Mosaïque

Le rap ne cesse de racon­ter des his­toires. Par­mi elles, cer­taines devi­en­nent plus grandes que les notes et les mots et méri­tent d’être mis­es en image. L’oc­ca­sion de don­ner vie aux punch­lines et laiss­er tourn­er la caméra. Mosaïque livre sa sélec­tion des doc­u­men­taires rap de l’année.

« Le bâtiment 7 », par StreetPress

« On a réus­si à faire de notre bâti­ment le plus con­nu de toute la France. C’est fort ! », s’exclame le rappeur Kodes devant la caméra de Street­Press. Au croise­ment des cités de Grigny, Cor­beil-Essonnes et Évry, située à trente kilo­mètres de Paris, la tour du Parc aux lièvres ray­onne de son bâti­ment 7. Graphé sur un mur, le vis­age des sept rappeurs qui ont élevé le nom de leur quarti­er. Shotas, rappeur mon­tant, regarde avec nos­tal­gie à tra­vers la vit­re brisée du hall qui l’a abrité pen­dant près de six ans. En 2021, cet immeu­ble con­stru­it sur une dalle sera détru­it pour laiss­er place à 1 800 nou­veaux loge­ments. Autour de lui, les com­merces se sont éteints peu à peu et l’écosystème du quarti­er a per­du sa vital­ité. Un crève-cœur pour ces artistes comme Koba La D qui rap­pent le « Bat 7 » depuis tou­jours. Les habi­tants, bien­tôt rel­ogés, peinent aus­si à par­tir. Sam réside ici depuis 40 ans. En se remé­morant les bons moments, elle regrette : « Ce sont nos vies qui vont s’écrouler. Je ne par­ti­rai pas d’ici. » Immer­sion dans le berceau du 7 Binks avec Street­Press. Un doc­u­men­taire réal­isé par Matthieu Bidan et Cléo Bertet.

- Thibaud Hue

« Clasher l’ennui », pour l’Abcdr du son

C’est une his­toire presque oubliée que nous compte Yve­line Ruaud. Le genre de mythe qui habite encore une ville grâce au bouche à oreille et quelques cas­settes VHS. Cette his­toire, c’est celle des bat­tles de clash « Dégaine ton style », organ­isées aux Ulis aux début des années 2000. Comme toute his­toire, « Dégaine ton style » a ses héros : Gyver Hyp­man, Fik’s Nia­vo, John Steell et les autres organ­isa­teurs de ces soirées. Des jeunes de la ville qui, pour tuer l’ennui et rassem­bler, ont décidé d’investir un lieu : le Radazik. C’est ici, dans cette petite salle d’une cité dor­toir oubliée de l’Essonne, que va s’écrire l’une des pre­mières pages du rap under­ground français. Des matchs d’anthologies devant un pub­lic entassé et chauf­fé à blanc. Des punch­lines per­cu­tantes et des flows incisifs. Un même amour de la rime et de la per­for­mance. Les bat­tles « Dégaine ton style » imposent les Ulis et ses envi­rons sur la scène rap de l’époque. Au-delà des quelques noms qui sor­tiront de cette pépinière, Sinik et Aladoum pour ne citer qu’eux, c’est l’e­sprit « clash » qui per­dur­era. Par la suite, d’autres com­péti­tions emboîteront le pas comme End Of the Weak ou les Rap Con­tenders, plus ou moins inspirées de l’atmosphère ulissien. Après sa série doc­u­men­taire sur Le Dojo et la 75e Ses­sion, Yve­line Ruaud s’illustre à nou­veau par sa capac­ité à racon­ter un état d’esprit musi­cal en prise avec son envi­ron­nement. « Clash­er l’ennui » pour l’Abcdr du son, à (re)voir absolument !

- Robin Spiquel

« D’IAM à JuL, Marseille capitale rap », pour France Télévisions

Entre la pre­mière cas­sette d’I­AM et le stade Vélo­drome de Sopra­no, trente ans se sont écoulés. Loin des lumières de Paris, Mar­seille brille par ses rappeurs, devenus de véri­ta­bles ambas­sadeurs. En témoigne le suc­cès déto­nant de Jul, désor­mais devenu le plus gros vendeur de l’his­toire du rap en France. SCH, Keny Arkana, Alon­zo, Akhen­aton, Soso Maness, JUL et autres pro­duc­teurs et com­pos­i­teurs ont été réu­nis pour con­ter la belle his­toire du hip-hop dans la ville. Un phénomène cul­turel intime­ment lié à la sit­u­a­tion sociale des quartiers où le verbe a tou­jours tenu une place de choix. Réal­isé par Gilles Rof et Didi­er D. Daar­win et guidé par le tim­bre rauque du vétéran Faf Larage à la voix off, le doc­u­men­taire de France Télévi­sions illus­tre la con­nex­ion par­ti­c­ulière entre ce mou­ve­ment musi­cal, désor­mais intergénéra­tionnel, et la cité phocéenne. Cap­i­tale Rap.

- Thibaud Hue

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