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Face à face Rencontres

Andy S, la « pépite » engagée

On la surnomme « la pépite de la Côte d’Ivoire » et ce n’est pas « Queen Pepita » qui dira le contraire. Autour d’un café à Saint-Denis, nous avons rencontré Andy S alors que la rappeuse ivoirienne de 24 ans est en France pour une série de concerts après la sortie de son dernier projet, « Exousia », en novembre dernier.


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Tejdeen

«Prend des photos de l’interview Momo ! ». Alors que 160 000 personnes la suivent sur son compte Instagram (@andys.therapper), Andy S est également présente sur Snapchat, Instagram ou encore Facebook. Très proche de ceux.celles qu’elle a baptisé sa « Team Pepita », elle n’hésite pas à impliquer son manager, Omomine, dans le maintien de ce lien virtuel. 

Si peu de rappeur.se.s sont aujourd’hui actif.ve.s sur le réseau social au carré bleu, Andy S, elle, cumule 136 000 abonné.e.s sur sa page Facebook, qu’elle abreuve de contenu autant que son fil Instagram. En effet, sa carrière a débuté sur la plateforme. « J’ai commencé à poster mes freestyles sur Facebook », rembobine-t-elle. Alors lycéenne, la jeune femme de 15 ans, déjà fervente consommatrice d’artistes comme Booba ou la Sexion d’Assaut, assiste aux freestyles de ses camarades de classe tous les vendredis soir, devant le lycée.

Passionnée, elle se lance timidement dans l’écriture. « Un jour, j’ai montré ce que je faisais à un pote qui m’a convaincue de me lancer. » Le vendredi suivant, Andréa, de son vrai nom, performe à son tour. « Tout le monde était choqué ! Surtout, il n’y avait pas d’autres meufs », se souvient celle qui est aujourd’hui bien installée sur la scène rap ivoirienne. 

S’imposer en tant qu’artiste féminine

Multipliant les freestyles sur ses réseaux, elle est repérée en 2017 par un premier label à Abidjan. S’ensuivent les premières séances studio, la réalisation de clips et les passages dans les médias ivoiriens. « Ils m’ont aidée à me professionnaliser », conclut-elle. En 2019, elle sort son premier EP « Le Rap N’a Pas De Sexe » dans lequel elle revendique sa place de femme dans le milieu très masculin du rap, notamment en Côte d’Ivoire. « C’était une prise de position. Quand on pense « rap » on pense « rappeur », alors que justement, le rap n’a pas de sexe. Il faut prendre des gens bons dans leur domaine, c’est tout », tranche la jeune femme, consciente du rôle qu’elle a choisi d’endosser. « Même si tu ne peux pas changer le monde, tu peux toucher quelques personnes, faire passer des message et impacter les mentalités. »

Quand Andy S pense rap.

Quand Andy S pense rap.

Mais les stéréotypes sexistes ont la peau dure. En promotion pour la sortie de sa mixtape « Exousia », l’artiste était récemment questionnée sur son look jugé « trop masculin » par l’animateur d’une chaîne ivoirienne. À l’évocation de ce souvenir, la rappeuse échange un regard avec son manager avant d’esquisser un sourire. « Sur certains plateaux télé en Côte d’Ivoire, je suis sûre d’avoir à chaque fois des questions à ce sujet. En France, les médias sont beaucoup plus focus sur ta musique, ton parcours, tes positions… »

Andy S : « Je veux que les gens se retrouvent dans mes textes »

Dans le titre TTLH (Tu Te Lances Hein), dont le clip est sorti le mois dernier sur YouTube, Andy S ne mâche pas ses mots : « J’arrive ici y’a personne qui m’égale, je sais que je régale je bouffe le game (…) ». Même si elle ne semble pas craindre la critique, la jeune artiste ne fait pas dans l’egotrip dans le seul but de se mettre en avant. « Je veux que les gens se retrouvent dans mes textes. Quand je dis « N°1 fuck la modestie » (dans le morceau Rap décalé avec Vicky R et Yanik Jones, NDLR), c’est pour que les gens puissent s’identifier et prendre confiance. C’est la dynamique première du projet. » 

Une démarche qu’elle a aussi souhaité imager grâce à la pochette de sa mixtape, sur laquelle on devine le Christ crucifié. « Les catholiques savent que Dieu a pris tous nos péchés en allant sur la croix, explique-t-elle. J’ai un peu cette position dans le rap ivoirien. Je subis toutes les critiques pour que d’autres femmes aient l’audace de se lancer ensuite. » 

Andy S envisage de s’installer en France

Aujourd’hui, Andy S est confiante. « En Côté d’Ivoire, même si j’étais soutenue par mon public, certains ont essayé de me décourager, car le rap à message, où ça kick, n’était pas la musique la plus écoutée ». Présente en France pour ses premiers concerts, force est de constater que sa persévérance a payé. « Savoir que j’ai continué et qu’on m’a invitée pour me produire, qu’on a payé mon billet d’avion, qu’on m’a donné un cachet… Tu t’assois et tu te dis que c’est lourd. » 

À Paris pour quelques semaines, l’artiste a aussi à cœur de rencontrer son public, comme lors du « meeting » prévu le lendemain dans le XIème arrondissement. Bien que le climat parisien diffère de celui d’Abidjan, comme elle aime le faire remarquer, Andy S envisage de s’installer en France. « Ce qui me plaît, c’est qu’ici il y a cette culture du rap. Même s’il y a différents styles, il y a de la scène pour tout le monde », conclut-elle en faisant référence à Benjamin Epps, dont elle apprécie la musique. « D’ailleurs, s’il y’a moyen de le contacter… », ajoute-t-elle en riant, intrépide mais déterminée. Comme à son habitude.


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Portraits Rencontres

Tejdeen, la ruée vers le platine

En 2020, pendant le premier confinement, Tejdeen sort son premier projet « Silver Tej ». Suivi un an plus tard de « Golden Tej ». L’argent, l’or, puis le platine, c’est naturellement qu’il dévoile aujourd’hui son troisième EP « PLATINUM TEJ ». Avec ce projet, le Lyonnais clôture une trilogie pour introduire son identité et sa musique sur la scène rap émergente. Mosaïque est allé à sa rencontre dans son quartier de La Guillotière à Lyon. Portrait du jeune rappeur de 23 ans. 


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Tejdeen

C’est au cours d’une journée lyonnaise ensoleillée que Tejdeen nous accueille dans son quartier de La Guillotière. Accompagné de ses ami.e.s Jason et Olive, l’artiste est souriant, ravi de nous offrir sa première prise de parole. Il y a deux ans, lors de la sortie de son premier projet, Tejdeen ne se sentait pas prêt. « Vous êtes ma première interview parce qu’avant, c’était trop tôt. Je n’avais pas grand chose à raconter », confie-t-il. En face des quais du Rhône, l’artiste de 23 ans a choisi un bar de son quartier pour se livrer. Tout juste diplômé d’un master d’information et de communication, Alexandre de son vrai nom, compte désormais se consacrer pleinement à sa musique.: « C’était important pour moi et ma famille de sécuriser un diplôme. Que la musique ne soit pas le plan A de ma vie. Mais maintenant je sens que c’est le bon moment. » 

Arrivé à Lyon à 17 ans, l’artiste a sorti deux projets depuis 2020. Chacun d’entre eux porte le nom de « Tej », son deuxième prénom, qui signifie « couronne » en arabe. Le dernier de la trilogie, disponible depuis minuit, ne déroge pas à la règle : « PLATINUM TEJ ». Dans sa veste Puma bleu électrique, Tejdeen est confiant.: « C’est un projet que je vais pouvoir défendre à 100 %. Je suis sûr qu’il me ressemble, que c’est ce que j’ai envie de donner. J’ai l’impression d’atteindre sérieusement ce que je voulais faire dans la musique depuis le début. Je trouve aussi que je dis mieux les choses. » 

Tejdeen, le beatmaker

À ses côtés, Olive et Jason forment « Augure », la boîte de production qui réalise chacun de ses visuels et de ses clips depuis le départ. Derrière sa casquette rose Pigalle et son sweat mauve, Jason se souvient de sa rencontre avec Alexandre.: « À l’époque, il ne rappait pas encore et il postait ses prods sur Twitter. J’avais adoré l’une d’entre elles et je lui avais envoyé un message. Bizarrement, on avait des amis en commun de Lyon et des influences communes comme Take A Mic. On était vraiment des diggers. On écoutait des gars comme Laylow et Oboy sur Soundcloud. C’est lors d’un concert que l’on s’est rencontrés en vrai pour la première fois. » 

Tejdeen

À cette époque, Tejdeen est avant tout un producteur. Il parvient à placer pour le groupe DTF en 2015 sur le morceau Les Princes. Il se souvient : « À ce moment là, je cherchais à m’approcher de PNL. Je me rappelle leur avoir envoyé une prod par mail avec pour objet : « La prod qu’il vous faut » (rires). Évidemment, je n’ai jamais eu de réponse. ».Un peu plus tard, en 2016, il collabore avec le Parisien Cashmire sur quatre morceaux du projet « PoeticGhettoSound »

Mais le Lyonnais le sait, il finira par « mettre sa voix » sur ses productions. Il publie donc quelques morceaux sur Soundcloud. Son ami et manager Jason sourit, laissant apparaître ses grillz argentées, et raconte : « J’étais fan de Kanye West et je trouvais qu’il n’y avait pas trop de truc électro en France à part Myth Syzer. Quand j’entends Tejdeen pour la première fois, je me dis qu’il est différent des rappeurs de l’époque qui étaient dans la mouvance 1995, boom bap. Je kiffais Hamza aussi. Ça paraît normal aujourd’hui mais à l’époque, il n’y avait pas grand monde qui faisait ça. »

Tejdeen en première partie de Laylow

De son côté, Jason lui fait des études de cinéma. Il profite de pouvoir emprunter la caméra de son école pour tourner des clips de mode, des visuels lifestyle et quelques clips pour des rappeurs émergents de Lyon comme Mvzoo. Petit à petit, il intègre la sphère rap lyonnaise et programme des concerts dans la ville. 

C’est ainsi qu’en 2018, Tejdeen se retrouve en première partie d’un concert de Laylow à La Marquise organisé par Jason qui se rappelle : « C’était le seul artiste auquel j’ai pensé et qui correspondait à l’univers de Laylow à ce moment-là à Lyon ». Juste à côté, entre deux gorgées de café, le rappeur sourit : « Je me rappelle que je n’ai même pas croisé Laylow. Il est arrivé en retard et il a fait le concert avec mes balances (rires). C’était assez catastrophique, mais c’était super. C’était la première fois que j’ai pu ramener ma famille et mes potes pour me voir sur scène. » 

Une quête identitaire

Au fil du temps, Olive, une amie du lycée de Jason, rejoint l’aventure et ensemble il.elle lance « Augure » qui réalise aujourd’hui des visuels pour Tawsen ou encore de Still Fresh. Dès 2018, il.elle.s mettent en image le premier double clip de Tejdeen pour les titres Prêt et Oh God, « pour faire plaisir à la scène Soundcloud qui l’attendait », explique Jason. Pour le tourner, il.elle.s s’incrustent tou.te.s les trois à une soirée Halloween organisée à Lyon et tourne au milieu d’inconnu.e.s.

Tejdeen

Le trio s’amuse aujourd’hui de l’improvisation du clip mais Olive explique : « On ne voulait pas regretter les visuels. On imaginait déjà un cheminement avec les prochains projets. Comme Tej n’était pas encore identifié sur la scène rap, l’idée c’était de l’humaniser au fur et à mesure des covers. La première pochette, il ressemble presque à un alien, sur celle du deuxième projet, il y a plus de détails et la troisième… Il faut encore qu’on la fasse (rires). » Depuis notre rencontre, la cover est désormais disponible et laisse apparaître le visage de Tejdeen. Symbole de son évolution musicale, elle humanise celui qui n’était jusque-là qu’un objet digital en pleine construction.

Amusé lorsqu’on lui demande s’il se sent appartenir à la « new wave » du rap français, il préfère nuancer : « Je ne connais pas assez ce que veut dire la new wave pour dire si j’y appartiens ou pas. Il y a des gens qui montent et se connectent ensemble. Par la force des choses, tout le monde se connaît plus ou moins. On a tous des influences communes. Mais je ne me sens pas appartenir à un mouvement. Il était question qu’on fasse un morceau avec Khali mais ça ne s’est pas fait. Je suis plus connecté aux producteurs de cette génération qu’aux rappeurs. » 

100 % lyonnais

Avant de quitter la ville des Lumières, Tejdeen et ses ami.e.s tiennent à nous faire visiter quelques coins. De la boutique Focus tenue par l’un de leurs amis proches en passant par les quais et la place Bellecour, le trio raconte au fil de la balade leurs anecdotes ensemble. En passant devant la Marquise, Alexandre se remémore sa première partie au concert de Laylow tout en nous confiant sa passion pour le stand-up et son rêve de collaborer avec l’artiste jamaïcain Beam

C’est un Tejdeen désormais auréolé de sa couronne de platine que nous quittons dans la quartier de La Guillotière, là où nous avions retrouvé la petite bande. « Je suis encore jeune et frais, c’est le bon timing », nous rappelle-t-il confiant, prêt à se lancer dans la course au diamant.


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Face à face Rencontres

Tedax Max, le bilan d’une année olympique

Tedax Max a délivré en 2021 une série de trois EP : « Forme Olympique », « Forme Olympique : Middle Season » et « Forme Olympique : Final Season ». À travers ces projets, le rappeur d’une trentaine d’années souhaite occuper l’espace pour donner une chance à sa carrière de décoller. Ce sprint musical a-t-il tenu ses promesses ? Mosaïque s’est rendu dans son quartier, à Lyon, pour faire le bilan.


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Tedax Max

«Ici c’est rue Paul Bert, c’est là où je vis, c’est réel », lance Tedax Max en pointant du doigt le petit écriteau bleu de la rue lyonnaise. Cet endroit, il le rappe dans chacun de ses trois premiers EP sortis en 2021 : « Forme Olympique », « Forme Olympique : Middle Season » et « Forme Olympique : Final Season ». Dans la peau d’un guide touristique, le rappeur déambule dans les rues de son quartier, La Guillotière, situé en plein centre-ville, auquel il est très attaché. Une fois arrivé sur la place Voltaire, ce jeune barbu à la trentaine se fait régulièrement interpeller : « Eh je suis en interview », se justifie-t-il auprès de ses compères.

Les habitant.e.s de ce recoin sont fier.e.s de venir saluer celui qui est presque devenu une star locale. En un an, l’artiste a délivré un triptyque remarqué. Un sprint pour espérer embrasser le début d’une carrière. « Dans le morceau Combine, je dis : « J’ai plus le temps d’avoir le temps ». J’ai trente ans, j’ai perdu beaucoup de temps. Je suis même pas dans une optique de marcher et faire des sous, c’est vraiment le faire avant de regretter. Même si j’ai pas d’auditeurs, je suis fier de pouvoir taper mon nom sur internet et de pouvoir écouter un projet avec une cover et tout… », explique-t-il.

Tedax Max : le renouveau du « rap de kickeur »

C’est dans cette même urgence que Ted, de son vrai nom, publie son premier EP, « Forme Olympique », un 1er janvier 2021. Il se remémore : « Fallait aller vite. Je voulais arriver en début d’année pour qu’on me voit. Personne me connaît mais voilà j’suis là ! ». La nouvelle année à peine sonnée, le projet résonne déjà avec un nom ambitieux et une cover mystique qui s’inspire d’une peinture de René-Antoine Houasse, mettant en scène le dieu Jupiter façon gangster. Et cerise sur le gâteau : « Alpha Wann a tout de suite partagé, ça a fait beaucoup de bruit, c’était le bon timing. » 

Un bon timing pour celui qui considère vivre le renouveau du « rap de kickeur » : « Quand Freeze Corleone a sorti « LMF », ça m’a conforté. Je suis vraiment un taliban quand je rentre en cabine. Je suis là pour découper. Parfois, mes gars me disent de mettre un petit son mielleux et tout mais non ! Ça va être juste être noir. » 

La machine est lancée. L’idée d’une série de trois EP se manifeste : « On s’est dit, pourquoi pas ? Ils le font aux USA, alors pour pourquoi pas nous ? Finalement c’est grâce à ça que je suis là. Grâce au matraquage on a fidélisé les gens », observe-t-il, une cigarette au bec. Si le premier volet est instinctif, la suite est planifiée. Même rythme, même cadence. Il avance sur le deuxième volet : « Forme Olympique : Middle Season » : « J’écrivais tous les jours, la musique allait super vite. Et je suis super efficace. Le studio je le paye, c’est de l’argent. Alors je suis pas là pour faire des snaps. Tout est déjà écrit et je pose tout très rapidement ».

« Forme Olympique : Middle Season » et un passage par COLORS

Changement d’ambiance. Dans le deuxième EP, Tedax Max emmène son flow aux États-Unis et affiche avec transparence des sonorités sudistes. Influencé par « Cash Money, Master P, Three 6 Mafia ou A$AP Rocky avec son tout premier projet couleur Huston », il flirte avec le chopped and screwed (une technique de remix du hip-hop lancée dans les années 1990 qui ralentit le tempo, NDLR) et les ambiances de Los Angeles dans le morceau Long Beach. « Des prods qui tapent et des voix gonflées », telle est la recette du rappeur lyonnais pour garder l’attention du public lors de sa sortie en juin 2021.

À la même période, l’artiste est approché par les équipes du studio COLORS de passage à Paris, pour interpréter le morceau inédit J’te Jure. Une consécration que l’artiste n’a pas réalisé tout de suite, pris dans sa spirale créatrice. « Ils m’avaient déjà DM, je n’avais même pas vu et ils sont revenus vers moi en mode : « Excuse-nous de te déranger ». On aurait pu croire que j’étais pas intéressé alors que si ! », confesse-t-il en ajoutant avec un regard malicieux : « C’était lourd. Je vais pas me la raconter, mais j’ai fait que deux prises et la première était déjà bonne ! ».

Tedax Max : « L’important c’est de se faire plaisir »

La musique va vite et entraîne de premières rentrées financières. « Je ne vis pas encore de tout ça. Ça commence tout juste à payer les clips et le studio. Je peux faire du son avec l’argent de la musique. Mais ça avance et maintenant on est cité par Mehdi Maïzi, YARD… On nous voit parce qu’on a charbonné et on a des propositions de l’industrie. Alors on va pouvoir bientôt parler oseille et bonne distrib’ », précise Ted. Mais le rappeur ne perd pas le sens des priorités. Pour le dernier volet « Forme Olympique : Final Season », publié en décembre 2021, « l’important c’était de se faire plaisir. »

« C’est le projet que je préfère. Il me ressemble. New-York c’est mon univers, mon flow, ma façon de poser. » 

Tedax Max pour Mosaïque

Et pour clôturer le triptyque, il s’entoure des producteurs Nars et Sidi Sid avec qui il va créer une atmosphère 100 % new-yorkaise. « Sidi Sid me faisait écouter des prods à la Roc Marciano et je lui disais : « Mais je raffole de ça moi ! ». Il me répondait : « Personne ne rappe sur des trucs comme ça en France. » » Comme avant la sortie du premier EP, c’est le paysage rap qui le conforte dans son choix artistique : « Au début je me disais que ça allait être trop noir. Mais j’ai vu NAS (un rappeur originaire de Brooklyn, NDLR) sortir son projet au même moment. J’étais en plein dedans. Ça m’a convaincu. »

C’est finalement sur la dernière marche de cette année intense que Tedax Max se reconnaît le plus : « C’est le projet que je préfère. Il me ressemble. New-York c’est mon univers, mon flow, ma façon de poser. » 

Une « mixtape » pour cette année

Ainsi, il ne lui a fallu que trois séances en studio pour enregistrer les onze titres. La confiance règne, même lors de la semaine de sortie durant laquelle il se permet de rajouter le morceau Harlem Manhattan au tout dernier moment. Il cultive d’ailleurs cette méthode de travail qu’il qualifie de « bâclé » jusque sur la pochette qu’il a lui-même réalisée. « Je me suis inspiré d’une peinture, je me rappelle plus laquelle (rires). J’ai rajouté des détails un peu gang : la bouteille, la weed, les grills… J’ai tout fait sur Photoshop à l’arrache. C’est ça que j’aime, ça fait partie de moi. »

2021 est terminé. Place à la suite. Tedax Max qui n’est « toujours pas fatigué » continue d’être productif tout en souhaitant espacer davantage ses sorties. Et si ses trois premiers EP ne comportaient qu’un seul featuring avec son acolyte Laws Babyface sur le titre Thomas & Laimbeer, il a depuis déjà coffré « plusieurs collaborations encore secrètes ». Même s’il glisse qu’il aimerait vraiment pouvoir croiser le fer avec « Limsa d’Aulnay et Mac Tyer, ça serait fou ». Et concernant le prochain projet prévu cette année, « ce ne sera pas encore un album, sûrement une tape. J’ai déjà la cover et le titre. Un peu en anglais avec une petite réf à Lyon. » Mais il prévient : « Tout peut encore changer ! »


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Lazuli, le cardio dans la peau

Après un premier EP « Zéro » sorti en juin 2021, Lazuli revient vendredi avec un deuxième projet « CARDIO ». Entièrement dédié aux sonorités reggaeton, cet EP est une collaboration avec le producteur King Doudou, aussi compositeur pour J. Balvin ou PNL. La franco-chilienne livre quatre morceaux destinés à faire danser ceux.celles qui l’écoutent. Mosaïque l’a rencontrée au cœur de Paris, près de la place de la République.


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Sur le fond d’écran de son iPhone, Lazuli affiche une citation : « Il ne faut pas contrôler sa vie mais la vivre ». Habitée par cette devise, elle se réveille désormais tous les matins persuadée d’être à sa place en tant qu’artiste. Pourtant, il y a encore deux ans, Élisa de son vrai nom, était analyste de textiles à la douane. Celle qui se décrit comme « une scientifique, la meuf qui aime bien mettre sa blouse (rires) » se rend compte que la passion n’y est pas mais poursuit, aspirée par la spirale d’une vie bien rangée.

Lazuli

Lors du premier confinement, elle doit mettre ses activités sur pause. Elle se retrouve confinée avec le producteur Izen chez qui se trouve un home studio. Un jour d’ennui en quarantaine, elle se met derrière le micro pour rigoler : « Quand je prends le micro, dans ma tête je ne sais même pas chanter. La musique n’est pas dans mes projets. On se met à faire un son à deux qui ne sortira jamais parce que c’était vraiment pas ça (rires). Mais ça a fait naître quelque chose en moi. Je me suis dit qu’en fait j’en étais capable. Je m’attendais tellement à faire pire que je me suis surprise. » Les jours suivants, elle répète l’exercice et fait écouter ses morceaux à son entourage qui la pousse à les diffuser. 

Lazuli : « Ne plus être guidée par la peur »

Le déclic est né pour Élisa qui devient Lazuli et quitte son emploi : « Quand je travaillais, je regardais déjà la montre en attendant la retraite pour kiffer ma vie. C’était le moment de dire stop. Je suis partie sans me retourner parce que j’étais arrivée à un stade où je ne voulais plus être guidée par la peur. Je n’essaye pas de contrôler ma vie mais de la vivre. »

Depuis, derrière ses lunettes bleu teintées, la rappeuse ne voit plus la vie de la même façon : « Ça a tout changé. C’est comme si tu rentres dans un tunnel, tu ne regardes jamais à côté et d’un coup tu tournes la tête. Et une fois que t’as regardé, c’est trop tard. Le tunnel rassurant est une sorte de prison dorée. J’aime tellement ma vie que je n’aurai aucun regret. Je suis sereine parce que peu importe où ça me mène, la liberté que je ressens est trop belle. »

Après un voyage au Brésil qui l’inspire pour tourner entre autres le clip de Papi Chulo et Zero, elle se lance sérieusement. Elle sort son premier EP « ZERO » composé entièrement avec le compositeur Izen, qui n’est jamais très loin lorsqu’il s’agit de Lazuli. Puis pendant toute l’année 2021, elle s’exerce et crée « au moins trois titres par semaine ». Puis, à travers Izen qui a déjà un pied dans le milieu de la musique, elle rencontre King Doudou. Compositeur de renom, il est connu pour avoir travaillé auprès de J. Balvin, PNL, Freeze Corleone, Kaydy Cain ou encore Bad Gyal. Récemment, il a d’ailleurs reçu un Grammy Awards pour l’album « Colores » de J. Balvin.

Le Chili et la danse

Tous les deux originaires des environs de Lyon, il.elle.s donnent naissance à un EP 100 % reggaeton prévu pour le 11 mars : « CARDIO ». Dans sa veste sport rétro et son jean à carreaux, elle n’en revient toujours pas : « C’est une opportunité de fou de travailler avec King Doudou. Le voir prendre du temps pour moi alors qu’il travaille avec des artistes tellement connus et talentueux, je trouve ça incroyable. De base, il me donnait juste des conseils et finalement on s’est retrouvé à faire du son. Il a vécu en Argentine, en Amérique du Sud. Moi qui écoute beaucoup de reggaeton, il manie ces sonorités à la perfection. » C’est avec le titre Casse ton dos que l’alchimie entre les deux artistes opère. Une fierté pour Lazuli : « Ce que j’ai fait avec ce projet, c’est du pur reggaeton comme j’en entendais quand j’étais petite. Ça m’a fait passer un step. » 

Petite, Élisa connaît des dimanche enflammés au cœur de la salle des fêtes où l’emmène son père. À l’intérieur, des Chilien.ne.s se réunissent pour retrouver ensemble l’atmosphère de leur pays d’origine. Lazuli se souvient : « Les darons faisaient de la salsa. C’était trop bien, il y avait des vrais musiciens et tout le monde saignait Daddy Yankee. Il y avait de la nourriture chilienne et toutes les générations étaient réunies dans la pièce. Il y avait vraiment une ambiance très chaleureuse comme en Amérique du Sud. Ils retrouvaient ici ce qui leur manquait en France. » La musique mais aussi la danse : « Mon grand-père à 96 ans, il galérait à marcher mais il dansait encore la salsa (rires). » Héritière de cette culture, elle s’affiche désormais à chaque concert avec des danseuses sur scène pour « donner envie aux gens de se libérer, qu’ils se lâchent ». 

Banaliser le twerk

Dans le clip du titre Casse ton dos, Lazuli fait également le choix de faire twerker un homme : « Lorsque je suis allée au Brésil, j’ai réalisé qu’il n’y avait pas du tout cette culture de la sexualisation que l’on a chez nous en France. Sur les plages là-bas, les hommes les plus baraqués que tu peux voir twerkent. Tu ne verrais jamais ça en France parce qu’il y a beaucoup de tabous. En Amérique du Sud, ils sont très libres. C’est de la danse et c’est tout. Ils n’ont pas non plus la même approche de la nudité. Être sexy chez eux, c’est banal. » 

Je dis aux mecs qui twerkent en cachette dans leur chambre, venez on se libère ! On twerke tous ensemble (rires) ! Je kiffe voir des gens libres d’esprit faire ce qu’ils aiment sans se sentir jugés.

Lazuli pour Mosaïque

Une banalisation qu’elle cherche à reproduire dans ses morceaux et ses visuels : « Je veux que les gens qui m’écoutent puissent le faire sans chercher à attribuer des rôles à un tel ou un tel. Je dis aux mecs qui twerkent en cachette dans leur chambre, venez on se libère ! On twerke tous ensemble (rires). Pour le clip, on a galéré à trouver un profil d’un homme danseur qui twerke. C’est même pas du féminisme. Je ne mène pas un combat. Par contre, je veux que les gens qui écoutent ma musique comprennent que c’est ma normalité. Que tout le monde puisse se sentir égaux. Je kiffe voir des gens libres d’esprit faire ce qu’ils aiment sans se sentir jugés. »

La musique comme une évidence pour Lazuli

Si elle semble déjà savoir où elle va, la Lyonnaise lutte toujours contre un syndrome de l’imposteur : « J’ai encore du mal à me considérer comme une artiste parce que je ne m’étais jamais projetée dans cette vie donc c’est difficile. Je me rappelle du premier concert que j’ai fait. J’ai eu besoin de me regarder dans le miroir avant et de me motiver. C’est le moment où j’ai réalisé. » 

Mais du haut de ses bientôt 25 ans, Lazuli ne s’est jamais autant sentie à sa place : « C’est comme si t’avais jamais prévu quelque chose mais qu’une fois que tu y es, tout te paraît logique. C’est ce que je ressens. C’est pour ça que je me sens légitime. Parce que je travaille pour ça et que j’aime ce que je fais. J’ai envie que ce soit entendu et compris. Et puis, c’est quoi la légitimité ? À partir du moment où je fais de la musique, que je m’investis dedans et que j’aime ce que je fais, il n’y a pas de questions à se poser. »

Lazuli avance à l’allure du train dans lequel elle est montée sans en connaître la destination. Elle compte explorer d’autres horizons : « Mon premier EP mélangeait beaucoup de styles dont la baile et la trap. Celui-ci est entièrement reggaeton mais je ne veux pas que les gens croient que je vais me cantonner à ça. L’idée de ce projet, c’est de faire des sons club et je vais continuer à expérimenter encore plus de choses. » 


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Portraits Rencontres

Ratu$, le fruit du charbon

Révélé au grand jour depuis son apparition sur la « don dada mixtape vol.1 » d’Alpha Wann, Ratu$ n’a plus de temps à perdre. Après « TOUT TRAVAIL MÉRITE SALAIRE », sa première mixtape, il enchaîne avec un projet du même nom : « TTMS, Vol.2 ». Emporté par un engouement qu’il n’aurait pu prévoir, il écrit nuit et jour et redouble de productivité. Bien décidé à profiter de son moment pour devenir celui dont il a toujours rêvé. Le rappeur nous ouvre les portes de chez lui, à Pierrefitte-sur-Seine. Portrait.  


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«Je sors d’une session studio qui s’est terminée à 6h du mat! On discute, je vais dormir un peu et je reprends ce soir », débite Ratu$ lorsqu’on le retrouve en bas de son bâtiment de Pierrefitte-sur-Seine. Le rappeur ne laisse transparaître aucun signe de fatigue malgré sa nuit blanche. « Je ne fatigue jamais », ajoute-t-il en ajustant sur sa tête sa casquette North Face noire sur sa tête. Après une courte visite du hall de l’immeuble, il cherche furtivement du regard un endroit pour se poser. La solution est toute trouvée : sa Citroën C3 Picasso.

Une fois assis dans ce cockpit vieillissant qu’il connaît comme sa poche, il baisse la vitre et allume une première cigarette. Il souffle. Ratu$ travaille sans relâche. De studio en studio, de maquette en maquette. « Ce nest pas le moment de baisser le rythme », martèle-t-il. Et pour cause, sa mixtape « TTMS, Vol.2 » est sortie depuis deux mois.

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Dans ce deuxième volet d’une série de trois projets, l’artiste confie s’être plus livré : « Je suis plus profond que dans le premier volume. Je suis allé plus loin, surtout dans les prods. Je savais ce que je voulais. » Depuis plus d’un an et demi, le jeune Francilien cristallise les attentes et il le sent. Son apparition sur la « don dada mixtape vol.1 » d’Alpha Wann en décembre 2020 a donné à sa musique une dimension nouvelle.

Un titre solo, velux, et tout s’emballe. Il se souvient : « Jai pris des followers de partout, c’était fou. Ça a tout changé parce que japparais sur la tape dun mec qui a tout pété. Je suis avec Nekfeu, Lesram, 3010, Kaaris et des producteurs de ouf. Diabi, Louis, Hugz… Les gars ils sont [disque de] diamant gros ! » Une invitation et une reconnaissance nouvelle pour le rappeur : « Maintenant je peux travailler avec eux. Ils sont haut pour moi, mais avec le peu de choses que jai pu accomplir, je peux discuter avec ces gens-là. Là cest pas la street crédibilité de la rue, tu es jugé par des musiciens. »

Des terrains de foot au studio de musique

Et si aujourd’hui le disque d’or de la mixtape est accroché avec fierté dans le salon de l’appartement de sa mère, une carrière dans la musique n’a pas toujours été une évidence pour celui qui a d’abord rêvé d’un avenir de footballeur à succès. « Jai joué toute ma vie et je suis partie plusieurs fois à l’étranger où j’étais professionnel. Je suis allé à Rimini en Italie, en Belgique et au Portugal où il y avait des problèmes de salaires et où je n’étais pas toujours payé. Et je suis revenu en France pour jouer en CFA (Championnat de France de football de National 2, NDLR). »

Ensuite suspendu pour une bagarre dont il aurait été l’un des protagonistes, c’est le début de la fin : « Rupture de contrat, je nai jamais repris, ça ma plombé. Ma mère me voyait partir, elle men voulait. Elle me reprochait de ne pas avoir fait d’études. Elle cest un peu l’éducation africaine. Si tu fais pas d’études, tu ne sers à rien. Alors je me suis acharné, jai appris. »

« Quand t’es petit on t’apprend pas les métiers. La conseillère d’orientation disait : « Tu as telle note, alors tu peux faire ça. » En gros : « Va là-bas et tais-toi. » »

Ratu$ pour Mosaïque

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Fraîchement sorti du lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), c’est donc pour sa mère que Ratu$ se donne corps et âme dans un BEP comptabilité. Après en avoir été exclu à 18 ans pour avoir « foutu la merde », c’est en candidat libre qu’il obtient son diplôme. Des études tête baissée en cherchant sa voie dans un parcours plus « classique » : « Quand t’es petit on t’apprend pas les métiers. La conseillère d’orientation disait : « Tu as telle note, alors tu peux faire ça. » En gros : « Va là-bas et tais-toi. » Y a des potes à moi qui sont plombiers ou menuisiers alors quils auraient peut-être aimé faire dautres trucs. Moi avec le BEP je pensais que jallais apprendre à compter, à gérer une société. Au final rien du tout. »

« À l’époque, je voyais Ratu$ gratter au fond de la classe »

Les études, le foot, mais déjà le rap. Près de sa Citroën C3 qui s’est transformée en salon de discussion, un ami du rappeur s’approche. « Chinois ». C’est son surnom. Depuis le primaire, les deux hommes ne se sont pas quittés. « À l’époque, il était très bon en français. Je le voyais gratter au fond de la classe. La musique la vite rattrapé ! », se remémore ce résident du quartier. Ratu$ hoche la tête en signe d’approbation et précise : « Je rappais avec mes gars Diar et Def, un groupe qui sappelait Prototype. Mais ça prenait pas, même si ici, ça se répandait un peu, tout le monde kiffait. »

Au même moment, l’artiste rencontre Eff Gee, un rappeur du collectif l’Entourage, pendant une soirée. Puis, il croise les autres membres. « Je ne savais même pas quils faisaient du son. Quand jai appris quils allaient aux Rap Contenders, je savais pas c’était quoi. Quand jai regardé je leur ai dit mais vous êtes des fous ! Le mec est là il te dit : « Ta mère elle grosse »… Mais ils mont expliqué que c’était du trash talking, que c’était le jeu. »

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« Jayjay et Lama m’ont donné beaucoup. Ils m’ont appris à me demander : « Quest-ce que tu aimes ? » »

Ratu$ pour Mosaïque

Ratu$ se rend de plus en plus régulièrement au studio de Deen Burbigo dans le 18e arrondissement de Paris, mais sans objectif précis. Sa rencontre avec les deux producteurs JayJay et Lama est un déclic : « Ils mont dit : « Vas-y lance toi ! Rentre dans la cabine et pose un truc. » Ils mont beaucoup donné. Ils mont appris à me demander : « Quest-ce que tu aimes ?« . » Bientôt acteur, il observe encore. « Jallais au studio Don Dada, je regardais, janalysais, je prenais des conseils. Je faisais écouter et on me disait : « Ouais non cest pas terrible. » Même Chinois me le disait ! », raconte-t-il. Son acolyte confirme : « Oui tu avais des trucs à perfectionner. Mais tu avais déjà un truc, on se le disait. »

Couille de Loup, le tremplin de Ratu$

Tout s’emballe après qu’Eff Gee ait publié sur YouTube Couille de Loup I, le premier épisode d’une série de sept freestyles. Il raconte : « J’étais même pas au courant, il ne m’avait pas prévenu. Et il avait écrit « Ratu$«  avec le dollar. On mappelait souvent comme ça en tournée parce que j’étais dans la nuit, je faisais mes affaires à droite à gauche, je mangeais mal, toujours caché comme un rat. C’est devenu mon nom de scène… (Son ami le coupe) Alors que nous ici on lappelait Sekel, même encore maintenant ! »

Des premiers pas dans le game en toute confiance. Le rappeur né dans le 18e arrondissement de Paris confie ne pas avoir eu peur de trébucher : « Je ne me suis jamais dit que je voulais en être, jai ça en moi depuis toujours. J’étais tout neuf, personne ne me calculait. Javais le droit à lerreur. Parfois, Eff ne voulait pas sortir un titre et je lui disais non, on va le sortir, cest ma musique. J’écoute toujours lavis du groupe, mais cest moi qui ait le mot final. Si tu crois pas en toi à 100 %, qui y croira ? »

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C’est sur cette confiance que Ratu$ va s’appuyer pour articuler son art et ses premiers projets. « TOUT TRAVAIL MÉRITE SALAIRE », « TTMS Vol.2 »… En attendant le dernier volet. Il affirme avoir imaginé cette trilogie depuis déjà plusieurs années. « Tout est écrit dans ma tête. Les feats, tout. Ce que je vis, jen ai rêvé. Le matin je me lève, je prends un petit déjeuner, je fume, j’ouvre mon studio, je dis des mots et je gagne de largent. Si tu crois que tu vas vivre de ta musique pendant 50 ans et que tu vas faire danser des papis, tas rien compris. Je veux ramasser un max, monter un business, et me casser.

Il arrête sa tirade, réfléchit et récite : « Un jour Alpha Wann ma dit : « Le but cest que dans cinq ans on regarde lheure sur nos Rolex et on se demande qui va payer laddition. Quon soit plus au niveau du seuil de pauvreté.«  » 

Des doutes mais de la passion

Planter les graines de son travail pour en voir germer le fruit, c’est le mantra qu’il développe tout au long de ses mixtapes. Et pourtant, la récompense n’a pas été toute de suite au rendez-vous. « Avant velux j’étais à deux doigts d’cher-lâ », rappe le jeune homme dans le morceau Nombre 38.

Et pour cause, les premiers sous se sont faits attendre. Il décrit une certaine frustration : « Jai eu une période de doute. Le premier truc que jai touché des streams c’était à Couille de Loup V ou VI et jai pris 70 euros. Pour un gars comme moi qui sort de la rue c’était compliqué… Avoir des contraintes, rester au studio, aller aux rendez-vous… Mais maintenant cest bon, jai fait le volume 2 avec beaucoup de passion. » Son ami dénommé « Chinois » reprend : « Cest vrai quon le voit moins ici. Mais je lui dis fonce ! Ici cest la prison, pars casse toi. »

Pourtant, Ratu$ est resté très proche de chez lui et vit toujours dans le même quartier. « Tu vois là-bas sur la route ? Et bah sur ce trottoir là, tes à Saint-Denis. Ici cest ma vie, il y a du monde de partout. Ma mère habite juste là, au numéro 7 », précise-t-il. Rien n’a changé. En faisant trembler les enceintes de sa voiture avec l’un de ses prochains titres pas encore dévoilé, il prend la voiture et se gare dans le centre-ville pour rejoindre ses compères.

« Ratu$ a vraiment un truc du 93, un truc de chez nous »

Gainz, un habitant de Pierrefitte-sur-Seine, se réchauffe avec une tasse de thé chaude devant l’épicerie du coin. Spontanément, il vient à notre rencontre pour vanter les mérites de son ami rappeur, les yeux brillant de fierté : « Il a vraiment un truc du 93, un truc de chez nous. Son kickage, ses gimmicks, ça vient dici. Il nous raconte, cest que la vérité, il ment pas hein ! » « Cartable », de son surnom, vient aussi s’asseoir à la table pour ajouter : « Signature 93 ! La misère sociale. Il a du talent, mais il va encore faire mieux. »

Tous sont venus acclamer leur Ratu$ lorsqu’il était programmé en première partie de Deen Burbigo à l’Olympia, en octobre 2021. « C’était la première fois quun mec du quartier était sur une scène remplie de Paris. Jai ramené tout le quartier dans les loges, c’était trop fort », raconte l’artiste en réajustant sa sacoche jaune et bleue pour poser devant notre objectif. Au milieu des siens.


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Entretiens Rencontres

MadeInParis : « Quand on réécoutera la mixtape, on se dira que j’étais un connard sincère »

Après le succès critique de « Quel beau jour pour mourir », MadeInParis sonne le glas de la confirmation avec un nouvel opus aux reflets sulfureux. Dessinant les contours d’une silhouette féminine à contre-jour, il exhorte l’auditeur à entrer dans son univers toujours éclairé par la lune rougeoyante qui le caractérise. Quelques jours avant la sortie de « Voulez-vous coucher avec moi », il se livre à Mosaïque sur la conception de cette première mixtape autour de laquelle gravitent les atomes de son futur succès.

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MadeInParis MadeInParis

À quelques jours de la sortie de « Voulez-vous coucher avec moi », comment te sens-tu ?

J’ai sacrément évolué depuis la carte de visite que j’ai envoyée avec « Quel beau jour pour mourir ». Maintenant, je continue une nouvelle aventure en major avec le label Epic Records France, je rentre dans l’industrie de la musique et je confirme. Là je propose plusieurs styles pour que les gens se disent : « Ah d’accord, il sait faire ça ». D’où le titre « Voulez-vous coucher avec moi ? » : voulez-vous faire partie de ce mouvement que je suis en train de créer ? Ce nom, il faut le voir comme une proposition. Je vous invite. Alors si vous êtes curieux, venez écouter. Prenez tout ce que vous avez à prendre, inspirez-vous, ambiancez-vous et montez sur le navire parce que ça ne va faire que de monter.

À quel moment as-tu conçu ce projet ?

Je travaille en avance, ce projet est déjà prêt depuis un an. J’aime donner l’impression au public que je me suis cassé la tête, alors que c’est un truc super simple. Là il me fallait une phrase et je me suis demandé : « C’est quoi la phrase française la plus évocatrice ? ». Dès que j’ai eu le nom, j’ai enchaîné sur la phase de conception de la mixtape.  À la base, le projet était bouclé pour septembre mais il y a eu un déclic. On rentre dans une nouvelle année et on s’est dit : « On peut proposer plus que ça ! », donc on a enchaîné les séminaires. 

Dans quelles conditions as-tu travaillé ? 

80 % du projet s’est fait dans ma chambre, puis j’envoyais les pistes à mon ingé son. Il y avait aussi quelques séminaires en Belgique. Quand je pose, je ne fume même pas, je suis concentré. Un vrai geek devant l’ordi. Avant, je me prenais la tête sur les détails, les effets, le traitement de la voix. Aujourd’hui, je me suis pris la tête sur l’exécution : le choix des mots, le champ lexical, la compréhension. On me connaît déjà pour ma maîtrise technique, maintenant il faut que je développe quelque chose qui parte de l’artiste, qui soit unique à moi.

Comment caractérises-tu ton évolution entre tes anciens opus et celui-ci ?

J’ai osé, j’ai brisé les barrières, les limites. Je me suis dit que j’allais proposer un panel de sonorités, de thèmes plus complets. Ensuite, je ciblerai ce qui marche le plus et je partirai sur cette route-là. Le but cette année, c’est de m’imposer. Je suis sûr de pouvoir toucher de nouvelles personnes. Pour « Quel beau jour pour mourir », on m’a dit que le projet était un no skip, j’y pense tous les jours. Maintenant, il faut confirmer ça sur quinze titres. Mais paradoxalement, je ne considère pas ce projet comme une suite à ceux d’avant. Quand je commence quelque chose, je repars de zéro.

Sur la mixtape, tu as collaboré avec 16 compositeur.rice.s. Meel B, Cartier, Fulltrap Alchemist… Les prods et les textures sont très diverses. Comment as-tu travaillé avec les producteur.rice.s ?

Les plus gros acteurs de la tape, ce sont des amis proches. Shadow, Ray Da Prince, Persia… Avec Persia, on se comprend musicalement, il est sur 80 % du projet. Niveau mix, j’ai donné ma confiance à Draco Dans Ta Face. Au studio, on a pas besoin de se parler, il a l’oreille. Il me fait souvent des propositions et il y a une vraie conscience artistique derrière tout ça. J’aime bosser avec des gens avec qui la connexion passe toute seule, on se comprend sans dire un mot. Fulltrap et Cartier, je les connais personnellement. J’ai rencontré Meel B sur les réseaux. Même si je ne te connais pas, on peut travailler ensemble. Et si j’aime pas, je te laisse le temps de me proposer quelque chose de plus étoffé.

Tu avais pris le parti de ne pas inviter d’autres artistes en featuring sur tes deux projets précédents. Et cette fois, ils sont quatre avec notamment Squidji.

Oui ! Avant la musique, je trouve qu’humainement Squidji est un gars très cool. Si je devais le décrire en un mot, je dirais que c’est un gars très peace. Il y a beaucoup d’amour autour de lui. Musicalement ce que je respecte chez lui, c’est qu’il a un côté très acoustique, très live. Il a déjà débloqué ce truc-là et c’est ce que je recherche.

Il y a aussi Luidji qui se fait plutôt rare dans ses apparitions. Pourquoi l’avoir choisi ? 

On s’était déjà rencontrés avant et on a eu un très bon feeling. On s’est retrouvé en studio et j’étais parti sur une base assez acoustique avec un petit saxo, ça lui a parlé. Il y a vraiment ce côté humain entre nous, une vraie alchimie. Même chose avec Captaine Roshi, c’était naturel. Ça a vraiment fait kiffer le public, c’est deux mondes qui s’entrechoquent et ça a créé une belle amitié. Ce couplet, j’ai mis six mois à l’écrire alors que Roshi a mis deux heures. Au début, j’étais tellement loin que je lui ai dit : « Le thème du son c’est meufs, fête, cocaïne ». Je ne sais pas ce qu’il a compris de tout ça mais il a envoyé un couplet de malade (rires). Roshi a vraiment respecté l’invitation. Mon couplet est inspiré du groupe N.W.A et ça fait un bon mélange.

On ressent des inspirations trap qui rappellent PARTYNEXTDOOR ou Drake. Mais tu t’es aussi essayé à des sonorités plus chaudes, moins occidentales. Comment est-ce que tu digères tes influences ?

Et bien justement ! PARTYNEXTDOOR, c’est celui qui m’a donné envie de faire de la musique. Mais pour ce qui est de mes colorations plus chaudes, c’est surtout parce que j’ai envie d’oser. J’ai la voix, j’ai soif de savoir, alors voyons ce que ça donne. Je ne m’y connais pas du tout en afro, c’est pas ma culture. Mais je viens des Antilles néerlandaises, j’ai appris le français très jeune, alors ça sonne bien, ça glisse !

Le traitement de ta voix est souvent robotique, assez déshumanisé et très glacial. Pourquoi avoir articulé des sonorités froides avec des thèmes assez sulfureux ? 

Au début, je ne faisais que dans l’egotrip, mais j’ai commencé à m’intéresser davantage à la culture musicale française. Et c’est comme ça que j’ai vu un grand artiste de variété déclarer : « Le public français aime les connards sincères ». Ce que j’ai compris, c’est que les Français aiment quand un artiste raconte des histoires dans lesquelles chacun peut se reconnaître. Dans la tape, je parle un français assez clair. C’est là que je me suis dit, autant raconter mes histoires ! Non seulement les gens vont rire, mais ils vont être émus, s’identifier, je fais tout ça à ma sauce. Quand la mixtape aura de la postérité et qu’on la réécoutera on se dira : « C’était un connard sincère ! » (rires). D’ailleurs à ce propos, le morceau dont je suis le plus fier, c’est Comment faire. Il est réel. Je pense que beaucoup de gens vont le comprendre. 

Sur tes visuels, on remarque une silhouette féminine à contre-jour. Qu’est-ce que ça signifie ? 

C’est un ressenti esthétique. J’essaie de créer quelque chose d’authentique et qui me ressemble. Mon inspiration pour le visuel, c’est l’un de mes films préférés : « Pulp fiction » de Tarantino. Quand je me pose dans ma chambre, j’ai une vue imprenable sur un poster énorme qui fait la taille de ma porte. Juste les couleurs, le rouge, le jaune, l’orange, le fait que ce soit mon frère qui me l’ait montré : c’est un flux d’émotions. L’ambiance que ça dégage, avec ce que j’ai vécu, donne un sens esthétique et émotionnel à ce symbole.

Sur l’interlude Sex, tu chantes sur des sonorités plus électro, avec des reflets synthwave (genre musical influencé par la musique et les films des années 1980, ndlr). Est-ce une prise de risque ?

Pour être honnête, plus tard j’aimerais finir dans la pop. C’est pour ça que je m’essaye à des morceaux comme celui-ci. J’ai toujours baigné dans la pop culture et musicalement c’est quelque chose dont je suis très proche. Je veux faire une musique d’ambiance, alors même si je ne passe pas à la radio mais que je passe dans des pubs, dans des films, je serai satisfait !

Tu parles beaucoup de la ville, de tes baraudes… Ton nom, MadeInParis, ça vient de là ?

MadeInParis, ça vient de mon passé de graphiste. À l’époque, je travaillais pour des marques et vu que j’étudiais la typographie, j’aimais beaucoup mettre ce nom sur mes créations. Du coup, quand j’ai commencé le rap, je me suis dit « MadeInParis ». Et des années plus tard, les gens l’ont accepté.

Dans le morceau Binks tu dis : « Y’a pas vraiment de place pour l’amour dans ma vie ». Est-ce que c’est pour garder un « esprit lucide » ? Comme dans « Quel beau jour pour mourir ».

Je me suis décidé à me concentrer sur ma carrière. En étant jeune, c’est compliqué de mélanger les émotions et le professionnel. Donc j’ai mis l’amour de côté. Et d’un point de vue personnel, c’est plus profond que ça. C’est pour rejoindre « Quel beau jour pour mourir » : « Amusez-vous mais restez toujours concentré. » L’esprit lucide, mais jamais l’esprit simple.

Après la mixtape, c’est l’album ?

Je trouve que ça ne sert à rien de sortir un album maintenant parce qu’un album c’est des ventes, pas quelques clics et des stories Insta. Si je sors un album, je dois être prêt à remplir une grande salle. Ça se travaille sur le long terme. Donc entre-temps je donne quelques cartes de visite. En ce moment, je suis dans la perspective de sortir un EP précis par rapport à une tendance en vogue pour fidéliser les clients qu’on a pu attraper. Plus on fidélise et plus on a une communauté.

Tu appartiens à une génération d’artiste montant, en développement. Est-ce qu’on t’as déjà attribué l’étiquette « new wave » ? Est-ce que tu te réclames de cette scène ?

La nouvelle vague de signatures en 2020, j’en fais partie et j’en suis fier. Maintenant cette scène-là je ne m’y retrouve plus du tout. Je veux plus que ça, j’ai toujours voulu plus. Parler de nouvelle vague, ça pose des limites, comme si elle allait être toujours underground. Je veux sortir de ça. Sans critiquer la new wave, moi je veux une confirmation parmi les grands : parmi toutes ces grosses têtes, j’ai carrément ma place. Donc qu’on ne me parle pas de nouveaux mecs. Moi on va me remarquer.

C’est quoi la suite de MadeInParis ?

J’ai toujours des prods et des structures innovantes en stock, mais j’essaie de réfléchir encore plus ce que je raconte. Luidji m‘avait conseillé à ce propos : « Avec tout ce que tu fais, si tu donnes 50 % de toi-même en plus, de vraies choses sur ta vie, tu vas encore plus intéresser les gens. » Au vue de sa carrière, je peux le croire. Ce que j’en retiens : « Soit plus vrai ». D’ailleurs il le dit lui-même : « Je ne mens jamais dans mes chansons » (Le rouge, « Boscolo Exedra », NDLR).


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3 questions à Rencontres

3 questions à… Maka

Depuis 2013, Maka trace sa route. De freestyle en freestyle, l’artiste originaire de Liège en Belgique a fait évoluer son style et s’est professionnalisé. Cet amateur de RnB et de gangsta rap a d’abord trouvé son ADN dans le kickage et esquisse désormais des mélodies lumineuses dans son premier EP « Sortez les couverts, vol. 1 », sorti le 27 janvier. Le rappeur peut déjà se vanter d’avoir été validé par Timbaland en personne sur Instagram dans une story pour son single Joujoux. Mosaïque a posé trois questions à Maka pour revenir sur la création de son EP. 


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Comment est né cet EP ?

Je suis quelqu’un qui déborde d’inspi, j’ai toujours besoin d’écrire donc on m’a préparé un séminaire en août 2021 pour que je puisse sortir tout ce que j’avais dans mon téléphone. C’était une semaine de taff acharné. On travaillait entre 10 et 15 heures par jour. À la base, je n’étais pas venu pour faire un projet, le but c’était juste de faire un maximum de sons et finalement on a fait une sélection pour sortir cet EP. Je me suis vraiment renfermé sur moi-même pour ce projet. Je n’écoutais plus de son, plus rien du tout, je voulais vraiment que ça soit du Maka à 100 %. Il fallait que je sois très libre. La seule consigne c’était que du moment que la prod me plaît je bosse dessus. Que ce soit pour écrire des sons calmes ou des morceaux où je me déchaîne dans les paroles

Maka

Maka

Quelles sont tes habitudes de travail avec Ozhora Miyagi, co-producteur de cinq titres du projet (Intro, Joujoux, En balle, Noir et La mélodie du drame) ?

Le plus souvent, Ozhora me fait écouter ses prods avant d’aller au studio. On préfère arriver avec les idées déjà en place pour aller plus vite. Quand je suis très inspiré, j’écris sur l’instru de mon côté et quand j’arrive en session, je rentre tout de suite dans la cabine, on boucle le son et on passe à la suite. Parfois, je prends le temps de poser une ou plusieurs grosses toplines et on choisit la bonne ensemble. C’est instinctif.

Quand t’es dans ce genre de milieu, tout le monde veut être le numéro un le plus rapidement possible.

Maka pour Mosaïque

Pourquoi avoir choisi ce titre : « Sortez les couverts, vol. 1 » ?

Au tout début quand je grattais mes premiers textes, j’avais un enchaînement dans lequel je disais « Sortez les couverts ». Comme je mettais cette phrase dans plusieurs de mes sons (Ces titres ne sont plus disponibles sur les plateformes, NDLR), on a décidé de garder cette phase avec mon équipe. Ça me représente et ça symbolise aussi le moment où j’ai commencé à rapper. Quand t’es dans ce genre de milieu, tout le monde veut être le numéro un le plus rapidement possible. Mon but c’est de gravir les échelons pas à pas et de le faire bien, convenablement. 

Maka


Retrouvez l’EP de Maka « Sortez les couverts, vol. 1 » sur toutes les plateformes.


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3 questions à Rencontres

3 questions à… Eesah Yasuke, gagnante du Buzz Booster 2021

Eesah Yasuke rappe depuis à peine trois ans quand elle décide de participer au concours national Buzz Booster. Après sa victoire lors de l’édition 2021, la carrière de la rappeuse roubaisienne prend un nouveau tournant. Elle remporte une aide à la production de 15 000 euros, de la visibilité et des premières scènes… Un concours qui a déjà fait émerger des artistes comme Nemir en 2010 ou Kikesa en 2018. Alors que les inscriptions se clôturent ce dimanche, Mosaïque a posé trois questions à Eesah Yasuke pour revenir sur ce que sa victoire a changé pour elle.


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Pourquoi as-tu décidé de participer à l’édition 2021 de Buzz Booster ?

À l’époque, je ne faisais pas de la musique depuis longtemps. J’ai commencé à m’y mettre sérieusement à la fin de ma formation d’éducatrice spécialisée. Quand j’ai écrit Cadavre 3xquis, j’ai tout plaqué et j’ai décidé de m’y mettre à fond. Je connaissais déjà Buzz Booster avant d’arriver dans l’univers musical. Mais j’ai rencontré AL, un beatmaker qui m’en a parlé. Je me suis dit : « Il faut que je teste ! ». Alors, j’ai tenté. Dans un premier temps, j’ai été sélectionnée, puis j’ai passé les différentes étapes… jusqu’à la victoire finale.

Eesah Yasuke

Eesah Yasuke

Les finales régionales comme la nationale se jouent en live face à un jury. Comment as-tu vécu l’expérience de tes premières scènes ?

C’était particulier. Le jury et le public étaient assis et masqués. Ce n’était pas évident, mais à Maubeuge (Nord) je l’ai bien vécu. On sortait tout juste du confinement. J’avais envie de gagner, mais je pensais surtout à la musique en elle-même. Revoir des gens, partager et leur faire vivre des choses… Je me sentais chanceuse de pouvoir être sur scène. J’ai aussi rencontré plusieurs professionnels du monde de la musique. C’était sympa pour recevoir des conseils !

Avoir de l’argent à investir te permet de créer tes projets exactement tels que tu les imagines. Personnellement, grâce à Buzz Booster, j’ai pu bosser sur mon projet « Tryptique » qui sort fin février.

Eesah Yasuke pour Mosaïque
Comment ta victoire à Buzz Booster en 2021 t’as-t-elle aidée pour développer ta musique ?

Au niveau financier, déjà, c’est clair que ça booste les projets. Même si on peut se débrouiller, c’est toujours mieux quand il y a des fonds qui rentrent. Mon objectif, c’est de proposer quelque chose de toujours plus qualitatif. Avoir de l’argent à investir te permet de créer tes projets exactement tels que tu les imagines. Personnellement, grâce à Buzz Booster, j’ai pu bosser sur mon projet « Tryptique » qui sort fin février. J’ai aussi beaucoup aimé la résidence de deux semaines dans les studios Red Bull. Le matos était vraiment professionnel. Rien qu’avec les mises à plat et les maquettes que j’écoutais le soir, j’étais super contente.

J’ai adoré parce que j’étais vraiment en immersion. On produisait beaucoup. Pendant la résidence, je faisais presque un titre par jour. J’ai également pu inviter des artistes dans de vraies bonnes conditions. J’ai reçu des artistes du Nord, des beatmakers comme AL777… Le rappeur Youssoupha, avec qui j’étais connectée, est lui aussi passé au studio. Le titre de vainqueur te permet d’avoir une vraie légitimité. C’est une expérience géniale dans tous les cas. Que tu gagnes ou pas, tu mets un pied dans le monde professionnel de la musique. Tu te fais valider.

Eesah Yasuke


Les candidatures pour l’édition Buzz Booster 2022 sont ouvertes jusqu’au 31 Janvier. Inscription en cliquant ICI.

Le.la gagnant.e remporte : 15 000 €, une tournée et deux semaines de studio chez Red Bull avec un contrat de distribution et une visibilité dans les médias partenaires.


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Naïri Zadourian, la revanche d’une brune

À bientôt 30 ans, Naïri Zadourian a la carrière dont n’osent même pas rêver tous les jeunes diplômé.e.s de l’examen du barreau. Un an seulement après l’obtention de son diplôme, cette avocate croule sous les dossiers. Elle a ouvert son propre cabinet et a dû engager un collaborateur. En cause : une forte exposition médiatique liée au dossier du rappeur DA Uzi dont elle s’est saisie en mai 2021. En parallèle, Naïri Zadourian ne cache pas un tempérament emprunt d’humour et de franc-parler qu’elle affiche sans complexe sur Twitter où elle cumule des milliers d’abonné.e.s. Avocate atypique dans le milieu de la justice, elle s’est confiée à Mosaïque. Portrait.


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«T’as des beaux yeux mashallah. On y voit le paradis, ça veut dire qu’on va se revoir », lance un passant à Naïri Zadourian alors que nous sommes assis.e.s à un café de Bobigny, à deux pas du palais de justice. Ce jour là, le soleil a décidé d’éclairer les grands yeux bleu azur de l’avocate. Son audience est à 13 h 30 mais Naïri est sur place depuis 10 h 30. Afin d’anticiper le moindre accroc. Le jour de notre rencontre, elle se présente avec une chaleur naturelle et deux cafés à la main. Au passant qui la complimente et se présente comme le « messi », elle répond de ce ton spontané qui fait sa réputation : « Merci pour les buts ! ».

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Cette grande brune à la voix grave ne rate jamais une occasion de faire rire ceux et celles qui l’écoutent. Comme sa meilleure amie Adélaïde : « Je la connais depuis sept ans. Elle a toujours eu ce coté humoristique, un peu piquant. C’est ce qui a fait qu’on s’entendait bien. Mais elle est très sérieuse professionnellement. C’est aussi sa manière de décompresser. »

Un trait de personnalité qui lui vaut d’être suivie par des milliers de personnes sur Twitter. Et le compteur s’est envolé lorsqu’elle s’est saisie du dossier du rappeur DA Uzi. En quelques tweets, elle double son nombre d’abonné.e.s, passant de 17 000 à 34 000 followers.

DA Uzi : l’affaire d’une vie

Un soir banal dans la vie d’une avocate qui débute, Naïri Zadourian reçoit en mai 2020 le dossier qu’un ami lui transmet. DA Uzi a été arrêté pour détention de stupéfiants et d’armes. Elle se souvient : « Je le connaissais de nom. Avant de prendre en charge l’affaire, je suis allée voir qui je défendais. Parce quentre DA Uzi, Uzi, Lil Uzi Vert, je ne savais plus qui était qui (rires). Mais surtout, rappeur ou pas rappeur, je men fichais. » Attachée à chacun de ses client.e.s qu’elle appelle ses « petits chats », Naïri cherche à les comprendre pour mieux les défendre, convaincue que « l’être humain n’est ni mauvais ni bon ». Elle décide donc de représenter l’artiste à la barre et obtient sa relaxe, le 31 mai, pour vices de procédure.

Quand tout le monde me disait : « s/o Naïri », je ne comprenais pas ce que ça voulait dire.

Naïri Zadourian pour Mosaïque.

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L’avocate se souvient : « Dans sa tête, DA Uzi allait retourner en prison. Jétais assise. La présidente dit le mot « relaxe ». Je lève les yeux au ciel en me disant : « Tu las fait bordel ». Je me retourne pour vérifier quil a compris. Il était un peu sonné. » Un mot : « relaxe ». S’il permet à DA Uzi de reprendre le cours de sa vie, il s’apprête à faire basculer celle de Naïri. Fière de son succès, elle répond sur Twitter au drilleur Freeze Corleone qui réclamait la libération du rappeur de Sevran. « C’est fait », écrit-t-elle.

À son tour, il répond : « Merci beaucoup Madame ». Une pluie de remerciements s’abat sur la jeune femme. « Quand tout le monde me disait : « s/o Naïri », je ne comprenais pas ce que c’était. » Le rap game s’empresse de la féliciter. De Mister You à Aya Nakamura en passant par Sadek qui lui glisse : « J’espère que petite pénaliste deviendra grande. » La semaine suivante, elle déjeune même avec DA Uzi et Ninho pour célébrer sa libération et poste une photo sur les réseaux sociaux.

« Je suis une jeune femme issue de limmigration. La cible facile »

Très vite, les retombées se font moins joyeuses. Pendant des mois, Naïri Zadourian est cyberharcelée par des internautes issu.e.s des mouvances d’extrême droite : insultes racistes, sexistes, antisémites, menaces de mort et de viol… Elle raconte : « Avec cette affaire, ce qui ma fait bader ce ne sont pas les insultes. Jai lhabitude et je m’en branle, mais cest lexposition. Cest la première fois de ma vie que je sortais dans la rue et que les gens me reconnaissaient. »

Parfois, Naïri Zadourian craint pour sa sécurité. Un soir à son cabinet, quelqu’un se met à tambouriner sur la porte de son cabinet après l’avoir suivie. « Jusquà aujourd’hui, je reçois encore des messages donc sur le moment c’était terrible. Je me suis rendue compte en pleine soirée, un samedi soir avec des potes, que ça maffectait. Jai eu dun coup une boule au ventre, le cœur serré, les larmes aux yeux. Je suis allée pleurer dans la chambre dun de mes potes. Parce que je ne savais plus quoi faire de ces insultes, de cette exposition. »

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« On a essayé de me faire regretter ma manière de communiquer. Mais ce n’est pas parce que je réponds à un tweet de Freeze Corleone que je mérite ça. »

Naïri Zadourian pour Mosaïque.

Son collaborateur Vincent Nativi l’a vécu à ses côtés : « Cest là ou je me suis rendu compte de la force du harcèlement. Elle me disait avoir besoin de déconnecter parce que c’était violent pour elle. » Lorsqu’on lui demande si elle regrette, sa réponse est sans appel : « Je ne regretterai jamais de ma vie davoir obtenu la libération dun gars. On a essayé de me faire regretter ma manière de communiquer. Mais ce n’est pas parce que je réponds à un tweet de Freeze Corleone que je mérite ça. » 

La jeune femme pointe aussi du doigt ce qu’elle incarne : « Quand Éric Dupond-Moretti prenaient des photos avec ses clients : Benzema ou Balkany ou quand Maître Ruben allait sur Skyrock pour parler de Fianso… Ils n’ont jamais pris le quart des insultes que jai reçues. Pourquoi ? Parce que je suis une jeune femme issue de limmigration. La cible facile. »

La vocation de la justice

Naïri ne compte pas pour autant se retirer du réseau à l’oiseau bleu, là où depuis des années elle tweete « dès qu’elle pense à un truc ». « J’aime cette instantanéité. Aujourd’hui, je peux autant faire un tweet sur l’état de droit que sur le dernier album d’Hamza et avoir la même quantité de réactions. »

Même si elle regrette que l’exposition engendre des responsabilités indésirées. « Parce que je suis d’origine arménienne, on me demande de prendre position. Certaines personnes de la communauté arménienne sont dextrême droite. Sauf que nous sommes héritiers dun génocide arménien qui a été rendu possible à cause des nationalistes dextrême droite. Pour moi cest une honte absolue quon se permette de cautionner les idées de nos génocidaires. Quand jouvre ma gueule sur ce sujet, les gens de la communauté sont les plus virulents auxquels jai eu affaire sur ce réseau. On ma demandé de changer de nom de famille, on a demandé des comptes à mes parents… »

D’une mère libanaise et d’un père iranien, la petite Naïri veut devenir avocate depuis l’âge de 8 ans. « Mon grand frère faisait beaucoup de bêtises et quand mes parents lengueulaient, ça me faisait mal au cœur. Je trouvais ça injuste. Je prenais sa défense et ma mère hurlait : « Tes pas lavocate de ton frère ! ». Issue d’une famille d’immigré.e.s, le métier d’avocat incarne la réussite selon elle : « Mes parents voulaient que je fasse ce travail. Cest un peu le fantasme de tous les immigrés. Que leurs enfants aient un meilleur niveau de vie qu’eux. Ils avaient un peu peur pour moi mais maintenant ça va. Par contre à chaque fois que je leur dis que je vais en taule, ma mère est en arrêt cardiaque (rires). »

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Ce qui me faisait beaucoup de mal quand je grandissais, c’était de regarder les médias et autres dépeindre les mecs de cité comme des animaux. Je le prenais personnellement.

Naïri Zadourian pour Mosaïque.

Très vite, celle qui grandit à Meudon-la-Forêt, Nanterre puis Saint-Denis se met également en tête de défendre ses ami.e.s : « La banlieue, je l’ai côtoyée et je la côtoie toujours. Ce qui me faisait beaucoup de mal quand je grandissais, c’était de regarder les médias et autres dépeindre les mecs de cité comme des animaux. Je le prenais personnellement. Un jour, jai vu l’un de mes potes se prendre une clé de bras par un mec de la BAC devant une boîte. Il était en train d’étrangler mon pote. Il disait : « Je desserre pas tant que tu te calmes pas ». Et mon pote disait : « Je me calme pas tant que tu desserres pas ». Du coup, on fait quoi ? Depuis ce jour-là, je me suis dit hors de question que je laisse faire. C’était lun de mes déclics. » 

C’est chose faite. Après l’affaire DA Uzi, elle a pu ouvrir son propre cabinet. Fait rare à seulement un an de barre : la jeune avocate croule sous les demandes et peut même se permettre de refuser des dossiers. Des journées effrénées qui ne surprennent pas sa meilleure amie. Adélaïde l’a toujours vu courir après le temps : « Même quand elle ne travaillait pas, elle était quand même surbookée. Elle a toujours été à 100 à lheure. C’est quelqu’un d’hyper volontaire. »

Un succès mérité

Pour tenir le rythme, elle s’est offerte les services d’un collaborateur. Vincent Nativi a prêté serment la même année qu’elle : « On travaille ensemble principalement grâce à cette affaire DA Uzi qui lui en a apporté dautres, cest leffet boule de neige. C’était impressionnant. On a la chance de pouvoir choisir nos missions et cest formidable au stade de nos carrières. Au quotidien, Naïri est exigeante. On a la même vision de la profession, on ne se permet pas de faire le travail à moitié. »

Un succès qui sonne comme une justice pour celle qui confesse que le film « La revanche d’une blonde » a marqué sa vie. Elle considère sa situation comme un digne retour des choses, après de mauvaises expériences : « Il y a deux ans à l’école davocats, j’étais qualifiée pour un concours de plaidoirie pour représenter mon école à la finale et des filles ont été dire au directeur d’école que je harcelais des élèves. Sans preuve, sans rien, on ma disqualifiée et on ma menacée de poursuites disciplinaires et pénales. C’était l’une de mes anciennes meilleures amies. J’ai passé 6 mois sous antidépresseur tellement c’était injuste. Et me dire quun an après, on ne parle que de moi, jespère que ça leur fait les pieds. » 

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Aujourd’hui encore, elle se sent « isolée » dans le milieu des avocats : « Heureusement quil y a les jeunes confrères qui me soutiennent. Cest un peu injuste de dire ça parce que quand je me suis faite harcelée, jai eu le soutien de toute la profession. Mais dans lexercice quotidien, ce nest pas pareil. » Un sentiment que partage celui qui travaille à ses côtés, Vincent Nativi : « Elle a une carrière qui est bien plus en avance quun avocat normal, donc il y a la peur de ne pas être considéré, dapparaître comme le nouveau et de devoir montrer que tu es là et que tu mérites. »

Le syndrome de l’imposteur

Malgré la réussite, la jeune femme manque encore de confiance en elle : « Jaurai le syndrome de limposteur toute ma vie. Je pense que quand j’étais jeune dans ma famille, on ma beaucoup rabaissée. Mes grands cousins, mes grands frères avaient toujours lhabitude de me dire que je ne valais rien, que je ne pouvais pas parler sans diplôme. Jai presque eu le droit à la parole dans ma famille quand jai obtenu ma licence. Maintenant, je n’arrive pas à être fière de moi sans quon me donne une raison de l’être. »

Gênée devant notre caméra, l’avocate explique détester prendre la pose et ne jamais se trouver jolie sur les photos. Alors qu’elle parle pendant le shooting pour se détendre et détourner son attention de l’objectif, elle avoue sa « peur de la mort, de la vieillesse, de la solitude, de tout ce qui fait souffrir ». Tout en s’inquiétant d’avoir bientôt 30 ans en juillet prochain. Mais Naïri a le charme de l’humour immortel et n’oublie jamais de nuancer ses craintes avec un goût insolent de la formule : « Je suis vieille mais intemporelle. »


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Rencontres Témoignages

Parole de compositeur : « On bafoue nos droits, mais on n’en parle pas »

Rim’K, Dadju, Leto, Vegedream… La liste des collaborations de Béni Bass est longue. Ce producteur de Vitry-sur-Seine vibre pour le son depuis ses premiers pas et s’est professionnalisé à l’adolescence. Désormais devenu un compositeur aguerri de 26 ans, il se confie pour la première fois sur ses mauvaises expériences avec une industrie musicale pas toujours tendre. Entre naïveté et désillusions, il veut dénoncer et prévenir.


Avant de vous plonger dans les mots de Béni Bass, merci de soutenir Mosaïque ! En nous lisant, vous soutenez un journalisme rap indépendant. Vos lectures et vos partages sont notre soutien le plus essentiel. N’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, et à recommander Mosaïque autour de vous !


« À McDo, on ne voit jamais celui qui fait le sandwich, mais toujours celui qui te le vend. Pour les compositeurs en France, c’est pareil. C’est le mec qui est caché dans la cuisine. Celui dont on ne parle pas beaucoup, qu’on crédite seulement de temps en temps et dont on profite. Tous les compositeurs se mangent des carottes en début de carrière, on est très naïfs, mais on en parle pas. Aujourd’hui, je vis de ma musique et je pense avoir compris les ficelles de cette industrie qui abuse de son pouvoir. Il est grand temps de faire de la prévention.

Il faut que les beatmakers qui se lancent se protègent et se renseignent sur leurs droits. Même si au début, c’est souvent David contre Goliath. Je m’explique. En 2019 par exemple, j’ai envoyé une palette d’instrumentales à un artiste, une des têtes d’affiche du rap français. Sur mes dix prods, sept ont été retenues. On m’a ensuite demandé si j’avais un éditeur. Son équipe m’a expliqué que ça ne serait pas possible de bosser avec moi si j’étais édité parce qu’ils voulaient empocher mes droits d’édition. Pour qu’en cas de single d’or, ça soit le jackpot pour eux. 


Qu’est-ce que l’édition ? Mosaïque vous explique !

Après la confection d’une œuvre musicale, pour pouvoir percevoir ses droits d’auteurs, il faut la déposer à la Sacem (La Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique). L’œuvre permet de percevoir deux types de droits : les droits d’auteur-compositeur (qu’on appelle les droits d’auteur) et les droits éditoriaux. Mais il est possible que l’auteur-compositeur puisse céder la totalité ou une partie de ces parts éditoriales à un éditeur. Cette société est en charge de promouvoir l’œuvre, de lui faire générer des revenus (diffusion en radio, en playlist, en faire faire une reprise par un interprète, la placer dans des films, des publicités, etc.).

Un contrat est dressé entre l’auteur-compositeur et l’éditeur et les revenus générés par l’œuvre sont donc repartis entre les deux (50 % minimum pour l’auteur-compositeur et la part de l’éditeur est variable selon le contrat et les exploitations). Les producteurs indépendants qui s’éditent par eux-mêmes, comme c’est le cas pour Béni Bass, gardent leurs droits éditoriaux. Et c’est cette partie que certaines maisons d’édition (appartenant à de grands groupes de l’industrie musicale) tentent de récupérer pour augmenter leur profit sur un single.


« Avant d’être des techniciens, on est des passionnés qui travaillent dur »

Ils tentent cette « manipulation » sur des mecs indépendants qui, comme moi, s’auto-éditent et peuvent choisir à contrecœur de renoncer à leurs droits en échange de placer des prods (tant bien que mal), parce que c’est un rappeur qui vend. À cette proposition, j’avais répondu non. Mais au début, je n’avais pas le choix que d’accepter pour pouvoir progresser et avancer. Et au bout d’un moment j’ai dit stop. Ils essayent de récupérer l’argent là où ils peuvent. C’est dur de tenir pour ceux qui ont leur propre structure. Parfois, même avec de la volonté, on est sans défense face à des abus de pouvoir. 

C’est décourageant. Il m’est déjà arrivé plusieurs fois d’avoir été volé par des labels. J’envoyais quelques prods pour un rappeur, on m’expliquait que finalement ça ne convenait pas et je m’apercevais à la sortie du morceau que toute mon instru avait été reprise. Seuls quelques éléments sonores avaient été changés et un autre compositeur était crédité à ma place. Ça m’est arrivé sur deux titres, depuis certifiés single d’or. Mais quand tu vas te plaindre, c’est déjà trop tard. C’est le premier qui dépose à la Sacem qui gagne. Avant d’être des techniciens, on est des passionnés qui travaillent dur.

Compositeur Compositeur Compositeur

Le beatmaker est tellement peu pris au sérieux qu’on peut facilement se permettre de bafouer ses droits. Le beatmaker, quelles que soient ses capacités ou sa notoriété, n’est pas considéré à sa juste valeur. Surtout par ignorance. On enseigne peu le beatmaking. Il y a des conférences, des interventions, mais pas de vrai apprentissage.

Et d’ailleurs, ce terme : « beatmaker » en est même devenu réducteur. On pense tout de suite à un geek derrière sa machine, gros casque sur les oreilles, qui ne se sert que d’une souris et hop, il nous pond le hit de l’été. Alors que nous sommes des musiciens, des artistes-compositeurs à part entière qui jouent un rôle majeur dans la création d’une œuvre.

« À tous ceux qui se lancent : renseignez-vous »

En France, il faut avoir placé des prods pour de grands noms pour être reconnu, ne serait-ce qu’un petit peu. Et malgré ça, c’est toujours une galère pour être crédité sur les pochettes de CD physique par exemple. Mais certains le font très bien et on progresse ! Je voyais récemment Guy2Bezbar dévoiler sa tracklist dans une animation vidéo où chaque compositeur était mentionné. C’est un beau move dont il faut s’inspirer.

Et je parle de la France, mais on voit bien la différence de considération avec l’étranger. Les compositeurs y sont plus mis en valeur, ils apparaissent même dans les clips et ils ne sont pas furtifs. À tous ceux qui se lancent : renseignez-vous, documentez-vous, lisez. On ne peut pas toujours compter sur les autres. Et surtout, le monde est méchant. Mais on n’arrête jamais d’apprendre.»

– Béni Bass pour Mosaïque

Vous êtes auteur-compositeur et vous voulez vous renseignez sur vos droits ? Rapprochez-vous de la Guilde des artistes de la musique (GAM) ou du Syndicat national des auteurs et des compositeurs (SNAC).


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