Mosaïque

Le Vésuve vient de rentrer en éruption. SCH a dévoilé la deuxième partie de « JVLIVS », vendredi 19 mars 2021, et enchaîne les certifications. Porté par le succès de Bande organisée, il propose une nouvelle fenêtre sur son univers mafieux et corrompu avec une batterie de compositeurs, bien plus nombreux que sur le premier volet. Ils se nomment DJ Ritmin de la Katrina Squad, Hood Star, Enigma, Shaz ou encore Stef Becker, et tous ont participé à l’édifice « JVLIVS ». Pendant plusieurs jours après la sortie du disque, nous avons échangé avec ces maîtres du son par téléphone. Covid-19 oblige. Chez chacun d’entre eux, nous avons retrouvé la même surprise devant le succès du projet et la progression de SCH. Ils se sont appliqués à nous raconter les coulisses de la conception musicale de cet album, œuvre angulaire de la carrière du rappeur d’Aubagne.

Cheveux au vent, Beretta à la ceinture, JVLIVS fait face à la mer. Derrière des lunettes de soleil qui dissimulent un regard vicieux, il surveille les derniers containers se faire acheminer sur le port de Gibraltar. En troquant sa fourrure pour un costume en damier, taillé sur-mesure par les plus grand.e.s couturier.ère.s d’Andalousie, il respire d’autres ambitions. Plus de terrain, plus de conquête. Le prince de la mafia marseillaise est affamé… Et il a le bras long. Habile pour découper le cigare et les têtes ennemies, il sait aussi s’entourer de mercenaires d’expérience pour mieux asseoir son charisme et sa fougue. Le S s’entoure de solides collaborateur.rice.s, prêt.e.s à tout pour porter haut les couleurs de la cité phocéenne dans le monde.

DJ Ritmin est l’un d’entre eux. Déjà architecte du premier tome, le compositeur s’est aligné de nouveau avec le collectif de la Katrina Squad. À la réalisation de cette nouvelle entreprise mafieuse, le producteur a pris la mesure d’un changement de décor. La consigne : quitter la Sicile et ses mandolines italiennes, pour la chaleur étouffante du Maghreb et de l’Espagne. Au téléphone, le Toulousain nous retrace la genèse du périple : « Tout a commencé avant la sortie de « Rooftop ». Guilty (Katrina Squad) et SCH ont convenu ensemble de la nouvelle ambiance de « JVLIVS II ». J’ai fait la première instrumentale dans la foulée. Une prod très orchestrale et mythologique : Gibraltar. » 

Imprévisible, le rappeur s’envole avec quelques compositions et se fait plus discret. C’est seulement quelques mois avant la sortie de l’opus qu’il retrouve le beatmaker pour achever le travail des interludes. « Il fallait que j’ai toutes les maquettes de l’album pour réaliser La battue et Le coup d’avance et pouvoir faire le lien entre les morceaux. Ensuite, Furax Barbarossa a écrit le texte sur ma musique et José Luccioni, la voix française d’Al Pacino (acteur principal du film « Le Parrain », NDLR) a posé sa voix. Pour cela, nous avons appliqué la même recette que pour le premier volet de « JVLIVS », explique DJ Ritmin avec son accent ensoleillé.

Au moment où j’ai lancé la prod de Loup Noir dans le studio, tout le monde était choqué. Plus un mot. Koffs qui était là pour l’écoute disait que c’était génial. SCH a commencé à gratter tout de suite.

– Hood Star

Même recette, même méthode. L’artiste opère toujours avec rigueur pour parvenir à ses fins. La tête chargée des films de bandits qui ont bercé son enfance, SCH veut faire vivre son héritage grâce aux images. L’exigence est donc de mise lorsqu’il s’agit de sélectionner les lignes de notes qui donneront vie à son récit. C’est pendant cette quête que le hors-la-loi a croisé la route d’Hood Star, l’auteur de Loup Noir. La bonne fortune diront certains. « Au moment où j’ai lancé la prod dans le studio, tout le monde était choqué. Plus un mot. Koffs qui était là pour l’écoute disait que c’était génial. Le S a commencé à gratter tout de suite et s’est enfermé dans son cocon. On savait qu’il voulait écrire quelque chose de profond », se souvient le producteur avec fierté. Il reprend : « Pendant qu’il écrivait, il n’arrêtait pas de répéter qu’il voyait le rappeur Lino (Ärsenik) sur l’instru. En trente minutes, le premier couplet était posé. »

Avec quelques battements de cœur, un électrocardiogramme plat et une envolée de batterie et de violons, le beatmaker propose, sans le savoir, l’outro de la bande originale du projet. « Pour composer Loup Noir, je me suis fait une histoire dans ma tête. La prod raconte quelque chose. Je n’avais pas encore bossé avec un artiste à l’univers cinématographique. » Un jackpot pour celui qui explique s’inspirer « de musique de films, et surtout des morceaux d’Hans Zimmer » (« Pirates des Caraïbes », « Interstellar », « Gladiator », NDLR).

En cinq années de crime, les côtes méditerranéennes sont désormais siennes. Pourtant, SCH le sait, étendre son territoire rime avec prise de risque. Le plan s’est dessiné comme une évidence : il devra traverser de nouvelles zones de danger. Pour anticiper le massacre, le truand s’est armé de productions inédites, qu’aucun.e ne l’aurait imaginé choisir. Lors d’un séminaire à Toulouse, Enigma fait parti des nombreux compositeur.rice.s réuni.e.s autour du rappeur. C’est à cette occasion que le titre Euro voit le jour. 

Le beatmaker qui lui avait envoyé la prod trois mois auparavant explique avoir été surpris par son choix : « Je ne pensais pas qu’il la garderait. J’ai utilisé des sonorités différentes de ce qu’il utilise d’habitude. La voix que l’on entend est un sample d’une vieille mélodie japonaise. » En studio, il assiste discrètement au travail de la rappeuse Meryl qui pose un air sur sa maquette : « Elle était là pour proposer des toplines à SCH. Dès qu’elle est passée sur ma prod, il a décidé d’écrire dessus. »

Quelques temps après la sortie de « Rooftop », DJ Ritmin compose Marché Noir et fait un constat similaire. Le kicker veut sortir des cadres. Le producteur s’étonne : « J’ai été désarçonné par son choix et par son flow sur le premier couplet. On s’attend à ce qu’il soit mélodieux, mais il découpe. Il est simple, tout en étant décalé. J’ai su en retravaillant la maquette au studio que ce serait un gros track. » 

Même son de cloche chez le musicien Shaz, l’un des artisan.e.s de l’opus. Le S n’hésite pas à s’extraire de sa zone de confort artistique pour provoquer le succès. Il confirme : « 90 % des rappeurs ne poseraient pas sur certaines de ses prods. C’est le cas de Crack, avec sa rythmique à trois temps, très technique et perturbante, mais aussi sur Plus rien à se dire », morceau qu’il a lui-même composé. Sur ce titre en deux parties, le beatmaker a commencé par superposer « une nappe de synthé, une progression d’accords classiques avec une texture cloud et des guitares presque PNL dans l’esprit ». En s’appuyant sur les basses, il ouvre le son sur « des sonorités house et mélancolique ». Grâce à ces quelques notes, le mafieux signe un retour en ville. Un virage assumé vers Marseille et la vivacité de ses BPM. « C’est malin de choisir Plus rien à se dire pour faire une transition douce vers son featuring avec Jul », ajoute Shaz.

L’alchimie de sa voix, son charisme et sa prestance sur des productions marseillaises est très bonne. La première fois que j’ai l’ai vu sur ce genre de prod, c’était pour L’étoile sur le maillot (« 13 Organisé ») et j’ai été impressionné.

– Stef Becker

Tête baissée, JVLIVS fait les cent pas sur le vieux port. Discret, il attend une mystérieuse cargaison. Au loin, sur les hauteurs de la ville, Notre-Dame-de-la-Garde semble surveiller la scène. Il n’est jamais parti bien longtemps. Le mal du pays, les chants du Vélodrome, le sud l’a rappelé à l’ordre. Pour graver son empreinte marseillaise dans le deuxième volet de ses mémoires, il a fait appel à de nouveaux voyous. Stef Becker, producteur de cinq titres de « 13 Organisé », se retrouve ainsi convié à la fête et compose Assoces et Fantôme. « Jul m’avait bloqué la prod de Fantômes avant de la donner à SCH. J’étais honoré que Le Rat Luciano soit sur le featuring. Lorsque Jul m’a fait écouter le son, je ne savais pas qu’il avait aussi posé dessus. Il n’était pas prévu au départ. J’ai eu des frissons ! », raconte le beatmaker avec enthousiasme.

Très intégré à la scène rap marseillaise, il juge maîtrisé le virage musical décidé par le rappeur : « C’était risqué de choisir des sonorités éloignées de l’univers de l’album. J’ai senti que beaucoup étaient très sceptiques de me voir, tout comme Zeg P (Mode Akimbo), annoncés sur la tracklist. Pourtant, l’alchimie de sa voix, son charisme et sa prestance sur des productions marseillaises est très bonne. La première fois que j’ai l’ai vu sur ce genre de prod, c’était pour L’étoile sur le maillot (« 13 Organisé ») et j’ai été impressionné. » Une nouvelle direction artistique qui tient compte des ses récentes expériences en studio et qui semble dessiner la troisième et dernière page de l’histoire. 

Sous l’ombre d’un chêne centenaire, tout au bout de l’A7, le mafieux enlève ses lunettes de soleil et se penche sur la tombe de son père. Sa dernière visite remonte à bien longtemps. S’il n’échappe pas à la culpabilité, lui et ses compères viennent de conquérir un nouveau terrain, encore plus large que les terres méditerranéennes. Marseille brille, et ça, il le sait, Otto en serait fier.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.