces travées bondées les soirs de match.
Il n’assiste pas uniquement au match : il l’influence. Par ses punchlines et ses contestations sur les décisions d’arbitrage, il dépasse largement son statut d’artiste. En partenariat avec la franchise depuis 2013, il a contribué au développement infrastructurel des « Dinos », concernant les choix esthétiques (couleurs, maillots, logo). Drake a indéniablement contribué à replacer Toronto (Ontario, Canada) sur la carte des équipes qui ont la cote.
Drake et Klay Thompson (Golden State Warriors).
Si son investissement reste exceptionnel, il n’est pas le seul supporter étoilé à assister aux matchs de la « Grande Ligue ». Les court sides (premier rang des gradins, NDLR) des terrains NBA brillent souvent par la présence de personnalités importantes du rap game américain : J Cole, Travis Scott ou encore les Migos.
Regards complices, checks, célébrations… Les liens d’amitié et de fraternité entre artistes et athlètes sont indéniables. Dès lors, comment cette relation se traduit-elle dans les compositions de ces MC ? Game on.
Une origine commune
Un premier élément de réponse peut être trouvé dans les lyrics du créatif Post Malone et son track White Iverson. Le titre rend bien évidemment hommage à AllenIverson, dit The anwser, légende des Philadelphia Sixers. Ici, Post se sert de ce titre pour exprimer son amour de la balle orange, distillant des références à certains cadors du game, comme James Harden (Houston Rockets) ou Anthony Davis (Los Angeles Lakers).
Comme beaucoup de rappeurs, ils jouent sur les playgrounds depuis que ses jambes lui permettent de tenir debout. La similarité des trajectoires entre rappeurs et basketteurs créent cette connexion, à l’image du premier couplet de Drake dans le morceau Thank me now :
« I can relate to kids going straight to the league when they recognize that you got what it takes to succeed, and that’s around the time that your idols become your rivals. […] Damn, I swear sports and music are so synonymous, cause we want to be them, and they want to be us. »
Le cran, l’audace, le dépassement de soi et la croyance en une destinée glorieuse, voici ce qui lie en premier lieu le rappeur et le basketteur. Cette mentalité particulièrement nord-américaine de la legacy, cette envie de marquer l’histoire et d’aller au-delà des limites.
Quavo et Trae Young (Atlanta Hawks).
De chaque côté de la ligne de touche, se tiennent des hommes dont l’histoire fut parfois tragique, souvent teintée de galères et de souffrances, toujours symbole de courage et de persévérance. Le rappeur comme le basketteur, s’inspire de ses idoles, les idolâtrent, en espérant un jour leur ressembler et les surpasser. Il y a dans cette démarche une envie de prouver, à soi-même et aux autres, sa valeur en tant qu’homme mais également en tant qu’artiste ou sportif.
Mais alors pourquoi le rap est-il tant lié à la Ligue ? Pourquoi le jazz, le rock ou encore le funk ne le sont-ils pas tout autant ? De par l’origine des joueurs (majoritairement issus des classes populaires) et celle du rap (né dans les quartiers défavorisés du Bronx, à New-York), un lien indéfectible et immuable se trouve entre ces deux univers. Il en découle, dès lors, un partage de valeurs similaires, traduites dans les paroles et l’énergie mise dans leurs œuvres.
Question de flow
Aujourd’hui, une notion dénote de façon criante dans les sons performés par Lil Baby, Future, Young Thug ou Gunna : l’agressivité. La rythmique a changé depuis les générations Old School. L’heure est aux basses saccadées, accompagnants des couplets débités avec intensité. L’agressivité et l’intensité sont deux notions fondamentales dans la NBA de notre époque.
De facto, le flow qui ressort de ces compositions résonne parfaitement avec les actions kamikazes d’un Ja Morant (Memphis Grizzlies), à la froideur d’un Stephen Curry (Golden State Warriors) ou la robustesse d’un Montrezl Harrel (Los Angeles Clippers).
Le champ lexical du basketball est également propice aux punchlines. La bague, les 3-pointers, les cross et les shoots traduisent des actions transposables dans la vie de tous les jours et deviennent des moyens métaphoriques pour les rappeurs.
Kim Kardashian, Kanye West et J Cole
La « ring » par exemple est la récompense suprême pour un joueur de NBA, obtenue grâce à une victoire en finale de play-offs. Elle incarne la réussite, l’accomplissement d’un processus de labeur et de dévouement pour arriver au sommet. Kanye West y fait d’ailleurs référence dans New God Flow, où il prononce ces phrases: « Went from most hated to the champion god flow. I guess that’s a feeling only me and LeBron know. »
Bien qu’il n’y ait pas de correspondance directe à cette distinction dans le rap, d’aucun comprend facilement la portée et le sens de ce message. Ce besoin d’approbation et de validation est commun à ces deux métiers et la route est longue pour atteindre une pleine satisfaction.
Ce qui caractérise la majeure partie du temps cette relation bilatérale est la reconnaissance des rappeurs en certaines stars, devenues icônes de la balle orange. Comme le clament J Cole : « I want Jordan numbers, LeBron footin’ » (Return of Simba), Kanye West : « And you can live through anything if Magic made it » (Can’t tell me nothing), ou encore Lil Wayne : « I must be LeBron James if he’s Jordan » (Dough is what i got). La propension à trouver son reflet dans ces athlètes aux mains d’or est évidente.
À travers ces paroles, les lyricistes américains traduisent une admiration pour ce que représente pour eux, les plus grands joueurs de basket. Ils font figure de role model, sur le terrain mais surtout en dehors.
À en juger par l’orientation musicale de la tracklist officielle pour le prochain NBA 2K, la connivence entre rap et basketball est évidente. Sans être exhaustif, les fameux Travis Scott, Lil Baby ou Stormzy seront au rendez-vous, accompagnés d’étoiles montantes comme Polo G, Jack Harlow ou NLE Choppa. Le sport national du pays, le plus influent de la planète, continue de mettre en lumière le rap. Et n’est pas prêt de s’arrêter.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]
[vc_row][vc_column][vc_column_text]Nul ne peut détester les hommes autant que celui qui les comprend le mieux. Parce que Damso sait si bien se mettre à la place de l’autre, il ne peut que se sentir différent de lui. Peintre des passions humaines dans lesquelles il se reconnaît, il se place en dehors de l’humanité. Son oeuvre s’inscrit dans la lignée de celles qui mettent à jour l’universalité de la condition humaine.
« Je me sens mort dans un corps en vie. J’ai l’impression de ne plus vivre les choses comme tout le monde », déclare Damso à Libération pour la sortie de son troisième album « Lithopédion ». Dans toute son œuvre, il s’attache à démontrer à quel point il se sent différent des hommes mais aussi profondément humain. Ce qui le différencie des autres, c’est sa profonde empathie pour eux.
Conscient de ce dont l’être humain est capable, il ressent ce qu’il y a de plus immoral chez chacun d’entre nous. Damsolitaire, souffrant de ressentir ce que chacun nie au plus profond de soi. Dans un monde où « personne se connaît mais tout le monde prétend connaître l’autre », il parvient à coucher sur du papier nos passions les plus sombres et dont Julien, en est l’apogée.
La poésie de l’universel
Un talent pour retranscrire la tragédie humaine qui s’exprime dans ses morceaux. En révélant les tréfonds de l’humanité, Damso s’inscrit dans une tradition littéraire ancienne qui s’appuie sur la catharsis. Aristote définit ce phénomène comme « la purgation des passions ». Notion théâtrale, elle s’applique à tous les arts dès l’instant où l’artiste nous met face à la réalité de nos pulsions, aussi sombres soient-elles. Le récepteur s’identifie aux passions qui se jouent sous ses yeux et purgent ses propres démons. Ce phénomène est à l’œuvre dans toute la discographie du rappeur belge mais trois titres incarnent dans toute sa splendeur son génie cathartique : Amnésie, Une âme pour deux et Julien.
Extrait du clip du morceau Amnésie.
L’artiste y évoque aussi bien une relation toxique qui pousse au suicide, qu’un viol qui se transforme en inceste ou un homme torturé par ses pulsions pédophiles. Damso joue de ses sujets tabous à travers une mélodie de l’horreur sur Amnésie et Julien. Contrairement au titre Une âme pour deux où il actualise le complexe d’oedipe autant qu’il étouffe l’auditeur par la brutalité du morceau dont les bruitages se font le bourreau ; la pédophilie du protagoniste Julien est bercée par une instrumentale douce et la voix chantée de Damso.
Un art expérimental où le récepteur se retrouve face à ses propres démons pour mieux les exorciser. Le morceau Julien avait d’ailleurs été écouté par des médecins spécialistes de patients pédophiles et tous, avaient constaté la justesse des propos tenus.
C’est là que s’exprime le mieux le talent de Damso : réussir à retranscrire les sentiments d’une personne incomprise et rejetée par l’ensemble de la société. Avec ces trois titres, il nous plonge dans un story-telling déroutant où la chute est souvent faite de confessions, toujours plus sombres : « Depuis je fume pour l’oublier, je fume pour oublier que j’l’ai tuée » (Amnésie), « Julien aime les gosses » (Julien), « J’lui dis quel genre de pute que t’es ? Elle m’dit une qui baise avec son fils dans la rue » (Une âme pour deux). Damso dérange en osant mettre, face à face, l’homme et ce dont il est capable. Un véritable exutoire.
Avec Damso, la vulgarité devient poésie : « Le jour de son suicide je n’en revenais pas, la veille elle voulait que je la prenne dans mes bras, mais je suis pas doué dès qu’on s’éloigne des draps, je suis plus dans le suce-moi et concentre toi. » Le titre Amnésie porte en lui l’embryon de ce qui fait et fera l’unité de son œuvre : celui de rendre poétique les sentiments les plus abjects de l’humanité.
Dépeindre la condition humain
Si l’artiste belge dépeint si bien l’humain tout en poésie, il ne peut s’empêcher de se sentir hors de l’humanité : « J’me construis plus dans le regard des autres. J’suis ni des leurs, ni des vôtres, ni des nôtres » (Amnésie). Il se place en observateur du monde et de ses pires cruautés. Une position que le choix de sa dernière pochette d’album illustre.
Dans l’œil de l’artiste se reflète « l’univers observable ». Romain Garcin, qui a réalisé la cover de Lithopédion, avait révélé au média Check que Damso lui avait expliqué que « l’œil est la seule partie de mon corps avec laquelle je peux voir le monde sans me voir moi-même. » Le rappeur met donc l’homme face à ce qu’il y a de pire en lui, mais refuse de se voir lui-même.
Cover de l’album « Lithopédion ». Crédit : Romain Garcin.
Son oeuvre s’inscrit ainsi dans la lignée de celles qui cherchent à dépeindre l’homme dans sa réalité la plus brute, aussi tragique soit-elle. Un art qui se rapproche du mouvement naturaliste mené par Emile Zola. Avec sa série « Les Rougon-Macquart », il avait pour ambition de « coucher l’humanité sur une page blanche, toutes les choses, tous les êtres ».
L’écrivain s’y attache à faire le portrait de tous les êtres qui peuvent composer une société : la prostituée (Nana), l’alcoolique (L’Assommoir), le meurtrier (La Bête Humaine), l’artiste de génie (L’oeuvre)… Zolas’inspirait déjà d’Honoré de Balzac qui cherchait, avec La Comédie Humaine, à composer un tableau de l’espèce humaine.
Damso poursuit ainsi cette ambition et dresse des portraits : l’incestueux, le pédophile, le pervers narcissique. Le titre Baltringue condense ainsi une succession de profils types comme celui de l’homosexuel refoulé : « T’es gay en secret tu n’veux pas le dire. Tu t’soulages en baisant des hétéros, ce de quoi t’es fait tu ne peux pas le fuir. »
« J’suis un poumon dans un fumoir. J’respire le bien mais il n’y a que du mal tout autour. »
Damso décrit avec agilité et précision des profils génériques qui peuvent résonner en chacun de manière si personnelle.C’est là toute sa puissance : parvenir à placer l’autre face à ses propres angoisses jusqu’à le pousser à l’introspection : « Dis-moi la vérité, rien qu’la vérité, est-ce que t’aimes vraiment la meuf avec qui t’es ou juste par habitude, t’oses plus la quitter ? » (CQFD).
Les hommes qu’il dépeint sont faibles et monstrueux, tout comme lui. Damso n’est finalement rien d’autre qu’un humain comme les autres, à l’exception près qu’il ressent toute la misère de ce monde et l’expose de manière crue et brutale. À travers son oeuvre, Damso dresse un miroir universel de l’homme et ses troubles, dont la méchanceté ne l’a jamais quitté : « J’suis un poumon dans un fumoir. J’respire le bien mais il n’y a que du mal tout autour ». (Kietu).[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]
C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.
LE MOT DE LA FIN
À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.
Après le succès de «To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.
Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.
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Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.
Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.
Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.
Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.
LE MOT DE LA FIN
À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.
Après le succès de «To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.
Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.
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Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.
Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.
Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.
Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.
LE MOT DE LA FIN
À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.
Après le succès de «To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.
Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.
[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]
Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ». L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »
Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.
Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : «You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».
Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly», K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.
LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA
Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.
Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.
Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.
Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.
LE MOT DE LA FIN
À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.
Après le succès de «To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.
Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.
[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]
Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.
Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion : « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ». Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.
LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE
Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.
Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.
Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ ».
Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun» était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny» dans sontitre de 1997 : I’m afraid of Americans.En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.
Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ». L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »
Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.
Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : «You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».
Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly», K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.
LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA
Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.
Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.
Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.
Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.
LE MOT DE LA FIN
À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.
Après le succès de «To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.
Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.
[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]
UNE INTROSPECTION
Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? » (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.
Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.
Crédit : Apple Music.
Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.
Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.
UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION
Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.
Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.
Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :
« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».
Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic». Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.
Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.
Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.
UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE
Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life »et lui tire dessus.
S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.
Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.
Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion : « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ». Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.
LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE
Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.
Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.
Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ ».
Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun» était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny» dans sontitre de 1997 : I’m afraid of Americans.En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.
Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ». L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »
Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.
Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : «You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».
Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly», K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.
LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA
Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.
Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.
Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.
Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.
LE MOT DE LA FIN
À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.
Après le succès de «To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.
Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.
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« I DON’T DO IT FOR THE GRAM… » BUT STILL
Avec ce projet, il sera auréolé de succès. Cinq Grammy Awards dont celui du meilleur album de rap, troisième meilleur album de la décennie 2010 selon Metacritic, disque de platine en seulement trois semaines… « DAMN. » se hisse dans tous les classements et n’a d’ailleurs toujours pas quitté le Top 200 Billboard.
Cinq singles se classeront finalement dans le top 100 Hot Billboard dont le titre HUMBLE. Il se placera rapidement en tête des charts. Ce morceau reste à ce jour son plus grand succès commercial.
Le 16 avril 2017, il devient le premier artiste hip-hop à recevoir le Prix Pulitzer dans la catégorie musique (depuis 1943, elle n’avait récompensé que des œuvres de musique classique et de jazz, ndlr). Une véritable consécration.
Crédit : Eileen Barroso/Columbia University.
UNE INTROSPECTION
Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? » (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.
Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.
Crédit : Apple Music.
Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.
Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.
UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION
Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.
Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.
Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :
« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».
Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic». Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.
Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.
Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.
UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE
Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life »et lui tire dessus.
S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.
Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.
Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion : « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ». Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.
LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE
Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.
Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.
Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ ».
Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun» était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny» dans sontitre de 1997 : I’m afraid of Americans.En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.
Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ». L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »
Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.
Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : «You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».
Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly», K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.
LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA
Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.
Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.
Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.
Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.
LE MOT DE LA FIN
À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.
Après le succès de «To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.
Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.
[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]
Propulsé par le succès planétaire de « To Pimp A Butterfly » (2015), un projet très engagé qui mixe des sons et des rythmes jazz et soul, Kendrick Lamar est entré dans la dimension des très grands. Il le confirme en 2017 avec la sortie de « DAMN. »
Il aurait pu d’abord s’appeler « What happens on Earth stays on Earth ». C’est en tout cas ce qu’a révélé l’artiste dans une interview donnée à la radio Big Boy Tv. Il sera finalement nommé « DAMN. » pour sa facilité de prononciation et sort le 14 avril 2017. Composé de 14 titres, l’album offre plusieurs collaborations dont celles avec Rihanna, U2 ou encore Zacari.
« I DON’T DO IT FOR THE GRAM… » BUT STILL
Avec ce projet, il sera auréolé de succès. Cinq Grammy Awards dont celui du meilleur album de rap, troisième meilleur album de la décennie 2010 selon Metacritic, disque de platine en seulement trois semaines… « DAMN. » se hisse dans tous les classements et n’a d’ailleurs toujours pas quitté le Top 200 Billboard.
Cinq singles se classeront finalement dans le top 100 Hot Billboard dont le titre HUMBLE. Il se placera rapidement en tête des charts. Ce morceau reste à ce jour son plus grand succès commercial.
Le 16 avril 2017, il devient le premier artiste hip-hop à recevoir le Prix Pulitzer dans la catégorie musique (depuis 1943, elle n’avait récompensé que des œuvres de musique classique et de jazz, ndlr). Une véritable consécration.
Crédit : Eileen Barroso/Columbia University.
UNE INTROSPECTION
Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? » (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.
Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.
Crédit : Apple Music.
Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.
Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.
UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION
Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.
Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.
Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :
« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».
Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic». Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.
Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.
Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.
UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE
Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life »et lui tire dessus.
S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.
Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.
Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion : « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ». Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.
LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE
Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.
Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.
Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ ».
Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun» était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny» dans sontitre de 1997 : I’m afraid of Americans.En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.
Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ». L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »
Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.
Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : «You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».
Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly», K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.
LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA
Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.
Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.
Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.
Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.
LE MOT DE LA FIN
À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.
Après le succès de «To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.
Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.
[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]
Propulsé par le succès planétaire de « To Pimp A Butterfly » (2015), un projet très engagé qui mixe des sons et des rythmes jazz et soul, Kendrick Lamar est entré dans la dimension des très grands. Il le confirme en 2017 avec la sortie de « DAMN. »
Il aurait pu d’abord s’appeler « What happens on Earth stays on Earth ». C’est en tout cas ce qu’a révélé l’artiste dans une interview donnée à la radio Big Boy Tv. Il sera finalement nommé « DAMN. » pour sa facilité de prononciation et sort le 14 avril 2017. Composé de 14 titres, l’album offre plusieurs collaborations dont celles avec Rihanna, U2 ou encore Zacari.
« I DON’T DO IT FOR THE GRAM… » BUT STILL
Avec ce projet, il sera auréolé de succès. Cinq Grammy Awards dont celui du meilleur album de rap, troisième meilleur album de la décennie 2010 selon Metacritic, disque de platine en seulement trois semaines… « DAMN. » se hisse dans tous les classements et n’a d’ailleurs toujours pas quitté le Top 200 Billboard.
Cinq singles se classeront finalement dans le top 100 Hot Billboard dont le titre HUMBLE. Il se placera rapidement en tête des charts. Ce morceau reste à ce jour son plus grand succès commercial.
Le 16 avril 2017, il devient le premier artiste hip-hop à recevoir le Prix Pulitzer dans la catégorie musique (depuis 1943, elle n’avait récompensé que des œuvres de musique classique et de jazz, ndlr). Une véritable consécration.
Crédit : Eileen Barroso/Columbia University.
UNE INTROSPECTION
Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? » (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.
Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.
Crédit : Apple Music.
Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.
Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.
UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION
Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.
Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.
Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :
« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».
Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic». Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.
Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.
Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.
UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE
Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life »et lui tire dessus.
S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.
Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.
Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion : « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ». Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.
LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE
Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.
Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.
Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ ».
Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun» était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny» dans sontitre de 1997 : I’m afraid of Americans.En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.
Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ». L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »
Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.
Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : «You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».
Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly», K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.
LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA
Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.
Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.
Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.
Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.
LE MOT DE LA FIN
À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.
Après le succès de «To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.
Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.
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Il y trois ans, Kendrick Lamar sortait un OVNI avec le projet « DAMN. » Un véritable chef d’œuvre qui illustre l’éthique de travail du rappeur et l’importance de la culture hip-hop dans la société américaine. Cet album composé par Greg Kurstin et Steve Lac, enregistré entre Hollywood et Santa Monica, pose une question fondamentale. Est-il le meilleur de sa décennie ?
LE CONTEXTE
Propulsé par le succès planétaire de « To Pimp A Butterfly » (2015), un projet très engagé qui mixe des sons et des rythmes jazz et soul, Kendrick Lamar est entré dans la dimension des très grands. Il le confirme en 2017 avec la sortie de « DAMN. »
Il aurait pu d’abord s’appeler « What happens on Earth stays on Earth ». C’est en tout cas ce qu’a révélé l’artiste dans une interview donnée à la radio Big Boy Tv. Il sera finalement nommé « DAMN. » pour sa facilité de prononciation et sort le 14 avril 2017. Composé de 14 titres, l’album offre plusieurs collaborations dont celles avec Rihanna, U2 ou encore Zacari.
« I DON’T DO IT FOR THE GRAM… » BUT STILL
Avec ce projet, il sera auréolé de succès. Cinq Grammy Awards dont celui du meilleur album de rap, troisième meilleur album de la décennie 2010 selon Metacritic, disque de platine en seulement trois semaines… « DAMN. » se hisse dans tous les classements et n’a d’ailleurs toujours pas quitté le Top 200 Billboard.
Cinq singles se classeront finalement dans le top 100 Hot Billboard dont le titre HUMBLE. Il se placera rapidement en tête des charts. Ce morceau reste à ce jour son plus grand succès commercial.
Le 16 avril 2017, il devient le premier artiste hip-hop à recevoir le Prix Pulitzer dans la catégorie musique (depuis 1943, elle n’avait récompensé que des œuvres de musique classique et de jazz, ndlr). Une véritable consécration.
Crédit : Eileen Barroso/Columbia University.
UNE INTROSPECTION
Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? » (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.
Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.
Crédit : Apple Music.
Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.
Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.
UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION
Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.
Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.
Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :
« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».
Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic». Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.
Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.
Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.
UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE
Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life »et lui tire dessus.
S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.
Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.
Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion : « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ». Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.
LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE
Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.
Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.
Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ ».
Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun» était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny» dans sontitre de 1997 : I’m afraid of Americans.En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.
Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ». L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »
Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.
Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : «You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».
Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly», K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.
LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA
Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.
Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.
Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.
Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.
Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.
C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.
LE MOT DE LA FIN
À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.
Après le succès de «To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.
Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.
Si l’année 2015 a marqué l’histoire du rap français à bien des égards, elle n’avait pas vu venir ce rappeur d’Aubagne, aux allures de gangster italien. Pour se présenter au public, SCH dévoile quatorze titres et trace les premiers contours de son personnage. Avant de le rejoindre sur son rooftop, prenons le temps d’emprunter l’autoroute A7. Devenu une référence, ce projet a laissé une trace indélébile sur son passage. Un game changer.
Avant d’arriver dans le grand bain, SCH rappe déjà depuis 10 ans. Sous le nom de Schneider, il poste ses premiers sons depuis son compte Skyblog. Repéré par Baarbus Music en 2014, il se professionnalise et perfectionne le style qu’on lui connaît aujourd’hui. Ses premières percées ne se font pas attendre avec des sons comme Que le doigt ou La mallette.
Alors que sa première mixtape est en préparation, Lacrim décide de lui laisser une place de choix sur la dernière piste de « R.I.P.R.O Volume 1 » avec le single Million. Rien ne sera plus comme avant pour le S. En septembre, il rejoint dans la foulée l’écurie du label Def Jam France (Universal) et dévoile « A7 », le 13 novembre.
À peine déposée dans les backs, la cover attire les regards. Inspirée d’une posture de Johnny Depp dans le film « Blow » où il incarne George Jung (un célèbre trafiquant de drogue américain, ndlr), le « Numéro 19 » donne le ton.
Johnny Depp dans le rôle de George Jung pour le film « Blow ».
Si tous les chemins mènent à Rome, celui qui mène à SCH, c’est l’A7. Cet autoroute est le chemin le plus rapide vers le sud et vers Aubagne (13). Il force ainsi le passage dans la ville de son enfance, située à vingt kilomètres de la Cité Phocéenne, où peu de touristes s’arrêtent.
« A7, j’ai mis dix ans à l’écrire parce que je n’étais rien et que j’apprenais à devenir quelqu’un »
SCH diversifie ses thèmes, ses postures et son rap. Il se cherche mais indique déjà de nombreuses directions. La genèse de ce projet apparaît alors comme la conclusion d’une longue quête vers la maturité artistique. Il confiait d’ailleurs dans une interview à Mehdi Maïzi « C’est l’album de toute ma jeunesse, j’ai mis dix ans à l’écrire parce que je n’étais rien et que j’apprenais à devenir quelqu’un ».
Sous les traits d’un John Lennon mafieux, il signe le premier titre d’un « Mathafuck » agressif. Son célèbre gimmick qu’on lui connaît bien aujourd’hui. Accompagné de ces « scélérats », SCH prépare le braquage. « J’recherche mes limites, la ge-gor du rap sous mon Gilette » (A7).
Décidé à frapper fort, il sort les muscles sur le morceau éponyme de l’album. A7, piste numéros deux. Un titre que le rap game n’est pas prêt d’oublier. Avec une parfaite gestion du découpage, il articule ses couplets et ses ponts autour d’un refrain intense. Un flow trap qui épouse une prod majestueuse de Guilty (Katrina Squad).
Photo réalisée pendant le shooting de la cover de la mixtape « A7 ». Crédit : Koria.
Si l’artiste est d’ores et déjà en démonstration, il dévoile quelques traits d’intimité. Une texture émotionnelle que nous retrouverons plus affirmée sur « Anarchie » (sa deuxième mixtape, ndlr). Ainsi, il évoque aussi bien son rapport avec son père : « Papa m’reniera jamais, j’suis ni flic ni pd » (A7) que ses errances de jeunesse. Celui qui « traîne des problèmes d’puis l’CE2 » décrit avec réalisme la violence du quartier « On libère des potes dans des écrans de fumées, ôter la vie, j’vois mes res-frè pour l’kilo s’allumer » (Solide).
Un Beretta semi-auto dans la ceinture
« A7 », c’est aussi la naissance d’un personnage unique. Cheveux sur les épaules, un Berreta semi-auto dans la ceinture, il troque le survêtement Nike pour un élégant veston crocodile ou un perfecto noir tiré à quatre épingles. Il déroule ainsi un style à contre-sens qui n’a rien à envier au Parrain.
Si les références à l’univers mafieux sont déjà monnaie courante chez des artistes comme PNL ou Sadek, le Marseillais demeure celui qui les incarne le mieux. Dans la peau d’un personnage de la série « Gomorra », il s’immerge dans l’atmosphère de la mafia napolitaine sur le morceau du même nom. Le clip a d’ailleurs été tourné sur les lieux du crime, dans le quartier de la Scampia.
Pour toucher son public, l’artiste a rapidement trouvé la recette pour donner vie à sa plume. SCH prête ainsi allégeance à l’auto-tune dont il use sans modération. Omniprésente sur son projet, il en fera une marque de fabrique. Avec un timbre rugueux qui rappelle celui de Lacrim, il se montre sec, agressif ou encore solennel et donne de la crédibilité à son univers ténébreux. Il se risque même à une courte session de chant sur le refrain de J’reviens de loin.
Guilty et Kore en tandem
En coulisse, la direction artistique est scindée en deux. Guilty (Katrina Squad) guide la première partie de la mixtape. Avec des instrumentales sur-mesures, SCH peut briller sans forcer. Il s’exprime alors aussi bien sur des ambiances orchestrales (Gomorra) que sur des sonorités de clavecins inédites (Mauvaises idées). Nous en oublierions presque les deux featurings du projet.
Le match retour avec Lacrim sur Liquide tient ses promesses mais apporte moins de fraîcheur que les derniers tracks composés par Kore. Concordant avec l’arrivée de SCH chez Def Jam Music, le beatmaker prend le train en marche et boucle la mixtape. Ce changement à la production apporte les finitions au tableau. De leur collaboration naîtra notamment le hit Champs-Elysées, les synthés de J’reviens de loin ou encore le piano mélancolique de Fusil qui vient apposer un point d’orgue au projet.
Cette scission musicale, qui peut manquer de cohérence aux yeux de certains, ne fait pas oublier qu’« A7 » marque seulement ses premiers pas dans la cour des grands.
« J’suis un putain d’indélébile, ici y a que des velledas » (John Lenon). S’il avait annoncé être ici pour durer, « Gotzë » a tenu ses promesses. Cinq ans plus tard, « A7 » est un succès. Il compte aujourd’hui plus de 440 000 exemplaires vendus et se rapproche de son premier disque de diamant. L’artiste doit tout à cette rampe de lancement que fut sa première mixtape. Elle marque la naissance d’un OVNI du rap français qui a fait bouger bien plus que des codes vestimentaires. Poings fermés, mâchoire serrée, SCH trop réel.