Mosaïque

Par Achille Dupas

Yung Lean, rappeur suédois et figure du cloud rap, aussi reconnu pour son influence que méconnu du grand public, ajoutait en mai dernier un album à sa discographie : « Starz ».

 

Cover de l’album « Starz ».

 

Jonathan Leandoer confectionne depuis maintenant huit ans son univers artistique, décrivant ses pensées et ses émotions à travers un voile brumeux et planant. Comme sous psychotrope, nageant en plein rêve.

Parmi les précurseurs du cloud et de l’emo rap avec son collectif Sad Boys, Yung Lean s’est toujours positionné dans un créneau alternatif, influençant les codes et les évolutions du genre tout en échappant perpétuellement aux standards de production musicale. « Yeah, I’m only 23 but there’s like, like, ten of me », rappelle le rappeur dans Low, quatorzième titre de son dernier projet.

 

 

Un rapide coup d’œil dans le rétroviseur de sa carrière et la productivité ainsi que l’avant-gardisme du jeune suédois sautent aux yeux. Connu grâce au succès de morceaux comme Ginseng Strip 2002 ou Kyoto (parus en 2013), Yung Lean n’a cessé de faire évoluer sa musique, la rendant plus mature et triste, marquée par des cures de désintoxication ou la perte de proches.

L’autotune est utilisée sans modération, avec des productions aux sonorités planantes et synthétiques. Le rappeur y rapporte son vécu et ses émotions, mêlant drogues, sentiments amoureux, égotrip et mélancolie.

 

360°

Le rappeur a su créer une identité musicale et visuelle très identifiable. Comme dans le monde d’Alice au pays des merveilles, les œuvres du rappeur sont toujours empreintes d’une étrangeté fascinante, par moments dérangeante.

 

Capture écran du clip du titre Boylife in EU.

 

Les clips réalisés tout au long de sa carrière témoignent quasiment tous de ce caractère irréel, que ce soit à travers une piste de discothèque vide balayée par les spots lumineux (Hennessy & Sailor Moon) ou les marécages brumeux des abords d’une maison dans une campagne grisâtre (Miami Ultras).

Dans « Starz », les différents clips sont des œuvres à part entière.
Plus que de simples illustrations, ils sont parfois à la frontière du court métrage indépendant et du clip musical. En témoigne le clip de My Agenda.

Comme des tentatives de retranscriptions imagées de rêves, les productions audiovisuelles qui accompagnent ce quatrième album studio sont abstraites et laissent libre cours à l’interprétation. Autant musicalement que visuellement, c’est en immersion complète que nous entrons entre dans le monde de Yung Lean.

 

 

Acid trip

Dans la lignée de ses précédents projets, « Starz » est traversé par des thématiques récurrentes : la drogue, l’amour, le succès, les différentes personnes et les événements qui traversent la vie du rappeur. De l’autre côté du miroir, ses compagnons de route restent les mêmes. Nous retrouvons Whitearmor, déjà à maintes reprises aux côtés de Yung Lean, ici beatmaker exclusif de l’album.

Malgré des singles délivrés et clipés avant la sortie, « Starz » ne contient pas de réel titre facile d’accès à la mélodie entêtante qui aurait la capacité de porter l’album aux oreilles d’un public non initié, et de fédérer au-delà de la base des auditeurs de Yung Lean, comme pouvait l’être le morceau Red Bottom Sky, sur son précédent album studio.

 

Le 2 avril 2020, Yung Lean diffusait un concert en live sur Youtube depuis la remorque d’un camion, pour pallier l’annulation de sa tournée.

 

Dans ce nouveau opus, la tendance est maintenue et poussée plus loin. Le projet n’en est que plus pointu, pour le meilleur ou pour le pire. Nous pouvons reprocher à l’artiste sa monotonie voire une certaine apathie. Logique, quand on connaît le goût prononcé du rappeur pour les drogues en tout genre.

Les morceaux sont comme autant de trips différents, bon ou mauvais, faisant émerger des phases de lamentation, de remise en question, ou des sursauts d’égo trip. « Emotional boys », annonçait Yung Lean en 2013 sur l’intro de Ginseng Strip. En 2020, l’inspiration n’a pas changée. Elle n’en est que plus affinée.