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La sélection Mosaïque du mois de novembre

La fin de l’année approche et les artistes se pressent pour sortir leur projet avant l’arrivée de 2022. Le rap français continue donc d’être prolifique en ce mois de novembre, marqué par la sortie très attendue du quatrième album d’Orelsan : « Civilisation ». Mais d’autres projets se sont démarqués par des retours réussis dont ceux de BEN plg et EDGE. Le mois de novembre est aussi celui des premiers albums pour la rappeuse ivoirienne Andy S, le drilleur Ziak et l’homme de l’ombre Sheldon. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection du mois de novembre. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.


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« Spectre » – Sheldon – 5 novembre 2021

Après « Lune noire » et sa narration immersive, après les conceptuels « RPG » puis « FPS »… Sheldon a fini par accoucher de son premier album, « Spectre », disponible depuis le 5 novembre. Dans ce projet introspectif, le taulier de la 75ème Session renonce à raconter l’histoire d’autrui pour se recentrer sur lui-même. À commencer par sa relation sentimentale qu’il dépeint notamment dans l’expérimental Mon amoureuse. Le MC soigne davantage ses mélodies qu’il accompagne de nombreuses productions léchées, de l’épique No go zone à l’apaisant Caverne. Côté invité.e.s, Sheldon reste dans l’authenticité, toujours entouré de sa team. En témoigne encore une nouvelle collaboration avec M le Maudit, mais aussi la présence de Zinée et Shien, nouveaux visages de la 75ème Session. Mention spéciale également à Top boy en featuring avec Isha, une nonchalante et précise démonstration de kickage. Sheldon se met enfin en avant et continue de la jouer collectif.

– Alexis Pfeiffer

« Akimbo » – Ziak – 12 novembre 2021

Le premier projet de Ziak sonne comme celui de la confirmation. Lancé à toute vitesse sur la vague de succès de ses premiers singles, « Akimbo » compose avec le meilleur du rappeur d’Évry, tout en nous proposant une nouvelle gamme de sonorités jusqu’alors inexistante de son panel stylistique. L’album est implanté sur les bases de ce qui fait le succès de Ziak : un ton haché et répété en fin de rimes, basé sur un flow minimaliste visant à davantage pousser l’efficacité de ses couplets. Si l’univers sombre et violent de l’artiste est respecté, le rappeur profite de ce long format pour étendre son univers musical. Le morceau Shonen en est l’exemple parfait, dans lequel l’artiste s’essaye pour la première fois à un ton plus introspectif. Plusieurs instrus marquent également l’esprit de l’album, notamment celle de Lahuiss, imprégnée de sonorités vintage et du flow old school du rappeur. Après seulement deux ans sur le devant de la scène drill francophone, Ziak parvient à nous proposer un premier projet cohérent. L’ensemble est relevé par une production renouvelant la proposition musicale de l’artiste et anticipant une possible redondance lors de l’écoute. Deux personnes sont à remercier : Focus Beatz et Hellboy, présents derrière la quasi-totalité des prods de l’album. 

– Marius Sort

« Coco Jojo » – Guy2Bezbar – 19 novembre 2021

À 23 ans, le rappeur de la Goutte d’or sort « Coco Jojo », l’aboutissement d’un élan d’énergie plein de spontanéité. Les dix-huit titres semblent avoir été enregistrés en une prise et l’ancienne recrue du Paris FC complète les instrumentales avec aisance. Ses feats explorent la funk, des sons plus mélodieux ou de la trap aux côtés de Hamza ou encore ZKR. Les influences du rap de Jay-Z ou Fabolous sur GDB se ressentent dans sa collaboration avec Jvnior Bendo et Rapi Sati (Dix-Huit). Sur ce projet, le rappeur respire une nonchalance appréciable à travers les différentes énergies qu’il transmet. Sur le morceau drill, Ça va commencer ici, il chuchote : « Ça bouge pas j’me lève tôt, j’me couche tard, j’vais au bon-char », en ajoutant des gimmicks très rythmés, sa marque de fabrique. De quoi faire se lever et danser une foule. Guy2Bezbar prouve avec « Coco Jojo » qu’il est entré dans le game pour en faire une mise à jour. Si vous avez l’habitude d’une structure musicale couplet-refrain-couplet-refrain, il vous faudra quelques écoutes pour vous adapter. 

– Charlotte Joyeux

« Civilisation » – Orelsan – 19 novembre 2021

Orelsan va bien, Orelsan va mieux. Sa hargne qui résonnait au plus fort de sa carrière dans le morceau San s’est dissipée pour laisser place à de l’apaisement et à des réflexions davantage tournées vers les autres et le monde qui l’entoure. Si le disque n’est pas sans quelques aspérités, il relate avec authenticité la vie d’un artiste accompli de 39 ans qui ne cesse de changer. Ce quatrième opus est un défi de taille et heureusement, le Caennais raconte toujours aussi bien les histoires et a su renouveler son discours.

Mais le tour de force vient surtout de l’instrumentalisation du disque. Avec Skread et Phazz, Orelsan multiplie les prises de risques sur des productions tantôt drill, tantôt disco, ou sur des nappes de synthétiseur vintage et des envolées électroniques audacieuses. « Civilisation » est moderne. Le rappeur dépoussière sa formule en développant son sens de la mélodie. L’ensemble forme une bande son cohérente, maîtrisée sur le bout des doigts, avec des faiblesses qui lui ressemblent tout autant.

– Thibaud Hue

« Exousia » – Andy S – 26 novembre 2021

Figure émergente du rap ivoirien, Andy S a grandi à Abidjan et sort sa première mixtape à 24 ans. Le projet est intitulé « Exousia », un mot grec ancien utilisé dans la bible et qui signifie : « Le pouvoir de choisir, liberté de faire ce qui plaît. » Une définition qui colle à la peau de son rap insolent et libre. Dans ses textes comme dans la vie, elle milite pour donner plus de place aux femmes dans le rap et se présente avec une touche d’égotrip dès l’intro de son projet comme « l’avenir de la Côte d’Ivoire, mais le public est en retard ». Sur sa première mixtape, elle invite plusieurs artistes dont la rappeuse française Vicky R sur le morceau Rap décalé. Tout au long des neuf titres, l’artiste dévoile toutes ses qualités de kickeuse sur des instrus trap mais aussi drill à l’image du titre éponyme Exousia en featuring avec l’artiste ghanéen, Reggie. Ambitieuse et déterminée, Andy S n’hésite pas à le clamer haut et fort : le meilleur rappeur de Côte d’Ivoire est une rappeuse. 

– Lise Lacombe

« Parcours accidenté » – Ben plg – 26 novembre 2021

Un an après « Dans nos yeux », le ton grave de BEN plg se réfugie toujours dans une émanation de noirceur et s’inscrit dans la teinte générale de ses précédents opus. Son deuxième album, « Parcours accidenté », c’est le caractère brumeux des habitant.e.s de Phalempin (cité de Lille d’où est originaire BEN plg, NDLR), l’exacerbation d’un quotidien en proie au désespoir. Observateur de son environnement social, Ben Plg se métamorphose en reporter et fige avec compassion l’image d’un milieu nordiste sclérosé. Il rapporte les douleurs et les peines de son temps avec une introspection empreinte au rap dans lequel il a baigné, avec des influences rappelant Nessbeal ou Salif. Malgré une teinte musicale difficile à cerner, il parvient à émouvoir, mais le caractère tâtonnant de certaines prises de risques freine l’immersion dans cet album à la production pourtant riche. Certaines phases aux allures criardes comme dans Tous les jours réside davantage dans leur fond que dans une forme maladroitement exécutée. En dépit de certaines fulgurances, BEN plg tombe alors parfois dans la même porosité musicale que le quotidien qu’il souhaite mettre en lumière. Retrouvez la semaine prochaine sur notre site notre entretien avec le rappeur !

– Cédric Rossi

« OFFSHORE » – EDGE – 26 novembre 2021

Difficile de croire que « OFFSHORE » n’est que le deuxième projet solo d’EDGE, tant le résultat est abouti. Après sa mixtape « OFF » et le projet commun « Private club » avec Jazzy Bazz et Esso Luxueux, le rappeur affirme toutes ses qualités au travers des quatorze titres de « OFFSHORE ». Qu’il soit seul ou accompagné de la crème de la scène émergente (La Fève, Jäde, Lowssa…), le rappeur du XIXe se découvre et propose de nouvelles musicalités. Comme sur 20 000, sur lequel, il découpe une instru 2-step dans les règles de l’art, avec nul autre qu’Alpha Wann pour acolyte. Ou bien sur Palace où il signe une performance surprenante aux côtés de l’envoûtante Jäde. Mais le projet dans sa globalité reste tout de même fidèle à son ADN. Dans une atmosphère sombre et nocturne, le co-fondateur de Goldstein Records y raconte les Schémas monotones, desquels il essaye de sortir. Lors de notre entretien avec l’artiste, il s’est confié sur son rapport au temps : « Le temps me fait peur parce que c’est l’inconnu. C’est l’inconnu du futur mais aussi les maux du passé. » L’interview intégrale est à retrouver sur notre site la semaine prochaine. En attendant, de l’intro à l’outro, les textes introspectifs et les ambiances maîtrisées d’EDGE arriveront à en toucher plus d’un. 

– Arthur Deux


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« Civilisation » – L’avis de la rédaction

Avec « La fête est finie », Orelsan mettait fin à un cycle artistique en trois étapes. Celui d’un adolescent tourmenté, devenu un jeune adulte face à ses responsabilités, pour enfin grandir avec nostalgie et trouver l’amour. Quatre ans plus tard, l’artiste a encore changé de vie et raconte de nouvelles histoires. Une semaine après la sortie de « Civilisation », le disque réalise une sortie historique, devient disque de platine et déchaîne les passions. Le rappeur caennais a-t-il su se renouveler suffisamment pour ouvrir une nouvelle page de sa carrière ou y mettre un terme ? La rédaction de Mosaïque a planché sur ce nouveau projet et donne son avis.


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« Orelsan multiplie les prises de risques »

Orelsan va bien, Orelsan va mieux. Sa hargne qui résonnait au plus fort de sa carrière dans le morceau San s’est dissipée pour laisser place à de l’apaisement et à des réflexions davantage tournées vers les autres et le monde qui l’entoure. Si le disque n’est pas sans quelques aspérités, il relate avec authenticité la vie d’un artiste accompli de 39 ans qui ne cesse de changer. Ce quatrième opus est un défi de taille et heureusement, le Caennais raconte toujours aussi bien les histoires et a su renouveler son discours. Mais le tour de force vient surtout de l’instrumentalisation du disque. Avec Skread et Phazz, Orelsan multiplie les prises de risques sur des productions tantôt drill, tantôt disco, ou sur des nappes de synthétiseur vintage et des envolées électroniques audacieuses. « Civilisation » est moderne. Le rappeur dépoussière sa formule en développant son sens de la mélodie. L’ensemble forme une bande son cohérente, maîtrisée sur le bout des doigts, avec des faiblesses qui lui ressemblent tout autant.

– Thibaud Hue

« Le problème vient de ses expérimentations vocales et mélodiques »

Les attentes étaient fortes autour de ce quatrième album et force est de constater que je suis déçu. En témoigne la difficulté que j’ai eue à me replonger dans le projet pour préparer cette chronique. Pourtant, le message global de l’album me parle beaucoup. Orelsan n’a pas perdu son incroyable capacité à retranscrire les errances d’une génération, à synthétiser les incohérences d’un peuple. Après deux années de pandémie et dans un climat social tendu, « Civilisation » est en phase avec son environnement. L’album balaie différents thèmes tout en y apportant son traditionnel cynisme et son autodérision. Reflet de son époque, il flirte aussi bien avec les remarques boomer qu’avec les messages révolutionnaires. Mais le problème ne vient pas de ses textes même si certains morceaux sonnent vraiment creux comme la collaboration inutile avec Gringe. On était en droit d’attendre mieux qu’un épisode mal écrit de « Bloqués » pour un featuring intitulé Casseur Flowters Infinity. Non, le problème vient de ses expérimentations vocales et mélodiques. Orelsan est un très bon rappeur, on ne peut malheureusement pas en dire autant de ses qualités au chant. Beaucoup trop de refrains chantonnés avec une voix aiguë difficile à soutenir m’ont fait sortir de morceaux pourtant pas si mauvais comme Jour meilleur. Mais la déception n’est pas totale grâce notamment au morceau Manifeste. Un exercice de style maîtrisé à la perfection, un storytelling poignant, immersif et sincère. Un message politique fort et un texte rappé sur une magnifique instru minimaliste et progressive de Skread. Du Orelsan comme on l’aime.

– Robin Spiquel

« Son quotidien n’a plus rien à voir avec celui qui avait Peur de l’échec »

Et de quatre. Orelsan, Aurélien ou Orselane est de retour avec « Civilisation », son quatrième album. Selon l’artiste normand, « c’est un album sur ma meuf et la société ». À l’instar d’Épilogue, Orelsan se dévoile davantage sur sa relation amoureuse avec les morceaux Ensemble et Athéna. Des textes imbibés d’amour qui marquent une rupture avec le rappeur de Double Vie ou Finir Mal. Pour certains, ce nouvel opus est décevant, voire trop lisse. Beaucoup pensaient trouver en « Civilisation » une réplique parfaite du Orelsan du début qui parle de ses Soirée[s] Ratée[s], de ses nombreux loupés avec les filles ou encore de ses aventures de jeune adulte avec ses potes de Caen. Ce qu’il faut avoir en tête en écoutant ses nouveaux titres, c’est le changement. Comme le rappeur Sofiane le soulignait à Mehdi Maïzi dans l’émission « Le Code » d’Apple Music : « Il faut être cohérent avec ce que tu vis et qui tu es […], je peux pas avoir le même discours dans mes chansons qu’un mec de 18 ans ». C’est alors tout naturellement que des morceaux comme Baise le monde ou Manifeste ont pris leur place sur le disque. Ses références sont différentes car son quotidien n’a plus rien à voir avec celui qui avait Peur de l’échec.

– Imane Lyafori

Oscillant entre fatalisme et regard bienveillant sur le passé, le rappeur à la mèche blanche soulève les questions auxquelles il apporte ses propres réponses au fil du temps.

Maxime Guillaume sur « Civilisation »

« Une ambiance musicale parfois contradictoire avec les idées exprimées »

Dans un tourbillon de flammes, Orelsan s’entoure d’une bulle d’eau, hermétique à la chaleur extérieure. Le sensei normand nous entraîne dans une promenade urbaine et temporelle où la civilisation humaine se présente sous ses meilleurs jours, mais aussi ses pires. Ses meilleurs, par la description de l’importance vitale qu’occupent ses proches dans sa vie et son équilibre. Ses pires, par la mise en exergue de l’anarchie continuelle dans laquelle se situe la société observée. Le flegmatique lyriciste exprime ses émotions et ses failles, le tout enrobé d’une ambiance musicale parfois contradictoire avec les idées exprimées. Oscillant entre fatalisme et regard bienveillant sur le passé, le rappeur à la mèche blanche soulève les questions auxquelles il apporte ses propres réponses au fil du temps. Finalement, dans tout cet environnement à la rationalité relative, le plus important reste de garder une lumière à laquelle se référer pour avancer. Après trois projets à retracer sa vie, il semblerait bien que « tout se transforme, mais rien ne se perd ». 

– Maxime Guillaume


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La sélection Mosaïque du mois d’octobre

Le mois d’octobre marque le retour d’une actualité chargée pour le rap français. Pendant que So La Lune et Bakari continuent d’être prolifiques, Sopico fait un retour attendu avec l’album « Nuages ». Pour les rappeurs du nord de l’île-de-France, ce fut l’heure des grandes premières sorties d’albums comme Cashmire avec « 018 » ou encore Olazermi avec « OTCHO ». Certains ont également joué collectif comme les producteurs du Blaze sur « La Tape » qui invite la scène rap émergente. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection du mois d’octobre. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.


« La Tape »
 – Le Blaze – 13 octobre 2021

Si le collectif de beatmakers Le Blaze se forme en 2018, il aura fallu attendre le mois d’octobre 2021 pour goûter les premiers fruits de leur collaboration. Sur « La Tape », huit producteurs s’alignent pour porter les voix d’une génération émergente, encore en pleine éclosion. Tous ont synthétisé l’essentiel de leur proposition sur des productions sur-mesure. La Fève et Malo baladent un flow assuré sur des percussions légères pendant que Khali et DMS croisent le fer sur un passe-passe électrique. De bout en bout, l’ADN du casting couplé aux prods sophistiquées suffisent à mettre sur pied une direction artistique cohérente. Un premier jet qui révèle l’aisance de cette next gen à fusionner les énergies d’interprétation et de composition.

– Thibaud Hue

« Nuages » – Sopico – 15 octobre 2021

Avec ce premier album, Sopico nous plonge dans un univers composé de notes de guitares et de textes délicatement chantés. L’artiste de 25 ans signe son retour avec « Nuages », un projet travaillé qui reste en adéquation avec son ADN : une guitare et des textes délivrés sans fioritures. S’il rappelle son précédent EP « Ëpisode 0 », « Nuages » apporte de nouvelles couleurs. À travers ces treize titres, Sopico explore davantage sa musicalité. Avec Slide, les sonorités percutantes de la guitare électrique embarquent l’auditeur dans un trailer à la James Bond. Sur le morceau Hier, le jeune artiste emprunte les notes du Luth, un instrument de musique très utilisé en Afrique du Nord. Ce nouvel opus offre des transitions qui viennent habiller le projet. Une manière d’apporter de la structure tout en racontant une histoire. Une nouvelle fois, Sopico (ou « So » comme il se surnomme) affirme son style tout en réussissant à susciter de l’intérêt chez son public.

– Imane Lyafori

« Sur écoute : Saison 3 » – Bakari – 22 octobre 2021

Il y a quelques jours, Bakari s’est produit en concert au C12 de Bruxelles, une salle normalement utilisée pour les soirées techno. Force est de constater que sur scène comme dans ses projets, l’artiste croit en sa proposition musicale. Une confiance que l’on retrouve tout au long de son dernier EP « Sur Écoute : Saison 3 ». Sur ce troisième volet, le jeune rappeur affine son identité musicale en jouant avec les codes lyricales du rap français actuel sur un fond mélodique. De fait, mélo semble être le mot d’ordre pour le rappeur liégeois, surtout sur le morceau Commando, en featuring avec son homologue belge Tawsen. Le morceau est produit par l’un des collaborateur.rice.s les plus intimes d’Aya Nakamura, Ever Mihigo, montrant les échelons qu’il a pu gravir depuis la sortie de son premier EP. La vraie question reste maintenant de savoir si Bakari arrivera à rester mélodieux tout en racontant d’autres histoires ? Espérons entendre la réponse à cette question dans le futur, sur une scène plus grande qu’une salle de techno bruxelloise.

– Lukas Taylor

« 1ère faille (L’Afar) » – So La Lune – 22 octobre 2021

Après « Orbite », « Théia », « Satellite naturel » et « Apollo 11 », des EP sortis en 2021, le prolifique So La Lune revient avec « 1ère Faille (l’Afar) ». Si l’astre lunaire était au cœur de ses derniers projets, l’artiste originaire de Lyon et des Comores s’en éloigne cette fois en faisant référence à l’Afar, région basse et volcanique située en Éthiopie dans laquelle se trouvent de nombreuses failles. Comme un clin d’oeil à la fameuse « fissure de vie » que l’artiste raconte et met en scène tout au long de sa discographie.

Loin d’être répétitif, ce nouvel EP offre davantage de portes d’entrée dans l’univers de l’artiste. Dans Afar, So La Lune pose sur une instrumentale de Vrsa Drip aux sonorités drill et raconte sa « maladie qu’j’traîne dans le vide ». Cet EP est aussi l’occasion de découvrir différemment la voix de So, d’habitude reconnaissable entre mille, sur le titre Promesse. Comme il le confiait il y a quelques mois en interview, l’artiste envisage prochainement de sortir un projet plus conséquent, et ne s’en cache pas dans le titre Montana : « Fissure de vie bientôt sur CD ».

– Emma Jacob

« OTCHO » – Olazermi – 29 octobre 2021

Avec « OTCHO », Olazermi démontre toutes ses capacités par l’utilisation de sa voix grave et menaçante sur des productions sombres et crues, mais teintées d’une recherche de technicité et d’innovation. L’EP, produit par Ikaz Boi, ne sonne pourtant comme un projet fait par un producteur pour les producteur.rice.s. Olazermi reste l’élément le plus important de cette combinaison à 8 chiffres. Le rappeur doit encore s’affranchir de l’influence de son cousin Stavo, membre du groupe 13 Block, tant les similitudes sont plurielles : mêmes textes, mêmes producteurs, et même adlibs… Cela dit, s’il veut continuer à produire de la trap tout en citant Franky Vincent, on s’empressera toujours d’écouter la suite.

– Lukas Taylor

« 018 » – Cashmire – 29 octobre 2021

Lorsque nous avions rencontré Cashmire en décembre 2020, son premier album était déjà terminé. C’est pourtant un an plus tard que le projet voit le jour. Déjà, l’artiste définissait sa signature musicale comme étant « 018 », titre de son album. Pour ce deuxième projet, Cashmire comptait se mettre « au service » de son quartier, duquel découle toute son identité.

Alors qu’il avait promis un album sans featurings, ce sont finalement quatre invités qui s’affichent sur la tracklist : Nemir, Abou Tall, Olazermi et Slkrack. Sur les treize morceaux de son projet, Cashmire dépeint mélodieusement son univers sans chercher à dramatiser son vécu. À l’image d’un jeune du 18e arrondissement qui a banalisé la violence toute sa vie, la réalité du quotidien se fond dans les notes vocales de l’artiste. Comme sur le morceau Go Fast en featuring avec Nemir aux airs de balade sensuelle mais sur laquelle l’invité clame : « Tristement, le bâtiment me regarde fixement. Ici, les crackers font des crises de manque, dit leur que tu m’as pas vu s’ils demandent. » De la cover du projet où le rappeur est drapé d’une couverture que l’on devine être douce à la mélodie de sa voix en passant par des productions comme celle de Tejdeen sur le titre Non, Cashmire n’a jamais aussi bien porté son nom. 

– Lise Lacombe

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« Baiser Mortel » – L’avis de la rédaction

Sans prévenir, Lala &ce annonce un spectacle avec Low Jack, compositeur et metteur en scène, accompagné par les danseur.se.s de la chorégraphe Cécilia Bengolea. Pour la première fois, le rap et la comédie musicale s’unissent pour donner naissance à « Baiser Mortel ». Un voyage auditif qui mêle chant, rap et danse, inspiré du film « Death Takes a Holiday » (1934) de Mitchell Leisen, dans lequel la Mort décide de passer trois jours chez les vivants. Sur scène, Lala donne le pouvoir aux femmes Jäde et Babysolo33 et accorde une place aux rappeurs Rad Cartier et Le Diouke. La représentation avait lieu du 18 au 20 octobre à la Bourse de commerce à Paris. La rédaction de Mosaïque a assisté à l’avant-première et vous donne son avis.

« Il y aura un avant et un après »

C’est une scène encore jamais vue dans l’histoire du rap français. « Baiser Mortel » remet le rap et le chant auto-tuné au centre d’un nouveau game : celui de la comédie musicale. Dès les premières secondes, on comprend vite que le voyage sera différent. La prestation de Lala &ce est époustouflante… Une nonchalance toujours assumée couplée à un charme ensorceleur. La rappeuse se fond dans les lumières et les costumes avec brillo. Sa première apparition, en duo avec Jäde, plante le décor et envoûte la salle. Les deux artistes se cherchent, se charment, s’éloignent avec subtilité. À chaque fois que le public est plongé dans le noir et que la musique s’arrête quelques instants, l’assemblée applaudit.

« Lala &ce et Jäde plantent le décor et envoûtent la salle. »

Parfois, le tandem Le Diouck et Rad Cartier pointe le bout de son nez et ramène un grain de folie et de tension. La scène est scindée en deux parties avec une vitre en verre. Derrière celle-ci, quelques danseur.se.s viennent faire des acrobaties. Que faut-il comprendre ? L’amour, la mort, la mélancolie et la tension se mêlent, mais l’auteur, Low Jack semble laisser libre cours à l’interprétation de chacun. Une chose est sûre : il pourrait bien y avoir un avant et un après « Baiser mortel ». La comédie musicale montre comment jouer, tout en justesse, avec les nouveaux codes du rap français pour investir d’autres terrains, loin des plateformes de streaming et des scènes de concert.

– Thibaud Hue

« Lala &ce est une figure iconique envoûtante »

Les lumières rosées s’allument. Plein phare sur une silhouette mystérieuse derrière une vitre. Une longue tresse, qui fait office de traîne, dessine ses contours. La voix cristalline de Babysolo33 s’échappe enfin pour donner le ton. La jeune artiste rythme la représentation en incarnant l’entracte délicate entre chaque scène. Lala &ce et Jäde font alors leur entrée qui marque leur rencontre pour entamer l’histoire de « Baiser Mortel ». Les deux femmes jouent admirablement bien de leurs voix et sobrement de leurs corps pour enchanter la salle par le charme de leurs vibrations auditives. Elles se cherchent sans jamais réellement se trouver. Jusqu’au moment où le personnage principal incarné par Lala avoue être tombée amoureuse dans la seule phrase parlée du spectacle.

« La voix cristalline de Babysolo33 s’échappe pour donner le ton. »

Encerclée par un halo de lumière, elle chante alors son désespoir amoureux au milieu de la scène dans un ensemble à capuche fleuri en soie. Envoûtante, la rappeuse incarne une figure iconique, sensuelle sans chercher à l’être. La première comédie musicale de rap ne raconte pas vraiment d’histoire linéaire mais on se laisse rapidement embarquer par la qualité de la musique et la cohésion des artistes sur scène. C’est tous ensemble qu’il.elle.s s’affichent pour la dernière partie du spectacle. Sur la partie avant de la scène, Jäde, Babysolo33, Rad Cartier et Le Diouke regardent, dos au public, la déchéance finale d’une Lala &ce effondrée en arrière, comme vaincue par un baiser mortel.

– Lise Lacombe

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La sélection Mosaïque des mois d’août et de septembre

Après plusieurs mois d’accalmie, les sorties de projets musicaux reprennent avec la rentrée. Une rentrée placée sous le signe de l’instrumentale. De PH Trigano à Ninety en passant par Unfamouslouie, les beatmakers sont sortis de l’ombre pour s’essayer à la chanson, inviter la scène rap émergente ou tester leur indépendance. Au même moment, Kanis et Poupie dévoilent chacune leur deuxième projet tandis que l’ancien Veust continue de surprendre avec son dernier EP. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection des mois d’août et de septembre. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.

« Grand Casino » – 99 & Wolfkid – 13 août 2021

99, producteur de renom de la scène alternative française s’est associé au musicien français Wolfkid pour ce projet de six titres. Au Grand Casino, les deux artistes parient sur leur talent et celui des dix autres artistes qu’ils ont invité à jouer avec eux. Que ce soit les sonorités électro offertes à Wit. sur The Light ou la production estivale de Sun Goes Down pour La Fève, Oniisha et Lala &ce, les couleurs de l’EP s’accordent harmonieusement. Pendant près de vingt minutes, Ninety et Wolfkid donnent aux participants du projet toutes les cartes possibles pour remporter le jackpot.

– Lukas Taylor

« Réflexion » – Kanis – 27 août 2021

Après s’être installée dans le paysage en mars 2021 en participant au morceau Shoot qui réunit plusieurs artistes féminines de la scène rap française, Kanis sort le projet « Réflexion » quelques mois plus tard. Un sept titres qui s’écoute sans difficulté. La musique joviale de l’Haïtienne a l’avantage de nous attraper rapidement dans ses filets dansants. Celle qui a retourné son prénom pour ne pas être confondu avec son homologue masculin Niska, délivre son énergie caribéenne dans un projet aux couleurs vives. La rappeuse rejoint la ligne de Shay en s’affirmant farouchement indépendante des hommes sur Bye Bye et se démarque par des phases kickées comme sur le morceau Tic Toc. Actuellement dans son pays natal pour une mission humanitaire, la chanteuse s’impose comme une artiste polyvalente de la scène émergente.

– Lise Lacombe

« FOREVER UNFAMOUS » – Unfamouslouie – 3 septembre 2021

Choisi pour lancer notre rubrique 3 questions à…, Unfamouslouie en a profité pour nous partager la vision de son art : « C’est un besoin, une passion. Un peu comme au football. Je donne tout à ce sport alors que je sais que je ne serai jamais professionnel. »

Son EP « FOREVER UNFAMOUS » prend justement des apparences de fiche tactique d’un entraîneur de foot. La défense de son équipe est assurée par deux vétérans de la dernière décennie du rap français : Jeune LC et Loveni. Le milieu est incarné par des jeunes espoirs prometteurs tels que Geo et Jeune YAO et l’attaque est menée par des représentants de la new wave, notamment sur le titre Up next ! avec La Fève qui sonne comme une ode à ce mouvement. Mais ce qui permet à cette équipe de gagner le match, c’est le rythme de jeu dont Unfamouslouie est le métronome. Ses productions sont parfaitement appropriées pour permettre à ses collaborateurs de performer et la musique du projet devient une sérénade au rap français et à ceux qui l’ont innové.

– Lukas Taylor

« Grand Romantisme » – PH Trigano – 10 septembre 2021

Douze titres pour apprendre à se remettre d’une rupture. Voici ce que propose le producteur PH Trigano, avec « Grand Romantisme », son premier album. L’artiste s’est confié à Mosaïque sur le point de départ douloureux de ce projet : « Au début, c’était surtout des lettres où j’extériorisais mon mal-être, des bouteilles à la mer que je n’envoyais pas. Je prenais le négatif pour en faire du positif, ça m’a aidé à mettre des choses dans l’ordre.»

Ces textes, imbibés d’émotions intimes, nous livrent les différentes étapes du deuil par lesquelles est passé PH Trigano. Du déni de Rêver de toi à la tristesse avec Escroc, le chanteur choisit d’opérer une catharsis en musique, aux yeux de tous et toutes. Pour cela, il s’entoure d’Ichon (J’essaye), son acolyte de toujours, mais aussi de Melissa Bon (Caresses) et de Swing (Escroc). Des voix qui viennent compléter parfaitement l’univers du chanteur. Un projet émouvant mais inspirant duquel il faut retenir qu’après le chaos vient la paix. Le dernier morceau Chance nous le rappelle, comme un hymne à l’espoir et à l’amour.

– Imane Lyafori

« Alley oop » – Veust – 24 septembre 2021

Un flow incisif, une voix grave, un sens du phrasé indéniable…. Dans son dernier projet de dix titres, Veust trace un schéma parfait pour réaliser un alley oop (En basket-ball, c’est le fait d’envoyer la balle en l’air pour la rattraper et la mettre dans le panier, NDLR). Le 5 majeur (nom donné aux cinq titulaires d’une équipe de basket, NDLR), formé de Alpha wann, Siloh, Ratu$, MV et Veust nous invite à son match, promettant ainsi une ribambelle de dribbles et de 3 points toujours plus précis les uns que les autres. Avec des phases millimétrées, Veust cherche à prouver qu’après plus de 20 ans de carrière, il sait toujours être versatile. Que ce soit par un passe-passe avec Alpha Wann en passant par de la drill UK sur 7 cieux pour finir avec les refrains chantés de Siloh, il s’appuie sur ses acquis tout en laissant place à une part d’innovation.

– Amaël Coquel

« Enfant roi » – Poupie – 24 septembre 2021

« J’suis pas comme les autres, pas la peine de dire que c’est ma faute. » (Comme les autres). À 23 ans, l’artiste originaire de Lyon revendique sa différence. Cette liberté d’être qui elle veut, Poupie la chante haut et fort tout au long de ce premier projet. À la suite d’un EP sorti en 2019, la chanteuse a présenté le 24 septembre son album, « Enfant Roi ». Pop, trap, reggae… l’artiste ne se met pas de barrières. Fait assez rare pour être remarqué, la chanteuse alterne français, anglais et espagnol avec une aisance déconcertante. Après un featuring avec Jul (Feu), Poupie invite le rappeur portoricain Guaynaa sur le titre Mucha Labia. Ce premier projet abouti constitue une porte d’entrée dans l’univers de la jeune artiste qui offre un panel d’ambiances éclectiques. En témoigne le titre Pur, dans lequel elle partage une certaine mélancolie, ou Mojito, beaucoup plus dansant. 

– Emma Jacob

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« L’Étrange Histoire de Mr.Anderson » – L’avis de la rédaction

Vendredi 16 juillet 2021 sortait « L’Étrange Histoire de Mr. Anderson », le deuxième album de Laylow. Après le succès critique et commercial de « Trinity », érigé comme l’un des meilleurs projets de l’année passée, le rappeur toulousain signe son retour avec un opus concept. Une nouvelle histoire et un nouveau casting pour continuer de s’affirmer comme l’une des têtes les plus créatives du rap français. La rédaction de Mosaïque a planché sur ce nouveau projet et donne son avis.

« Une balade musicale avec un réel message politique »

Quelle performance du Lay. Seulement un an et demi après « Trinity », il a réussi à me surprendre par la complexité du projet. On ressent la volonté de placer la barre aussi haute que sur son dernier album et ça fait du bien de voir un artiste en vogue ne pas s’endormir sur sa notoriété. Parler de son histoire de manière aussi intime et crue était un vrai challenge. Une étrange histoire de jeunesse bien plus complexe que sa précédente relation avec une intelligence artificielle. Voilà qui explique sûrement une direction artistique moins cohérente mais pas moins intéressante que sur son dernier opus. Le storytelling reste quant à lui toujours aussi efficace, qu’il s’agisse de l’histoire globale du projet ou des tranches de vie racontées dans certains morceaux comme les somptueux VOIR LE MONDE BRÛLER et LOST FOREST. Côté featuring, l’alchimie est à la hauteur du casting. Damso et Hamza enflamment le début de l’album, quand Alpha Wann et Wit. apportent leur sens de la découpe. Beaucoup moins convaincu cependant par la prestation minimale de Nekfeu sur SPECIAL. Les interludes sont tout aussi pertinents et ces dialogues bruts viennent donner du relief et du sens. La dualité Jey / Mr. Anderson est assez bien exploitée et nous invite directement à la réflexion. Même si le discours de l’album, de croire en ses rêves, est finalement très classique et déjà bien abordé dans le rap, Laylow y apporte sa touche personnelle. Loin des grandes heures du rap conscient, cette balade musicale dans les souvenirs d’un jeune artiste transmet un réel message politique à ses auditeurs et auditrices : « Écoute toi ».

– Robin Spiquel

« Il aborde un sujet souvent négligé, celui des violences faites aux femmes »

Le nouvel album de Laylow offre une double lecture : « L’Étrange Histoire de Mr. Anderson » telle qu’elle apparaît dans les skits cinématographiques, puis la musique du projet. Sur le plan musical, le rappeur rayonne. Sa sélection de featurings montre une évolution notable par rapport à ses derniers jets avec un éventail diversifié d’artistes bien incorporés à son univers. Les sonorités des productions, elles, ne sont pas sans rappeler les têtes d’affiches du rap américain comme Kendrick Lamar et Travis Scott. Cependant, le fond de l’histoire et le traitement cinématographique qui lui est consacré sont, à mon avis, trop banals. Certains sketchs deviennent gênants, voire prétentieux. L’interprétation de Mr. Anderson fait d’ailleurs pâle figure à côté de celle de Trinity, sur son album du même nom. Cela dit, les titres demeurent excellents et se fient facilement aux réécoutes, même si j’ai dû faire abstraction de certains interludes. J’aimerais aussi souligner trois morceaux en particulier. HELP !!! qui aborde un sujet important souvent négligé par les rappeurs, celui des violences faites aux femmes, ainsi que les deux titres avec Hamza qui s’écoutent comme la bande originale d’un film de gangsters des années 1980 dans lequel le Bruxellois endosse avec aisance le second rôle, à la hauteur d’un Joe Pesci.

– Lukas Taylor

« L’outro UNE HISTOIRE ÉTRANGE clôture ce chapitre avec une morale qui n’est pas sans rappeler celle racontée dans Notes pour trop tard (« La fête est finie », 2017) par Orelsan. »

Imane Lyafori

« Jey révèle ici ses doutes et ses démons »

C’est l’histoire d’un jeune Toulousain qui se rêve en prodige du rap français. Pour cela, l’artiste de 28 ans se heurte à bon nombre d’obstacles en commençant par lui-même. Il expose les prémices d’un succès qui met du temps à être établi. Jey révèle ici ses doutes et ses démons qui le rongent dans la construction d’une carrière qu’il désire plus que tout autre chose. Mr. Anderson agit comme cette détermination qui ne cesse de le pousser à se dépasser. L’auditeur alterne alors entre le comportement parfois chaotique d’un Jey qui tente de voir le bout du tunnel, à l’image du morceau VOIR LE MONDE BRÛLER, et de son alter ego qui lui rappelle qu’il est SPECIAL. Un message qui résonne avec toutes celles et tout ceux qui bataillent pour faire entendre leurs voix et se créer leurs propres chemins. L’outro UNE HISTOIRE ÉTRANGE clôture ce chapitre avec une morale qui n’est pas sans rappeler celle racontée dans Notes pour trop tard (« La fête est finie », 2017) par Orelsan : l’important est de faire confiance au temps tout en ayant foi en soi. Ou comme dirait Laylow : « C’est ta façon de faire et c’est la meilleure au monde, juste parce que c’est la tienne, ma gueule… ».

– Imane Lyafori

« Laylow s’impose avec un album indéniablement inspirant »

En prenant des allures de Martin Scorsese pour Vogue, Laylow n’a pas trahi l’esthétique cinématographique de son album au casting d’exception. Toujours aussi exigeant, l’artiste toulousain livre un album ambitieux dont le scénario déborde presque un peu trop sur la musique et dont l’histoire personnelle et complexe se suit avec une facilité surprenante. Alors que pour son premier album, « Trinity », l’écriture et les sujets abordés me semblaient trop simples et monotones, Laylow a su donner une nouvelle dimension à son art en dénonçant des problèmes de société tels que les violences conjugales ou policières. En filigrane, il porte un message fort : suivre ses rêves. L’homme de l’année 2020 garde son statut en 2021 et s’impose avec un album indéniablement inspirant.

– Amaël Coquel

Retrouvez « L’Étrange Histoire de Mr.Anderson » de Laylow dans la MOSA’Hit : le meilleur du rap francophone playlisté par la rédaction de Mosaïque. Abonnez-vous pour ne rien rater des nouvelles sorties. Disponible sur Spotify, Deezer et YouTube.

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La sélection Mosaïque du mois de juin

Le mois de juin a été marqué par des premiers projets et des retours attendus. Ainsi, Vladimir Cauchemar, Luv Resval et Clara Charlotte ont démontré leur maturité artistique à travers des premiers jets à l’univers bien défini. De leurs côtés, nelick et Isha ont délivré des EP transition, sans contrainte ni complexe. Enfin, Zuukou Mayzie et Sonbest ont su confirmer avec des retours convaincants. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection du mois de juin. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.

« Brrr EP » – Vladimir Cauchemar – 3 juin 2021

L’homme au crâne de squelette le plus connu du monde de la musique livre son premier projet. « Brrr EP » réunit dix artistes autour de dix morceaux tous autant différents les uns des autres. De Lala &Ce à Vald en passant par Lefa ou encore Freeze Corleone, l’EP se présente comme une invitation à entrer dans le riche univers du mystérieux compositeur. Celui qui s’est fait connaître avec Aulos prouve, à travers ces quelques collaborations, que le rap n’est rien d’autre qu’un vaste terrain de jeu où toutes les sonorités et influences doivent être explorées. Cet opus peut aussi être interprété comme un hommage à la culture nippone, une grande source d’inspiration pour le beatmaker. L’instrumental du morceau Blizzard en featuring avec Benjamin Epps en est la preuve. Ce son trouve sa source dans un morceau composé par Seiji Yokoyamaen et nous transporte dans une atmosphère planante qui laisse place à la voix imposante du jeune rappeur de 25 ans. Quant à l’interlude Akumu no hajimari, narrée par l’illustrateur suisse Tuan Hollaback, il fait écho à un épisode du célèbre manga Naruto Shippuden que l’on peut traduire par « Les prémices du cauchemar ». Un message qui se veut sans doute subliminal en nous annonçant le début d’un shōnen ayant pour personnage principal nul autre que Vladimir Cauchemar lui-même.

– Imane Lyafori

« Étoile Noire » – Luv Resval – 4 juin 2021

Un premier album débordant d’émotions, de références médiévales et fantastiques, et de flows percutants. Luv Resval mélange les deux côtés de la force pour offrir un projet coloré, riche en sonorités. Il alterne ainsi entre des expériences musicales emplies de spleen et des purs couplets enragés et techniques. « Étoile Noire » est une expérience immersive dans l’univers fantastique d’un artiste lunaire et prometteur. Mention spéciale à Bleu Ferrari pour la voix de Savage Toddy et à cette prod légère qui sent bon l’été, mais aussi à Cette fille pour la finesse de l’écriture et enfin à Flûte de pan pour l’alternance entre l’auto-tune du refrain et les couplets saillants.

– Jules Careau

« Venus » – Clara Charlotte– 4 juin 2021

Après avoir envoyé une salve de singles sur les plateformes, Clara Charlotte a dévoilé ses premières couleurs avec « Venus ». Un EP de six titres sur lequel elle croise le fer avec Prototype, Squidji, mais aussi avec le Bruxellois Geeeko. À la fin du mois de juillet, Mosaïque est parti à la rencontre de la jeune orléanaise pour décrypter les dessous de ce premier jet artistique. L’entretien sera disponible vendredi 16 juillet 2021 prochain.

– Thibaud Hue

« Segunda Temporada » – Zuukou Mayzie – 4 juin 2021

Un projet qui dépeint bien toute la sensualité, souvent discrète, du rap français. J’ai d’abord été séduite par la pochette de l’album, efficace mais évidente de charme qui contribue à placer le projet dans un univers marqué et résolument assumé. Zuukou Mayzie délivre un philtre d’amour, dont tous les ingrédients que l’on aurait jamais pensé associer ensemble, donnent une saveur assez pertinente pour que l’on se laisse charmer sans trop lutter. C’est un projet absolument hybride où cohabitent des morceaux en featuring avec Freeze Corleone et The Pirouettes. Presque un tour de force de les réunir sur le même album, tout en gardant de la pertinence. On passe de la séduisante Sofie Fatale à la sombre Zuukou 2.2 en featuring avec ASHE 22 avec une étrange facilité. Tout se passe sans que l’on soit troublé, en douceur. Segunda Temporada allie instrumentales travaillées et textes incisifs et efficaces. Bien plus affirmé que la « Primera Temporada » (son premier projet, NDLR), Zuukou délivre ici une deuxième saison à la hauteur de sa réputation de « BG du 667 » : absolument charmante. L’objectif est atteint.

– Rudy Jean-Baptiste

« Tatoo » – nelick– 17 juin 2021

Décontracté, nelick délivre l’EP « Tatoo » et sort du silence. Sans contrainte ni concept, l’artiste propose sept titres empreints de simplicité et d’innocence. Objectif : gagner en maturité enfantine. Pour la sortie, il confiait à Mosaïque : « J’ai réussi à prendre du recul et à me dire que la musique que je voulais faire c’était pour les enfants. Faire de la musique pour Disney, pour des dessins animés, à la Miyazaki ou à la manière d’une comédie romantique italienne, ça me parle trop. Faut être très mature pour être un enfant. Je suis un adulte qui travaille mon côté enfantin. »

Le projet, réalisé à Nancy en seulement cinq jours avec le producteur kofi bæ, témoigne d’un virage artistique nouveau pour nelick. Selon lui, « Tatoo » a tout l’air d’une introduction : « C’est un film qui se lance. J’ai l’impression que c’est une BO de la nouvelle vie de KiwiBunny. La meilleure partie sera la fin, mais j’adore les génériques de début. »

– Thibaud Hue

« Arcane » – Sonbest– 17 juin 2021

Après le très bon premier EP « Lotus », Sonbest portait sur ses épaules la pression de l’artiste prometteur à qui l’on demande de confirmer. Entouré par une équipe solide et présente depuis le début, l’Alsacien n’a pas tremblé. Tout en réussissant à ne pas reproduire l’univers de son premier projet, l’artiste a su garder son authenticité. Le projet de huit morceaux fait résonner sa voix unique à travers l’émotion que le rappeur sait si bien transmettre. « Arcane » ne pourrait porter cette charge émotive et solennelle sans les productions de Guapo Du Soleil ou encore Wise. Le tout mis subtilement en image par le réalisateur Swimthedog dans des visuels qui mélangent une esthétique juste et joliment sobre à des plans forts et prenants.

– Lise Lacombe

« FAITES PAS CHIER, J’PREPARE UN ALBUM » – Isha – 25 juin 2021

Vendredi 17 juin 2021, Isha annonce sans crier gare la sortie d’un EP intitulé « FAITES PAS CHIER J’PREPARE UN ALBUM ». À la suite de la trilogie « La vie augmente » débutée en 2017, il permet au rappeur de faire patienter son public le temps de préparer un opus à la hauteur des attentes. Le projet sonne toutefois plus comme une compilation, sans réelle ligne directrice. Le fruit d’un tri de ce qui devait être son fameux premier album : « J’ai gardé le meilleur et j’vous offre cet EP. » Parmi ces huit pistes sélectionnées, dont un featuring avec Hatik, l’une d’entre elles se démarque particulièrement : Maudit. Salué par la critique, ce titre remet en avant la plume et le talent d’interprétation de l’artiste belge. Un avant-goût de choix, avant un disque attendu.

– Amaël Coquel

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Sa majesté le rap : Flohio à l’assaut du rap anglais

La conquête du trône du rap anglais ne se limite pas qu’aux frontières du Royaume-Uni. Par-delà les contrées lointaines, de nouveaux prétendant.e.s embarquent à bord de leurs radeaux pour se disputer la possession du siège royal. Et parfois… la menace peut venir des terres conquises. Dans la banlieue sud-est de Londres, la rappeuse Flohio renverse les codes établis du grime ​en mélangeant les styles dans un genre unique et part à l’abordage de la couronne.

Started from the bottom 

Funmi Ohiosumah est une jeune nigérienne originaire de l’état de Lagos. L’année de ses huit ans, elle emménage dans la banlieue sud-est de Londres, Bermondsey. Avant de poser le pied sur les terres royales, Flohio est bercée par les affinités musicales de ses parents qui font notamment résonner la musique de Stevie Wonder. Cependant, elle se découvre un plaisir pour les productions hip-hop, lorsque les vibes de Chipmunk, Lauryn Hill ou encore 50 Cent lui parviennent aux oreilles. Le déclic se produit lors de sa première écoute de l’artiste britannique Eve. Un véritable coup de cœur auditif. La jeune MC se met à développer sa culture rap, se passionne pour le genre et commence à gratter ses premiers brouillons. Elle s’inscrit dans un club jeunesse depuis lequel elle commence à enregistrer quelques morceaux. 

Son indéniable talent attire l’attention du Guardian et Dazed & Confused, journaux à la résonance importante outre-Manche. Ses collaborations avec des artistes comme Clams Casino et Modeselektor lui offrent une visibilité nouvelle, ponctuée par un éloge de Naomi Campbell. La mannequin la présente alors comme « l’une des dix femmes qui changent notre futur ».

Flohio semble en tout cas déjà bien partie pour changer le futur du grime. Elle incarne ce combo imprévisible mêlant grime métallique, techno industrielle et hip-hop traditionnel. Un style construit par des inspirations issues du Vieux et du Nouveau-Continent, à l’instar de Trippie Redd, 21 Savage ou encore Chip. La figure féminine iconique du hip-hop, Missy Elliott, n’est également jamais très loin dans son esprit lorsqu’elle pose les fondations de ses futures œuvres.

Sa majesté le rap : Chip, précurseur du grime

Les deux premiers EP de Flohio, « Nowhere Near » et « Wild Yout », posent les premiers piliers d’une création en pleine construction. Sorti en 2016, le premier EP laisse entrer la lumière sur l’artiste nigérienne, permettant au monde de la découvrir. Son expression artistique se caractérise par un amalgame de courants, rendant la production unique en son genre. Par son œuvre, elle souhaite exprimer son ressenti sur la société qui l’entoure, mais également se mettre à la place des autres et leur donner une voix. Une profondeur de réflexion qui tend au paradoxe lors de ses représentations, tant elle contraste avec la fougue qui ressort de ses clips et performances. En 2020, son premier projet « No Panic No Pain » concrétise et matérialise une profusion artistique débordante. 

Tea time

Début février 2021, la célèbre chaine YouTube COLORS propose à l’artiste anglo-nigérienne de suspendre le temps, en même temps que le micro, une deuxième fois. Cette fois-ci, elle performe Flash, le quatrième track de son dernier projet. La première fois, elle s’était révélée grâce à Bands, l’un de ses premiers singles.

Publié le 31 janvier 2018, la vidéo totalise aujourd’hui 610 000 vues. Coup d’éclat important, il s’agit d’un fer de lance médiatique bénéfique pour la jeune MC. Elle l’admet elle-même dans un entretien pour Yard : « [La vidéo Colors] a changé des choses, ça a été un grand moment c’est vrai. Cela a ouvert une toute nouvelle perspective pour moi. » Une performance qui lui vaut même la comparaison avec l’artiste anglaise émérite, M.I.A. 

The crown jewels 

Sorti tout droit de la fournaise cérébrale de l’artiste londonienne, « No Panic No Pain » pourrait laisser certains aficionado.a.s sur leur faim. Par moments, le projet génère de la frustration chez l’auditoire, tant sa timidité rythmique ne colle pas avec l’œuvre originelle de Flohio. Un récit teinté de nostalgie : un retour aux sources dans sa banlieue sud de la capitale anglaise. La réussite d’un premier projet guidé par les textes lyriques de l’artiste. Les collaborations donnent également du relief au projet puisque Flohio s’associe aux producteurs Cadenza et Fred again.., ayant déjà œuvré sur les albums d’Ed Sheeran, Jorja Smith ou encore Stormzy. 

Au détriment d’une histoire fictionnelle, Flohio raconte la chronologie de sa vie d’artiste, s’attardant sur les points sombres de son existence. La frénésie de sa vie de succès s’accompagne de son lot de troubles et d’instabilité. Une dichotomie entre la présence permanente du soutien de ses fans et l’absence continue de certains proches disparus. Néanmoins, la résilience est le maître mot de cette confession musicale : la nécessité de garder un calme et un sang-froid olympien pour gérer les aléas rencontrés. « No panic, no pain (…) more hype, more rage », se lit sur ses lèvres dans le deuxième morceau Unveiled de sa mixtape. Une belle synthèse de l’esprit qui anime l’enfant de Lagos. À maintes reprises, Flohio déclare vouloir devenir « iconic ». Sa réussite sera de laisser un héritage pour les jeunes générations à venir. Elle souhaite ainsi que les plus jeunes voient en elle un modèle d’inspiration et d’aspiration. Une figure que l’on admire, le regard fixé en direction du ciel. Une reine, tout simplement. 

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« LAÏLA » – L’avis de la rédaction

Vendredi 21 mai 2021 sortait « LAÏLA », le premier album de Khali. Presque un an après son EP « Le tournesol », le rappeur bordelais dévoile une fresque colorée où se fracassent nostalgie et mélancolie. Un opus salué par la critique qui semble lui donner un rayonnement artistique nouveau. La rédaction de Mosaïque a planché sur ce nouveau projet et donne son avis.

« LAÏLA m’a fait le même effet que H24 d’Hamza »

À la première écoute, « LAÏLA » m’a fait le même effet que « H24 » d’Hamza à sa sortie : quelques secondes de doutes, suivies d’une longue série de claques et d’une envie constante de relancer l’album. Comme son homologue belge, Khali fait d’abord forte impression à travers sa voix. Unique, mélodieuse et sublimée par l’auto-tune, elle accompagne parfaitement des prods soignées sans jamais verser dans la monotonie. L’écriture, à la fois simple et poétique, et la structure du projet lui procurent une ambiance cohérente qui le rapproche presque d’un album concept. Chaque morceau fonctionne malgré tout indépendamment des autres, avec une mention spéciale à SIRÈNES, sans hésiter l’un des titres les plus efficaces de l’année, et à COULEURS qui introduit magnifiquement le disque. En onze morceaux, Khali varie suffisamment les flows, les sonorités et les thématiques pour porter presque seul un projet qui s’enchaîne avec facilité et se réécoute en boucle. Avec « LAÏLA », le rappeur expérimente et intrigue en laissant entendre qu’il a encore beaucoup à offrir. Personnellement, j’en reprends le plus tôt possible.

– Nathan Filiol

« Un projet cohérent mais difficile d’accès »

« Khali c’est quoi cette voix que tu prends quand tu nous exprimes ta douleur ? » Avec son premier album « LAÏLA », le rappeur bordelais crache ses tripes. Un onze titres mélodieux et poétique dans lequel Khali laisse vivre sa créativité pour dresser un autoportrait sincère, souvent triste. Musicalement, Khali fait sans aucun doute partie des artistes qui font évoluer les codes du rap. Voix aigüe et distordue, instrumentales oniriques, ad-libs presque démoniaques, sa musique sonne comme un exutoire. Un projet cohérent et prometteur qui reste cependant difficile d’accès. Sa voix et son interprétation sont autant des instruments qui lui permettent de se démarquer, que des freins pour un public non-initié. 

– Robin Spiquel

« Les compositeurs donnent sens à la voix joliment brisée de Khali »

Attendu au tournant après son EP « Le tournesol », le Bordelais a répondu présent. Le projet ne serait cependant pas le même sans des productions exigeantes. Avec Kosei en tête de l’escadron, les compositeurs donnent sens à la voix joliment brisée de l’artiste écorché. L’album porté par ses instrumentales illustre parfaitement la montée en puissance des beatmaker.euse.s sur la scène rap émergente. Désormais aussi importants et mis en avant que l’artiste, les musiciens de « LAÏLA » imposent leurs touches et se rendent indispensables à un premier album réussi. Des producteurs qui encadrent les espoirs de la future scène rap : La Fève, Tejdeen, Rounhaa, Slimka, MadeInParis, Sonbest ou encore Chanceko avec qui Khali partage le hit SIRÈNES. Le rappeur remporte le pari d’un album abouti, sans erreur grossière, en apportant un univers nouveau et maîtrisé.

– Lise Lacombe

« Avec son appropriation de la baby voice, un gimmick américain popularisé par le rappeur Playboi Carti, Khali accomplit quelque chose que peu de rappeurs français ont fait récemment. »

Lukas Taylor

« LAÏLA porte fièrement ses influences outre-Atlantique »

Depuis plusieurs années, le public rap francophone semble exhorter aux rappeurs un renouvellement du genre et un vent d’air frais, affranchi des codes requis pour réussir sur une plateforme de streaming. Face à cette demande, certains artistes, comme Khali, ont fait preuve de singularité pour atteindre de nouveaux sommets. Avec son appropriation de la baby voice, un gimmick américain popularisé par le rappeur Playboi Carti, Khali accomplit quelque chose que peu de rappeurs français ont fait récemment. « LAÏLA » est un projet qui porte fièrement ses influences outre-Atlantique, tout en réunissant une french touch et « des valeurs qui proviennent du Roc-ma ». Loin des morceaux drill maladroits que l’on a entendu l’année dernière dans l’Hexagone. Le tout couronné par des productions qui se dégustent comme un moelleux musical, tant mélodieux que morose, chaque titre offrant un échantillon des états d’âme de Khali. Un projet thérapeutique, non seulement pour le rappeur, mais aussi pour le rap des années à venir.   

– Lukas Taylor

Retrouvez « LAÏLA » de Khali dans la MOSA’Hit : le meilleur du rap francophone playlisté par la rédaction de Mosaïque. Abonnez-vous pour ne rien rater des nouvelles sorties. Disponible sur Spotify, Deezer et YouTube.

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La sélection Mosaïque du mois de mai

Au mois de mai, fait ce qu’il te plaît. C’est sur cette vague qu’on choisi de surfer Joanna et Squidji, en délivrant des albums concepts sur le thème de la relation amoureuse. Au même moment, les projets de Khali et L’Or du commun ont fait briller des univers authentiques sur des compositions sur-mesure. Enfin, Jewel Usain et ISK ont dévoilé un premier jet prometteur et détonant. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection du mois de mai. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.

« Sérotonine » – Joanna – 7 mai 2021

Quelques semaines après avoir téléphoné à Joanna pour évoquer le clip de Sur Ton Corps, diffusé sur Pornhub avec le duo star Leolulu, nous avons retrouvé la chanteuse en visioconférence pour parler de son projet « Sérotonine » sorti le 7 mai 2021. « Ce premier album m’a permis de faire un résumé de ma dernière relation et m’a équilibrée. J’avais besoin de définir tout ce qui se passait dans mon for intérieur et j’ai tout examiné », nous a raconté Joanna, en cherchant parfois ses mots.

À travers quatorze morceaux, l’artiste originaire de Rennes a monté un concept de toutes pièces : une histoire d’amour racontée de A à Z. En relevant le défi du storytelling, elle met en exergue des schémas relationnels qu’elle souhaite expliquer, comprendre et parfois déconstruire. Un premier album réussi où l’amour est perçu sous forme de cycle qui semble se répéter sans cesse et sans surprise, dans lequel le début inclut la fin et où l’amour rime souvent avec désamour. 

– Thibaud Hue

« Mode Difficile » – Jewel Usain – 7 mai 2021

Quand Jewel Usain décide de choisir le mode difficile pour réussir le jeu vidéo de sa carrière, il ne fait pas les choses à moitié. L’EP « Mode difficile » sorti le 7 Mai 2021 a toutes les qualités pour être considéré comme un album charnière. Aux côtés des producteurs Madka et Antoine Bodson, Jewel livre « le projet de [sa] ie-v ». Un featuring avec USKY, quelques morceaux storytellings et des transitions léchées nous plongent dans l’univers maintenant bien dessiné de l’artiste. Ce projet confirme que le rappeur souhaite s’installer confortablement sur la scène du rap français. Comme il le dit si bien dans le titre Paw patrol« J’connais mon but. »

– Amaël Coquel

« Avant la nuit » – L’Or Du Commun – 14 mai 2021

Avec une telle cover, le trio bruxellois annonçait la couleur. Entre rouge et bleu, folie et réflexion, rap et chant, Swing, Primero et Loxley semblent avoir trouvé le bon équilibre. Porté par un escadron de beatmakers et de musicien.n.e.s de renom, l’album s’articule entre morceaux rap et chansons lancinantes. Du crépuscule à la nuit, la plume toujours aussi bavarde de l’ODC varie les exercices de styles : textes à thèmes et réflexions plus vaporeuses. À la baguette, les producteurs PH Trigano et Phasm nous ont raconté les coulisses de la création musicale du projet, composé à huis clos dans un studio perché dans les Ardennes.

Avec Lous & The Yakuza, Zwangere Guy, Caballero et Roméo Elvis invité.e.s sur la tracklist, les Belges jouent en famille. Un opus soigné et réussi, même si certain.e.s pourraient reprocher un manque de prise de risque. Mention spéciale au morceau Inertie, à savourer allongé.e dans un bain chaud pour une écoute optimale. 

– Robin Spiquel

« LAÏLA » – Khali – 21 mai 2021

Si le mot « LAÏLA » était intégré au dictionnaire, il serait rangé près du mot « éclosion ». Avec ce projet de onze titres, accompagné d’une pochette aussi énigmatique que lui, Khali laisse transparaître la richesse de ses émotions tout en se démarquant de la scène rap française actuelle. Un pari réussi par le choix de productions dantesques. Les morceaux produits par Bloody et Kosei, en particulier, rappellent le travail des producteurs américains Wheezy et Mike Dean. Le résultat final sonne comme le fruit d’un travail mûrement réfléchi d’un artiste qui a pensé sa musique avant de délivrer son premier album. Permettra-t-il à cette nouvelle vague de rappeur.se.s français.e.s issu.e.s de Soundcloud, avec La Fève et Chanceko en prime, d’atteindre de nouveaux sommets ? « LAÏLA » laisse en tout cas croire au renouvellement du genre, porté par des univers aussi aboutis que celui de Khali.

– Lukas Taylor

« Vérité » – ISK – 28 mai 2021

Pour son premier album « Vérité » paru ce vendredi 28 mai, ISK a mis toute sa hargne et sa sincérité à l’ouvrage. Après avoir déjà démontré sa capacité à adopter un style plus mélodieux sur certains titres de sa mixtape « Le mal est fait », l’étoile montante du 77 (Seine-et-Marne) se montre encore plus à l’aise au chant qu’auparavant. Malgré tout, le rappeur cherche toujours des repères, en témoigne la tentative peu convaincante du morceau club Le billet. De Sofiane, Niro, Alonzo à Uzi en passant par Da Uzi, ISK parvient à servir un projet correct avec une liste d’invités intergénérationnel. Un premier jet encourageant.

– Yassine Ben Amor

« Ocytocine » – Squidji – 28 mai 2021

L’amour selon Squidji. Ce sentiment complexe qui régit nos liens est observé, exploré, questionné par l’artiste tout au long de ce troisième opus. Avec « Ocytocine », le rappeur de 22 ans mélange les univers et s’entoure d’artistes comme Josman, Lala &ce, Jäde ou encore Disiz La Peste. Un challenge qui porte ses fruits, notamment avec le morceau Cicatrices : une ode à toutes les femmes accompagnée par la voix mélodieuse de Lous & The Yakuza. Un titre touchant qui « évoque quelque chose de tabou », nous a-t-il confié dans l’intimité d’une cabine d’enregistrement après l’écoute de son projet.

Les différentes sonorités proposées par le rappeur, avec l’aide de beatmakers comme Ponko, Prinzly ou encore Paco Del Rosso, offrent une palette de couleurs variées, capable de transporter l’auditeur tout en restant cohérente. Ce troisième album peut être perçu comme quelques pages d’un journal intime dans lesquelles Squidji nous partage sa vulnérabilité avec A.M.O.U.R ou encore sa fierté mal placée avec INSTA. Un storytelling maîtrisé de bout en bout.

– Imane Lyafori

Retrouvez la MOSA’Hit : le meilleur du rap francophone playlisté par la rédaction de Mosaïque. Abonnez-vous pour ne rien rater des nouvelles sorties. Disponible sur Spotify, Deezer et YouTube.